«L’enjeu, c’est la capacité à partager nos convictions»

© DR
i
La bande dessinée Capitão
© DR

«L’enjeu, c’est la capacité à partager nos convictions»

Héritage
Nicolas Monnier, directeur de DM-échange et mission revient sur la bande dessinée Capitão (voir encadré), inspirée du passé missionnaire romand au Mozambique.

Quel est le lien de DM-échange et mission avec les personnages qui ont inspiré Capitão?

Ces personnages, comme Henri- Alexandre Junod (1863 - 1934) ou Georges-Louis Liengme (1859 - 1936), font partie des pionniers, des fondateurs d’un mouvement dont DM-échange et mission est l’héritier. Ils étaient rattachés à la Mission suisse en Afrique du Sud, société missionnaire liée aux Églises libres. Petit à petit, des comités de soutien issus des Églises nationales se créent en faveur de ces sociétés. En 1963, les Églises réformées de Suisse romande fondent DMéchange et mission, héritière de ces sociétés missionnaires.

Que gardez-vous de cette histoire?

L’une des particularités de ce que nos partenaires d’Afrique australe appellent encore la «mission suisse», c’est qu’elle rassemblait toute une série de corps de métiers, pas uniquement des pasteurs. On estimait que l’Évangile s’adressait à l’être humain dans sa globalité. Ces premiers missionnaires étaient donc médecins, enseignants, infirmiers, agronomes… Une station missionnaire comprenait une école, un hôpital, parfois une école d’agriculture ou un internat… Tous ces missionnaires s’intéressaient à la langue locale, aux coutumes, un bon nombre ont fait oeuvre d’anthropologue, et ont collaboré avec les sociétés scientifiques de l’époque. Les missions protestantes ont attaché une importance particulière à l’éducation, vue comme libératrice, et développé des réseaux d’écoles. Nombre de membres des élites politiques menant un pays vers l’indépendance sont issus des missions!

La motivation des missionnaires les ferait passer pour des fanatiques aujourd’hui…

Evidemment, l’expression des convictions a changé, aujourd’hui. Et notre manière de travailler aussi. Nous agissons en appui avec des Églises locales, lorsqu’elles expriment des besoins spécifiques qu’elles ne peuvent combler par leurs propres ressources. Il faut bien voir qu’à l’époque, quitter son confort et risquer sa vie – car beaucoup sont morts – pour la mission n’était pas toujours compris, ici. Il y avait une notion de sacrifice, un élan très fort.

Que devient cet élan aujourd’hui?

L’un des enjeux, c’est l’interculturalité en Église, qui n’est de loin pas une dimension acquise par tout le monde. Ces missionnaires pionniers ont fait preuve d’une ouverture incroyable pour se rapprocher d’une autre culture, largement méconnue ici. Aujourd’hui, la rencontre commence ici même, avec les Églises issues de la migration. L’enjeu principal, c’est notre rapport à l’autre, la capacité à s’ouvrir et à partager nos convictions.

Une histoire d’amour, de foi et d’éléphants

C’est la rencontre, dans les bas-fonds de Maputo, entre un jeune Mozambicain et un vieil ivrogne. On est à l’aube des années 1960, c’est l’essor des indépendances, et le vieil homme dévoile son improbable passé de missionnaire romand au coeur d’une tribu zouloue…

Si ce scénario est imaginaire, toute l’histoire puise ses racines dans le passé de la Mission suisse en Afrique australe, notamment au Mozambique. Le dessinateur, Stefano Boroni, travaillait à l’origine sur une thèse autour de la mission romande. Avec Yann Karlen, il réalise ici une synthèse tout en relief de cette histoire, chargée d’ambivalence et de nuances. Impossible d’opposer les «méchants blancs» aux «bons sauvages», de réduire les premiers à la naïveté ou de poser les seconds en seules victimes. L’ouvrage est un plaidoyer vibrant pour l’altérité.

Capitão, Yann Karlen et Stefano Boroni, collection Trajectoires, éditions Antipodes, 113 pages, 27 fr. 

En savoir plus : Derrière les cases de la mission, exposition à l’Espace Arlaud, Lausanne, du 30 août au 17 novembre. Infos : www.dmr.ch