Par-delà les fronts de la guerre culturelle

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Donald Trump en meeting © Flickr CC BY 2.0 / Michael Vadon

Par-delà les fronts de la guerre culturelle

7 août 2017
Sarah Stewart-Krœker, professeure assistante d’éthique à la Faculté de Théologie de l’Université de Genève, analyse les causes de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Il nous faut résister à la tentation de réduire l’élection de Donald Trump à une seule explication. Ce résultat est la convergence de plusieurs élans contestataires qui traversent la société américaine: les guerres de culture («culture wars»), l’inégalité de plus en plus prononcée des revenus, la perte des opportunités économiques, le sentiment que le rêve américain s’est effondré et la propagation des messages xénophobes, racistes et misogynes. Ce résultat reflète également un large courant de méfiance envers l’ordre établi et les élites politiques, lequel s’accompagne d’un rejet croissant des collaborations internationales (voir le Brexit). Alors que Trump a réussi à faire jouer la rhétorique du changement, Clinton a continué d’incarner le symbole tant décrié de l’élite politique américaine. 

Gagner la droite chrétienne

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les sondages à la sortie des bureaux de vote indiquent qu’une majorité de protestants blancs évangéliques, de catholiques blancs et de mormons ont voté pour Trump. Pourquoi est-ce frappant ? Après tout, une alliance politique entre le parti républicain et la droite chrétienne existe depuis près de cinquante ans. Cette alliance est fondée sur un intérêt commun à soutenir les valeurs de stabilité de la famille, du couple hétérosexuel et de dignité de l’embryon. 

Si les candidats républicains n’ont pas hésité à faire appel à l’identité chrétienne dans leur campagne, ce ne fut pas le cas de Trump. Comment expliquer alors le succès de Trump auprès de cet électorat?La crainte de l’effondrement de l’identité américaine, observable en général dans l’électorat de Trump, est aussi opérante auprès de la droite chrétienne. Le récit du déclin a démontré sa puissance. La nostalgie d’une prospérité perdue a été la force dominante de cette élection.

Le récit du déclin a démontré sa puissance. La nostalgie d’une prospérité perdue a été la force dominante de cette élection. 
Sarah Stewart-Krœker, professeur d'éthique

Les courants encore plus sinistres de la xénophobie, du racisme et de la misogynie peuvent se joindre au mécontentement général pour alimenter des hostilités fort troublantes. Mais il serait dangereux de tout réduire à cela. Si les deux mandats d’Obama n’ont cessé de promettre le changement, il est clair que le peuple américain en cultive encore l’espoir. 

Il faut condamner le récit catastrophiste qui impute le déclin américain à l’accueil des immigrants et aux mouvements de justice sociale qui agissent en faveur des minorités sociales. Mais il serait tout aussi dangereux de se contenter de calomnier les électeurs de Trump en refusant de prendre au sérieux les causes du mécontentement qui ont conduit à ce résultat. La condamnation des vices de l’épouvantable campagne de Trump doit s’accompagner de l’élaboration d’une vision alternative pour un véritable changement. Il faut investiguer afin de trouver des chemins de collaboration pouvant traverser les fronts de la guerre culturelle.