Tous contre tous. Tous contre certains. Tous contre un. Un pour tous. Tous pour tous.

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Et si au lieu du «tous contre certains» nous acceptions la grâce de l’Un pour tous et que nous cherchions à vivre à sa suite, humblement et humainement, un «tous pour tous»?
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Tous contre tous. Tous contre certains. Tous contre un. Un pour tous. Tous pour tous.

27 septembre 2018

Le suicide récent d’un prêtre dans son église en France a été largement médiatisé. Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction du journal La Vie a rédigé un éditorial émouvant intitulé «Le diable ricane et nous pleurons».

«De scandales en drames, les catholiques sont déboussolés. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Qui va nous sortir de ce bourbier? Qui va nous défendre? Beaucoup de prêtres n’en peuvent plus. Ils portent toute la misère du monde, toute la misère de l’Église, toute la misère de l’homme, et la leur par-dessus le marché. (...) Certains se font cracher dessus dans la rue. Des curés en veulent, légitimement, à leurs chefs, donc aux évêques, aux cardinaux, aux papes même. L’institution a failli. Ils subissent le résultat d’une politique honteuse, désastreuse.»

Les scandales, notamment sexuels, ne cessent de meurtrir l’Église catholique. Et de la diviser. L’éditorialiste poursuit par ces mots à la fois durs et lucides:

«La guerre des catholiques contre les catholiques, la guerre de tout chrétien contre tout chrétien, c’est littéralement la guerre du diable. Or, depuis quelques semaines, c’est la guerre de tous contre tous. On déballe. On débine. On éructe. On cherche des coupables. On en trouve: les conservateurs, les conciliaires, le lobby gay dans l’Église, la presse chrétienne, les médias hostiles, la Curie corrompue, les cardinaux réactionnaires qui doutent, les fidèles naïfs qui croient… Chacun ses victimes expiatoires.»

L’Église catholique n’est pas la seule à être meurtrie et divisée.

Les Églises orthodoxes sont en train de vivre une division majeure, notamment autour de la crise ukrainienne. Au point que l’Église orthodoxe russe parle de schisme possible et reproche au patriarche Bartholomée une ingérence inacceptable dans leurs affaires. À quoi le patriarcat œcuménique de Constantinople répond, par l’archevêque Job Getcha, qu’il n’en est rien.

Et qu’en est-il de nous protestants? Sommes-nous préservés de ces conflits et de ces divisions? Nous savons tous, qu’il n’en est rien. Les conflits entre «libéraux» et «évangéliques», entre protecteurs de la paroisse traditionnelle et promoteurs de «fresh expressions», entre «progressistes» et «traditionalistes», entre «multiculturalistes» et «nationalistes»... les tensions peuvent être vives.

Et si les réflexions de René Girard pouvaient nous être utiles? Dans ses deux ouvrages «Des choses cachées depuis la fondation du monde» (Paris, Grasset, 1978) et «Je vois Satan tomber comme l’éclair» (Paris, Grasset, 1999), le diable, nous dit-il en substance, est celui qui génère la violence du «tous contre tous». Et de manière plus subtile, la violence de «tous contre certains». L’idée pernicieuse est la suivante: lorsqu’un groupe (se croyant innocent ou meilleur) arrive à désigner et à châtier un responsable (désigné coupable), un bouc émissaire, alors tous les problèmes seraient résolus! Selon René Girard toujours, la mort du Christ a mis en lumière ce processus mortifère. L’unique innocent a accepté d’être mis à mort par nous tous qui ne sommes pas innocents, mais bien coupables et donc responsables.

Et si, à la suite du Christ, nous acceptions de nous regarder autrement et de cesser d’imaginer que l’Église et la société iraient mieux sans «certains» qui pollueraient la vie de «tous»? Et si au lieu du «tous contre certains» nous acceptions la grâce de l’Un pour tous et que nous cherchions à vivre à sa suite, humblement et humainement, un «tous pour tous»?