Une légende toujours actuelle

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Une légende toujours actuelle

Selon les exégètes du Nouveau Testament, l’histoire de l’enfance de Jésus racontée par Matthieu est une légende. Les croyants fondamentalistes contestent ce point de vue. Quels sont les arguments des académiciens?

Depuis deux siècles, l’historicité des récits bibliques est un sujet de polémique. Les théologiens qui étudient la Bible avec un esprit critique considèrent qu’il s’agit d’histoires en partie imaginaires écrites à partir de faits réels. Les chrétiens fondamentalistes, qui font une lecture littérale des textes, reprochent aux théologiens de mettre en doute la vérité biblique. Trois observations conduisent les spécialistes à considérer que le récit de Noël de l’Evangile de Matthieu n’est pas entièrement historique.

Des arguments qui dérangent

Un premier constat saute aux yeux des historiens de l’Antiquité: les récits de sauvetage d’enfants rois en péril étaient fréquents. L’histoire de Matthieu n’est donc pas entièrement originale. Dans un commentaire juif de l’Ancien Testament, la haggada de Moïse, des astrologues prophétisent la naissance de Moïse au pharaon, qui prend peur et planifie de le tuer. Selon Ulrich Luz, ce texte a pu influencer l’évangéliste Matthieu.

Deuxièmement, les récits de l’enfance de Jésus des Evangiles de Matthieu et de Luc ne concordent pas. Alors que Matthieu raconte la fuite en Egypte depuis Bethléem, Luc ne relate aucune persécution par Hérode. Au contraire, huit jours après sa naissance, Jésus est conduit au temple de Jérusalem pour y être circoncis (Luc 2,21), puis ses parents y retournent chaque année (Luc 2,41). «Les lecteurs habituels de la Bible ne voient pas le problème», explique le professeur Luz, car l’Eglise a pris l’habitude de fixer l’épisode des mages lors de l’Epiphanie, le 6 janvier, après les faits exposés par Luc.

A chacun son étoile

Autre analyse, le texte n’explique pas comment les mages savent que l’étoile qui leur apparaît en Orient est celle du «roi des Juifs». Sans être conduits par cet astre, ils se rendent à Jérusalem et demandent le lieu de sa naissance (Mt. 2,2). Ayant appris par les scribes que le Messie doit naître à Bethléem, ils se mettent en route, et c’est alors que l’astre «vu à Orient» leur apparaît de nouveau et les conduit vers l’endroit où se trouve l’enfant (Mt. 2,9). Même si l’on croit que Dieu peut tout, la trajectoire de cet astre, non rectiligne, demeure étrange: d’abord figé à l’est, puis mobile du nord au sud.

Pour les historiens, cette histoire d’étoile reflète une croyance répandue à l’époque, précise le professeur, car «l’idée que chaque homme a son étoile, s’allumant à sa naissance et s’éteignant à sa mort, faisait partie de l’astrologie populaire antique, et les étoiles des hommes illustres brillaient davantage».

Vrais et faux enjeux

Ulrich Luz conclut que «la différence entre un récit historique et une légende est seulement relative, car un texte d’histoire comporte toujours une part d’interprétation. Plus que l’exactitude des faits réels, il s’agit de découvrir le sens que les auteurs des Evangiles ont donné à la naissance de Jésus. Ainsi, le texte biblique devient une lampe avec laquelle je lis ma vie».