L'Eglise Protestante de Genève doit réduire la voilure

i
© Protestinfo / Réformés.ch

L'Eglise Protestante de Genève doit réduire la voilure

Réunis en Consistoire les 15 et 16 mars, les délégués de l’Église protestante de Genève se sont penchés sur les critères de répartition des postes entre les différentes régions. À l’issue d’un débat musclé, l’exécutif a décidé de retirer l’objet du vote. (Collaboration Joël Burri)

Comment répartir les forces au sein de l’Église protestante de Genève (EPG)? Le Conseil du Consistoire (exécutif) a présenté douze critères de répartition des postes ministériels entre les régions, vendredi 16 mars, aux délégués réunis au centre paroissial de Malagnou. Le nombre de foyers protestants, les activités menées dans les régions, les cultes célébrés en EMS ou encore le nombre de baptêmes et de mariages faisaient partie de la liste. «Nous avons besoin de solidarité. Avec de tels critères, nous n’allons que dresser les lieux les uns contre les autres», s’est exclamée la pasteure Elisabeth Schenker.

En raison de la diminution de ses recettes, l’EPG a dû fortement réduire le nombre de ses ministres. Aujourd’hui, elle ne peut plus assurer qu’un pasteur ou un diacre soit rattaché à chaque paroisse, raison pour laquelle les forces ministérielles sont gérées en pools régionaux. Alors que chaque paroisse souhaite maintenir ses activités, la pression sur les ressources ministérielles est encore accrue par le fait que le Consistoire reconnaît la nécessité de garder des forces pour mettre sur pied de nouvelles formes ecclésiales et renouveler l’Église. La recherche de critères d’attributions perçus comme équitables est donc un travail ardu qui a déjà donné lieu à un premier débat en décembre passé.

«Ces critères ne permettent pas de rendre compte de la réalité. Des projets innovants se réalisent et vont se développer. Ils ne sont pas mis en valeur dans cette liste», a relevé Michèle Schärer. D’autres délégués ont également souligné que les douze critères appartenaient à des catégories différentes. «Certains requièrent des forces ministérielles et d’autres résultent de ces forces», a souligné André Assimacopoulos. «Il faudrait peut-être encore les affiner», a proposé Daniel Pilly.

Après un long débat, le Conseil du Consistoire a demandé un temps de suspension à l’issue duquel il a retiré la proposition de vote. «Nous allons repousser le vote au mois de juin. Se décider maintenant serait difficile et risquerait d’introduire des frustrations», a souligné Charles de Carlini, membre du Conseil du Consistoire. L’exécutif a donc décidé de mettre en place un groupe de travail composé de consistoriaux et de membres de l’exécutif qui sur la base des discussions du 16 mars élaborera une nouvelle proposition. Cet ajournement a pour conséquence de repousser la mise en œuvre des critères.

Développer des liens vers l'extérieur

Parallèlement, les délégués ont accepté à une grande majorité les modifications concernant le statut des membres de l'Eglise. «Les modifications permettent désormais une double affiliation, c’est-à-dire qu’une personne peut appartenir à plusieurs communautés religieuses. Mais nous avons également rajouté une référence à la déclaration de foi, caractéristique du protestantisme», a expliqué Emmanuel Fuchs, le président de Conseil du Consistoire. Il s’agissait d’un deuxième débat sur la question, une troisième lecture aura lieu ultérieurement où il sera encore possible de proposer des amendements.

«Nous ne sommes pas une Église de membres en tant que telle», a encore rappelé le président. Mais l’EPG constate depuis plusieurs années que leur registre n’est plus nourri par le haut, c’est-à-dire par le contrôle des habitants. «Nous devons de plus en plus compter sur nous-mêmes pour implémenter notre registre», a expliqué Emmanuel Fuchs. Un groupe de travail a donc proposé différents documents qui seront déposés dans les lieux d’activités de l’Église permettant aux personnes intéressées de laisser leurs coordonnées et recevoir ainsi les informations. «Nous devons nourrir le registre par le bas, si nous ne le faisons pas, nous allons au-devant de graves difficultés». L’ensemble des délégués a accueilli chaleureusement ces propositions visant à créer des liens avec des personnes pas encore membres de l’EPG.

Des restructurations dans le viseur

La fonte du nombre de ministres à l’EPG a aussi une conséquence sur la caisse de prévoyance des Églises et associations protestantes de Genève (CPEAPG) dont l’employeur EPG couvre 95% des avoirs et des obligations. En effet, avec les mesures prises ces dernières années, le ratio entre actifs et rentiers est devenu défavorable. Et malgré des mesures énergiques prises en 2013, pour réduire le taux de sous-couverture de la CPEAPG, l’avenir de la caisse semble incertain.

La direction de la CPEAPG a donc cherché un repreneur pour les actifs de la caisse. C’est la Caisse interentreprises de prévoyance de Genève (CIEPP) qui a été choisie. L’EPG va donc vendre des actifs, en particulier le presbytère de Genthod pour disposer des liquidités qui permettront notamment de payer le «pas de porte» demandé par la CIEPP afin de reprendre ces bénéficiaires plutôt âgés et améliorer le taux de couverture de la CPEAPG.

Sans actifs pour alimenter la caisse, les rentiers feront quant à eux fondre la fortune restante (environ 60 millions) de la CPEAPG. Elle devrait suffire à assurer les vieux jours des anciens ministres à condition qu’un rendement moyen de 3% soit obtenu en bourse... Sans quoi un plan de financement sera à nouveau exigé des anciens employeurs.

La bourse doit encore se montrer favorable dans les prochains mois, puisque l’EPG ne pourra financer ce montage financier que si le taux de couverture de la CPEAPG passe la barre des 95%, or Il est actuellement de 93%. Le jeudi 15 mrs 2018, le directeur financier de l’EPG Eric Vulliez et le membre du Conseil du Consistoire en charge du dossier Alain de Felice ont renoncé à soumettre ce projet au vote, puisque certains documents manquaient encore. Mais au vu de l’unanimité perçue lors du débat, ils ont toutefois fait voter le vendredi 19 mars un accord de principe accepté à l’unanimité par les délégués, évitant ainsi l’organisation d’une séance extraordinaire.

Adoption du budget 2018-2019

Le Consistoire a également adopté un budget 2018-2019 présentant peu de changements par rapport à celui de l’année précédente prévoyant une perte de quelque 150’000 francs sur un budget d’environ 14,4 millions de francs. Ce budget tient compte des efforts nécessaires pour restructurer la caisse de pension.