Le Synode vaudois en recherche d'apaisement

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Lors de la séance du 13 décembre dernier à Echallens, peu de discussions ont eu lieu, à la suite de la publication d'un rapport pourtant très critique de la Cogest.
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Le Synode vaudois en recherche d'apaisement

Bilan
En juin 2019 s’ouvrira une nouvelle législature du Synode de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV). Après cinq ans difficiles, l’heure n’est plus à l’affrontement mais à un premier bilan. Décryptage en quatre points.

Que s’est-il passé lors de la dernière séance du Synode, le 13 décembre?

… Rien, ou presque! Une surprise pour les observateurs qui s’attendaient à une séance houleuse. La raison ? Un rapport de la commission de gestion (Cogest). Ses membres avaient été chargés par le Synode d’éclaircir les circonstances ayant conduit à la démission, en juin dernier, de John Christin, membre du Conseil synodal (CS), l’exécutif de l’EERV, composé de sept membres (quatre laïcs et trois pateurs ou diacres élus par le Synode).

Son départ avait créé un véritable tollé. L’intéressé avait assuré avoir été écarté sans justification de la responsabilité des ressources humaines de l’EERV. Surtout, il avait dénoncé «deux visions de la gouvernance s’affrontant dans l’Église», l’une plus axée sur l’exécution et l’efficacité, et l’autre sur la collégialité, qui a clairement sa préférence.

Or, le rapport de la Cogest présenté le 13 décembre reprend à son compte cette analyse et critique ouvertement le CS sur de nombreux aspects de son fonctionnement. Pourtant, au moment de discuter du travail de la Cogest, l’assemblée n’est pour ainsi dire pas entrée en matière. Le document de dix pages, disponible sur le site de l’EERV, se voulait «un outil pour repérer les problèmes et difficultés des organes centraux, afin de faciliter le travail à l’avenir», comme l’a expliqué l’un de ses porte-paroles, Herijao Randrestanilo. Au lieu d’une heure et quart de débat prévue, quinze minutes ont suffi à recueillir quelques réactions, plutôt critiques, sur le travail de la Cogest.

En novembre, cinq des membres du CS ont annoncé qu’ils ne brigueraient pas de nouveau mandat. S’il est possible que cette annonce ait coupé court à tout débat, la confiance entre le CS et son organe délibérant n’en reste pas moins sérieusement entamée. L’assemblée a en effet adopté par une majorité claire les recommandations de la commission de gestion. A savoir, l’obligation pour le Conseil synodal de communiquer les mesures qu’il souhaite prendre pour «améliorer la collaboration» entre ses membres, avec ses équipes et avec les organes de l’Église. Et de préciser le rôle de chaque membre du CS. Une mesure anticipée par l’exécutif, qui a nommé un consultant spécialisé pour formaliser les rôles de chacun ainsi que les processus de nomination en matière de ressources humaines.

Peut-on parler de défiance entre le Conseil synodal et l’assemblée?

Pour Frédéric Keller, pasteur et délégué de la Région du Chablais, le terme «défiance» est trop fort. «Il y a un débat d’idées, des oppositions. Le CS a une vision de l’Église, le Synode en a une autre.» La première serait «plus managériale, accordant moins de confiance à la base, moins consultée», la seconde serait plus participative, basée sur «des lieux d’Église capables de s’adapter aux nouvelles réalités socioculturelles et religieuses», résume le pasteur.

La divergence entre ces deux visions se serait exacerbée à la suite de la séparation officielle de l’Église et de l’Etat découlant de la nouvelle Constitution vaudoise de 2003. «Il y a une inadéquation entre le style de conduite nécessaire en période de changement – comme lorsque l’Église a quitté le giron de l’État: on voulait des personnes qui tiennent la barre – et les désirs des gens aujourd’hui. Ils ont été contents de confier des responsabilités à un moment donné, mais ensuite ils ont eu besoin d’échanges et de concertation», détaille Boris Voirol, conseiller synodal élu suite au départ de John Christin.

Pour Frédéric Keller, ces deux visions se sont exprimées pour la première fois en 2016 et l’écart entre elles s’est creusé par la suite. Pour beaucoup d’observateurs, c’est quand le Conseil synodal a demandé d’augmenter les dotations cantonales, lors du Synode de Prilly, en mars 2018, que l’assemblée a basculé en sa défaveur. Les licenciements de pasteurs qui ont émaillé la législature «ont concentré les crises, car ce sont des moments émotionnels», poursuit Boris Voirol. Ils mettent durement en évidence le fait que l’Église ne fonctionne plus sous un régime étatique. Finalement, «la démission de John Christin a clairement été un tournant», estime Florence Clerc Aegerter, membre de la Cogest: le CS a perdu la confiance d’une partie des délégués du Synode à ce moment- là.

L’EERV traverse-t-elle une crise de gouvernance ou de personnes?

Malgré trois années d’échanges particulièrement tendus, des hommages au travail du Conseil synodal ont été rendus lors de la réunion du Synode du 13 décembre. Les interlocuteurs interrogés pointent «la gouvernance», et non des personnes en particulier. «Nos Eglises ont des structures complexes, pas faciles à gouverner», reconnaissait Florence Clerc Aegerter. «Il faut casser le fantasme d’une Église-Royaume, elle est juste la somme de nos incohérences, on avance à coup de conflits et de consensus», avance, philosophe, Frédéric Keller. Reste que la gouvernance... est une question de personnes ! Certes, mais, plus que des individualités, ce sont un style et une méthode «managériale» – comprenez directive – qui en exaspèrent certains. «On a besoin de concertation, de travailler les dossiers en intégrant tous les intervenants. Il vaut mieux une solution bonne soutenue largement qu’une solution excellente mais peu soutenue», reconnaît Boris Voirol.

Quelles sont les solutions ?

Continuer comme avant, estiment certains. «Si le Synode peut mettre au jour des dysfonctionnements, c’est la preuve que ses organes démocratiques fonctionnent», estime Frédéric Keller. Ne pas charger les membres du CS et attendre les prochaines élections, avancent d’autres. «La démission brutale de John Christin a été dure à absorber pour toute l’équipe du CS. Nous n’avons pas voulu les fatiguer davantage», explique Florence Clerc Aegerter pour qui «le verdict sera dans les urnes.» Dans l’immédiat, la Cogest doit continuer à suivre les décisions du CS. «On va être très attentifs à ce qui est dit et pas dit par le CS, en matière de ressources humaines et dans les autres dicastères», assure Yaël Saugy, le président de la Cogest. Cette dernière espère apprendre des erreurs commises. «Ce travail est un début, un premier pas», a conclu un autre membre de la Cogest, le pasteur Christian Pittet. «Nous le continuerons pour que notre Église ne soit plus jamais dans l’état où on l’a vue cet été.»