La question des cimetières ravive les craintes autour de l’islam

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Espace confessionnel destiné aux défunts de religion musulmane au cimetière du Bois-de-Vaux © KEYSTONE / Jean-Christophe Bott

La question des cimetières ravive les craintes autour de l’islam

30 août 2017
En matière de traditions funéraires, l’accueil des demandes issues d’autres cultures relève de l’accommodement raisonnable. Des adaptations seraient faciles pour répondre également aux besoins des musulmans, mais cette question soulève immédiatement le débat de la place de l’islam dans notre société.

Créer un carré confessionnel dans un cimetière suisse ne va pas de soi. A Lausanne, la création d’un carré musulman en 2015 avait provoqué une levée de boucliers: l’UDC a immédiatement lancé une pétition. Comment faire collaborer les rites funéraires différents?

«Est-ce que la question du cimetière est sensible dans nos rapports avec toutes les cultures?», intervient immédiatement l’historien des religions Jean-François Mayer. «Pas sûr! Dans plusieurs cultures ou traditions, la crémation est le mode de funérailles préféré. Cela ne heurte donc pas nos habitudes. Des adaptations sont même facilement envisageables. Par exemple, dans la tradition hindouiste, ce doit être le fils aîné qui allume le bûcher. Dans des crématoires, on laisse ainsi le fils aîné actionner le bouton qui enclenche la crémation.»

«Un accommodement raisonnable», c’est comme cela que Pierre-Antoine Hildbrand nouveau membre de la municipalité (exécutif) de Lausanne décrit la décision prise par son prédécesseur de réserver aux musulmans une zone de concessions du cimetière du Bois-de-Vaux. Alors conseiller communal (organe délibérant), l'élu PLR avait participé aux travaux de la commission qui a amené à la création du carré lausannois: une zone de concessions renouvelables qui se trouvent déjà orientées dans une direction proche de celle de la Mecque. «Cette solution permet de maintenir une règle et une seule règle entre les Lausannois, tout en répondant à la demande spécifique d’une communauté», souligne le municipal.

La question du carré religieux ne devrait pas poser problème, surtout à une époque où la généralisation de la crémation rend désuète la question du manque de place dans les cimetières
Jean-François Mayer, historien des religions

«La question du carré religieux ne devrait pas poser problème, surtout à une époque où la généralisation de la crémation rend désuète la question du manque de place dans les cimetières», ajoute Jean-François Mayer. «Tout ce débat est en fait lié au débat plus large qui touche à la place de l’islam dans notre société», avance-t-il.

«Ce serait une erreur de ne pas prendre très au sérieux la sensibilité de la population à ces questions», prévient Pierre-Antoine Hildbrand. «On avait trouvé un équilibre entre l’expression de la religion et la vie en société. Celui-ci n’avait été remis en question que par des mouvements perçus comme sectaires ou marginaux. Et tout à coup, avec l’arrivée des populations musulmanes, on se retrouve dans une situation perçue comme appartenant au passé avec des personnes qui se revendiquent d’une religion, qui se réclament prosélytiques, et qui testent leur capacité à intervenir sur l’espace public. Certaines personnes n’acceptent pas cela.»

Pour sa part, Jean-François Mayer met avant tout en avant le caractère totalement subjectif de la perception que chacun fait des revendications des musulmans. «Au tournant des années 2000, deux livres ont été écrits sur la question des carrés musulmans. Dans “Cimetière musulman en Occident”, Sami Aldeeb analyse la volonté des musulmans de disposer de carrés confessionnels comme un refus de s’intégrer, puisqu'ils revendiquent des espaces séparés; alors que dans “La question du cimetière musulman en Suisse”, Sarah Burkhalter présente les mêmes demandes comme un signe d’intégration, mais avec leur identité propre, puisque les musulmans veulent être enterrés en Suisse.»