L’Église réformée vaudoise mise tout sur le relationnel

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Le nouveau Conseil synodal de l'EERV. De gauche à droite: Perry Fleury, Emmanuel Jeger, Anne Abruzzi, Marie-Claude Ischer, Laurent Zumstein, Vincent Guyaz, Jean-Baptiste Lipp.
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L’Église réformée vaudoise mise tout sur le relationnel

Réuni samedi au Parlement vaudois, le Synode de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud s’est choisi un nouvel Exécutif, optant clairement pour des candidats présentés comme des «artisans de paix». Explications.

Ce samedi matin, l’instant était crucial pour l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). Il faut dire que suite aux longs mois de tensions entre leur Exécutif (le Conseil synodal) et leur organe délibérant (le Synode), les membres de l’EERV avaient hâte d’en finir avec cette législature 2014-2019, jugée par beaucoup trop autoritaire.

Dans le Parlement vaudois, la tension était à son comble, et ce, tant dans l’assemblée des délégués que dans la tribune du public, remplie pour l’occasion. Avec pas moins de 16 candidats à présenter, pour seulement 7 postes à disposition (quatre laïcs et trois ministres), la matinée s’est égrenée au fil de longues et lourdes minutes, qui plus est dans une chaleur étouffante.

Écrasant consensus

Peu avant midi, les résultats du premier tour tombaient. A la surprise générale, alors que les divisions au sein de l’EERV s’étaient intensifiées au cours des derniers mois, 6 candidats se trouvaient plébiscités à une très forte majorité.

Les quatre postes laïcs ont ainsi été repourvus au premier tour, avec l’élection d’Anne Abruzzi (55 voix sur 76 bulletins valables), Perry Fleury (52 voix),Marie-Claude Ischer (51 voix) et Emmanuel Jeger (39 voix). Du côté des ministres, deux pasteurs ont également été choisis au premier tour: Jean-Baptiste Lipp (55 voix) et Vincent Guyaz (49 voix). Au deuxième tour, c’est le conseiller synodal sortant Laurent Zumstein, le seul ministre à s’être représenté, qui remporte l’élection avec 35 voix. En ressort un Exécutif conséquemment renouvelé, avec notamment quatre nouvelles personnalités (hors Synode et hors Conseil synodal).

Changement de tonalité

«Une vraie volonté de changement s’est manifestée», commente alors Sylvie Arnaud, présidente du Bureau du Synode, réélue quant à elle à la quasi-unanimité (73/76). Et de poursuivre: «Les votes se sont clairement portés en faveur d’un nouveau type de management.»

Lors de la présentation des candidats, l’on avait d’ailleurs pu être frappé par la récurrence de termes comme «médiation», «gestion de conflit», «recherche du consensus» ou encore «bienveillance», qui revenaient en boucle dans les propos des uns et des autres, tel un leitmotiv obsédant. «Dans cette élection, les candidats ont en effet mis davantage en avant leurs compétences humaines», nous confirme encore Sylvie Arnaud.

Un professionnalisme aguerri

Qu’on ne s’y méprenne! Il ne s’agit là pas de qualités purement personnelles d’ouverture, qui ont été plébiscitées, mais bien de savoir-faire professionnel en la matière, notamment chez les laïcs. Pour preuve? Anne Abruzzi est une avocate s’étant formée dans la médiation, Perry Fleury est directeur des ressources humaines,  Emmanuel Jeger est consultant en management et coaching professionnel. Quant à Marie-Claude Ischer, choisie par ses pairs pour présidente du Conseil synodal, elle fait d’une part partie de l’équipe de direction du Centre d’accueil Malley-Prairie, en faveur des femmes et enfants victimes de violences domestiques, et d’autre part de la Commission de médiation de l’EERV depuis dix ans - autant dire qu’elle est aguerrie à la gestion de crise.

Pour François Paccaud, secrétaire du Bureau synodal réélu à 75 voix sur 76, cette nouvelle configuration «offre de belles perspectives en matière de travail en équipe. On a de solides compétences managériales chez les laïcs. Ainsi, les bonnes compétences sont dans les bons rôles.» Seul regret exprimé par d’aucuns, la faible présence féminine: «5 hommes, 2 femmes: ça ne me convainc pas!» lâche la déléguée Rose-Marie Ansermot. «On se demande à quoi ça a servi la grève du 14 juin!» Là, n’était manifestement pas l’urgence du moment...