Une économie qui laisse place à l’invisible

Une économie qui laisse place à l’invisible
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Une économie qui laisse place à l’invisible
Une économie qui laisse place à l’invisible

Une économie qui laisse place à l’invisible

14 janvier 2020

Purement matérielle, l’économie ? Beaucoup d’éléments vont apparaître pour démontrer le contraire : des choix spirituels y ont tout leur poids. Et nous allons continuer d’entendre ici qu’elle est affectée directement par les interpellations de Jésus, thérapeute de la vie sociale. Dès le début, il lançait le défi : «Halte, révisez vos priorités : la force invisible va nous gouverner efficacement ! Faites confiance à cette bonne nouvelle !» (Marc 1,15) Ainsi se traduit en bon français la formule de la « Royauté des cieux qui approche » : on ne gouvernera plus comme avant !

Avant, on rêvait d’un chef visible : il n’y aura qu’une force invisible, d’une efficacité d’ailleurs paternelle. On rêvait d’une protection de la prospérité existante : il n’y aura que des préparatifs en vue de celle à venir pour tous. On rêvait d’une autorité royale glorieuse et efficiente : l’efficacité de l’invisible suivra plutôt les chemins d’engagements partagés par toutes les personnes concernées. Donc halte à la course des propriétaires et des gouvernants, et halte à toutes celles et ceux qui les suivaient !

«Révisez vos priorités» : on peut bien parler d’une conversion, comme on traduit habituellement ces mots de Jésus ; mais l’économie ne se sentirait pas vraiment concernée, alors qu’elle l’est. La vie professionnelle reçoit pourtant bien le même appel à révision, quand elle se découvre obligée à laisser naître des forces créatrices, des innovations, des responsabilités imprévues. Et ce ne sont pas les gouvernants ou autres autorités qui en prendront l’initiative : elles s’imposent fortement… – d’en bas ou d’en haut, cela revient peut-être au même !

La gestion économique repose certes sur des droits de propriété privée et sur des règles contractuelles et étatiques ; mais c’est d’ailleurs que provient pourtant sa véritable efficacité, la vraie «royauté» efficace de forces créatrices, dans ce monde économique qui est notre monde naturel. Elle prend sa source dans des ressources naturelles généreuses, flexibles et transformables, dans des besoins vitaux à servir, dans des relations sociales à cultiver, dans une créativité à valoriser entre collaborateurs, dans une imagination collective à développer en équipes… La vie est en mouvement, et ce mouvement sous-tend l’évolution économique bien plus décisivement que les règles et les droits.

«Faites confiance à cette bonne nouvelle !» On ne parle pas ici d’un Evangile purement spirituel, mais bien d’un changement de perspectives d’avenir, dûment annoncé : Jésus nous apprend encore une fois qu’il y a mieux à faire que de rester arrêtés, bloqués par des procédures anciennes et prétendument requises ! Parole de notre thérapeute : reprenez collectivement confiance, et avec cette confiance, vous ferez foi en l’avenir, vous aurez foi en un «Père» invisible, vous le laisserez finalement gouverner son monde – économique, historique, naturel – avec sa propre efficacité créatrice. Et cet avenir naîtra à travers la responsabilité que chacun aura prise et portée à sa petite place : une responsabilité partagée, et ni les règles légales ni la propriété privée ne prévaudront contre elle.

A la suite du prophète qui précéda Jésus pour ramener son peuple à l’efficacité invisible, l’habitude s’était même prise d’aller jusqu’à «se faire nettoyer» : Jean le Baptiseur avait répandu cette pratique significative de plonger à l’eau pour en ressortir décidé. Jésus comme lui réunissaient des foules pour cette décision collective de «réviser nos priorités» où chacun engageait sa propre responsabilité. Nous en sommes sans doute à cette heure décisive dans le monde professionnel, même si on n’a pas encore trouvé le signe visible d’un tel «nettoyage» collectif des pratiques inefficaces…

  • (Page 1 du blog 2020 : «L’économie gouvernée du dehors – comme nous»)