Conversation avec Dieu: la redécouverte de la méditation chrétienne.

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Quand méditation et prière se rejoignent.
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Conversation avec Dieu: la redécouverte de la méditation chrétienne.

21 juillet 2004
Depuis neuf ans, la pasteure genevoise Francine Carrillo cherche à réconcilier quête du silence et christianisme

Elle accompagne le cheminement spirituel de ceux qui, en Suisse romande, veulent renouer avec la prière et la méditation. Elle a touché juste. On se presse à l’Espace de prière qu’elle anime chaque semaine à Champel-Malagnou. « En tant que femme, je n’ai pas eu de modèle auquel me référer, c’est pourquoi je me suis sentie très libre dans ma façon d’appréhender mon travail de ministre ». La Genevoise Francine Carrillo fait partie de ces pasteures inventives et fonceuses qui s’engagent dans des voies originales pour aborder la théologie et la spiritualité, en prise sur la vie de tous les jours. Elle a axé son ministère autour d’un travail d’initiation spirituelle et d’apprentissage de la prière. « Prier, c’est chercher des traces de la présence de Dieu dans le quotidien, travailler dans la profondeur de nos nœuds intérieurs pour essayer de les démêler sous le regard de Dieu », telle est la définition de cette pasteure passionnée par l’écriture liturgique et poétique.

Une religion, ça fait partie de soi
Dans le brouhaha qui parasite nos vies, il est souvent bien difficile de faire silence en soi et de répondre à l’invitation faite dans l’Evangile de Matthieu (6,6) : « Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret ». C’est pourquoi elle a eu l’idée, il y a neuf ans, de proposer à tous ceux qui sont en quête de sens de les accompagner dans leur cheminement intérieur et de leur permettre de retrouver ce qu’elle appelle « la vivacité de leurs racines » à travers les richesses de la tradition mystique du christianisme. « Une religion, c’est comme une langue maternelle, ça fait partie de soi. Pourquoi dire Dieu avec des mots empruntés à une autre religion ou à une autre culture, alors qu’on dispose d’une riche tradition mystique?»

Lire Dieu dans sa vie
Au sein de sa paroisse de Champel Malagnou à Genève, Francine Carrillo a instauré un « Espace de prière » hebdomadaire porté par une équipe d’accueil, destiné à ceux qui ont envie de se recueillir, de déposer leur semaine, de méditer un texte biblique, en alternant silence et ponctuations musicales. Et ça marche. Les méditations sont très suivies. Ce succès répond, estime-t-elle, à un besoin actuellement de plus en plus marqué. Il a décidé la pasteure à organiser cet automne – et pour la troisième fois- un cycle de méditation étalé sur cinq semaines pour apprendre à « relire sa vie en y lisant Dieu ».
Les participants doivent s’engager à prendre chaque jour une petite heure pour se recueillir, mais aussi à se rencontrer une fois par semaine pour vivre ensemble un temps de silence. « Je crois beaucoup à la discipline pour mener une expérience spirituelle, estime Francine Carrillo, qui se ressource régulièrement avec les religieuses protestantes de Grandchamp et les carmélites catholiques de Mazille en France. « La posture du corps dit quelque chose sur la posture de l’âme », précise Francine Carrillo qui a choisi la technique du yoga pour travailler sur le souffle et le corps. Elle s’est inspirée des "Exercices spirituels" d’Ignace de Loyola qui a développé une subtile pédagogie de l’oraison centrée sur le Christ, et de la Lectio Divina, lecture priée de l’Evangile réactualisée ces dernières années par Enzo Bianchi, prieur de la Communauté de Bosé en Italie. Deux méthodes qui permettent de se réapproprier l’Ecriture et d’en découvrir toute la saveur existentielle.

Un autre rapport à la vie

Ce travail spirituel accompagné n’est-il pas une sorte de psychothérapie ? Non, répond Francine Carrillo, mais il est vrai que les gens qui entrent dans un cheminement spirituel retrouvent un autre rapport à la vie et à eux-mêmes et certaines de leurs blessures guérissent ; je crois profondément au pouvoir libérateur de l’Evangile ». La théologienne refuse la dimension purement égocentrée de la vie spirituelle : « Elle n’est pas un but en soi, mais en renouvelant notre élan de vie, elle conduit à ce que chacun occupe mieux sa place dans la société et sa responsabilité au service de la justice et de la paix.»