Claudia Procula, la femme de Pilate

© Laura Fournier
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© Laura Fournier

Claudia Procula, la femme de Pilate

Anne-Catherine Baudoin, Réformés le journal
22 janvier 2019
Les femmes de la Bible
La femme du préfet romain Ponce Pilate fait une brève apparition dans l’Evangile de Matthieu. Elle fait part à son mari d’un songe qu’elle a eu et l’exhorte à ne pas se mêler de l’affaire du «juste» – Jésus. Comment cette femme à peine esquissée par un verset est-elle devenue une sainte ?

On ne sait rien de la femme de Pilate. Pouvait-il même, préfet, avoir sa femme auprès de lui ? Historiquement, ce n’est pas certain; mais Matthieu affirme sa présence.

Comme les mages au début du même Evangile, la femme de Pilate reçoit un songe. De ce songe, on ne sait rien précisément, sinon qu’il lui parle de Jésus, et qu’il la met en chemin. Elle s’aventure alors à prévenir son mari de ne pas se mêler de l’affaire du «juste», et celui-ci réagit étrangement: il se contente de se laver les mains.

La femme de Pilate désigne Jésus comme «juste». A-t-elle eu la révélation de son identité ? De fait, les auteurs chrétiens anciens parlent parfois d’elle comme d’une chrétienne, dans des textes qui réécrivent la Passion avec force détails; quant aux commentateurs, ils voient en cette femme non juive une figure de l’Eglise des nations, présente auprès du Christ dès sa Passion. Elle est même qualifiée de «Nouvelle Eve», épouse qui mène non à la mort mais au Salut.

Pour son attitude, la femme de Pilate est vénérée comme sainte dans plusieurs Eglises, notamment chez les orthodoxes, chez les Coptes, et dans l’Eglise éthiopienne: elle porte alors le nom de Procula, ou Procla, un nom attesté pour la première fois dans les Actes de Pilate (ou Evangile de Nicodème) vers le IVe siècle. Au XVIIe siècle, un faussaire lui donne le prénom de Claudia, comme l’une des femmes mentionnées dans la deuxième épître à Timothée.

Dans la littérature romanesque du XXe siècle, les auteurs ont souvent imaginé qu’elle pressentait le destin funeste de son mari et souffrait d’entendre son nom prononcé par les chrétiens des siècles à venir, dans leurs confessions de foi : «a souffert sous Ponce Pilate…».

Le message pour aujourd'hui

La femme de Pilate n’est désignée que par rapport à son mari; elle n’a pas d’identité bien définie, ni d’existence attestée. Pourtant, elle nous introduit à la méditation de l’Evangile par un point de vue original et inattendu. En effet, la mention de sa présence auprès de Pilate humanise le préfet de Judée: Pilate n’est pas une entité abstraite, un représentant de l’Empire romain, mais un être vivant impliqué dans les relations humaines. Au coeur de la Passion, la mention d’un songe nous rappelle que les interlocuteurs de Jésus sont des femmes et des hommes qui, comme nous, doutent, espèrent, craignent, souffrent, rêvent. C’est l’intégralité de notre vie qui est habitée par le Christ. 

Postérité

Femme et visionnaire, Claudia Procula a connu un regain de popularité avec les visions des mystiques catholiques. Elle est un personnage incontournable des adaptations liturgiques ou artistiques de la Passion.

 

L'anecdote

A partir du VIe siècle et pendant tout le Moyen Age, on a considéré que le songe que Claudia Procula a eu avait été envoyé par le diable, soucieux de ne pas perdre son empire après la victoire du Christ sur la mort.

 

Le verset

Mt 27,19 : «Pendant qu’il était assis sur le tribunal, sa femme lui fit dire: “ Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui”»

 

Pour aller plus loin

Deux récits, parmi d’autres, qui mettent en scène la femme de Pilate:

  • Gertrud von Le Fort, L’Epouse de Pilate et autres nouvelles, Paris, Fribourg, Editions Saint-Paul, 1965 ;
  • Jean Grosjean, Ponce Pilate, Paris, Gallimard, 1983.