L’Église réformée bernoise devient employeur

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L’Église réformée bernoise devient employeur

Anne-Sylvie Sprenger, Marie Destraz
19 décembre 2019
Lundi 16 décembre, le Canton de Berne a transféré la responsabilité de l’engagement des ecclésiastiques, qu’il exerçait depuis 215 ans, à l’Église réformée bernoise. Un changement d’organisation qui ne sera pas sans incidences sur les finances de cette dernière. Explications.

Le synode d’hiver des Églises réformées de Berne – Jura – Soleure (BEJUSO), qui s’est tenu du 16 au 18 décembre, aura été marqué par un événement historique. En effet, suite à l’adoption de la nouvelle loi sur les Églises nationales bernoises (catholiques et réformées), qui entrera en vigueur au 1er janvier 2020, le Canton de Berne a procédé au transfert de la responsabilité de l’engagement des ecclésiastiques à l’Église réformée bernoise, lors d’une grande cérémonie.

Un tournant historique

Réunis pour l’occasion à la cathédrale de Berne à la suite de leur première journée de synode, les délégués ont été rejoints par de nombreux représentants politiques et autres représentants religieux. Lors de son allocution, la conseillère d’État Evi Allemann, directrice des Affaires ecclésiastiques, a d’ailleurs souligné combien il s’agissait là «d’une étape importante»: «La date d’aujourd’hui marque un tournant historique dans les relations entre l’Église et l’État, et le début d’une nouvelle forme de partenariat.» «Voilà près d’un demi-millénaire, en 1528, le Conseil de Berne a saisi l’occasion de la Réforme pour s’occuper des affaires relevant de l’Église. Et en 1804, il y a 215 ans, le Canton de Berne s’est engagé à verser un salaire aux pasteurs en contrepartie de la sécularisation des biens de l’Église», a-t-elle alors rappelé à l’auditoire. Et de déclarer: «Avec cet acte, l’État rend aux Églises leur pleine autonomie.»

Les rapports entre l’État et les Églises nationales continueront néanmoins de se développer. Au cours des six prochaines années, le canton financera les coûts du salaire des quelque 600 ecclésiastiques selon le budget présenté à la fin de l’année. Puis, à partir de 2026, «le canton accordera une subvention aux Églises nationales pour les prestations d’intérêt général qu’elles fournissent tout en continuant à les dédommager pour les droits juridiques historiques, les biens que l’État avait repris à l’époque», a encore précisé la cheffe de la Direction de la Justice, des Affaires communales et des Affaires ecclésiastiques.

Les conséquences financières

L’Église change de casquette et c’est le budget qui en fait les frais. Malgré un excédent de charges de 1,2 million de francs, le budget 2020 a été accepté par les délégués au synode des Églises réformées BEJUSO par 147 voix, aucune opposition et deux abstentions.

«Le budget est essentiellement influencé par la toute première subvention du canton de 59,769 millions de francs, ainsi que les charges pour le personnel pastoral», a expliqué le conseiller synodal Roland Stach. Les charges salariales des 400 équivalents plein-temps se montent à 58,8 millions de francs, couverts par la subvention. Mais le budget n’est pas équilibré. L’excédent de charges de 1,2 million de francs est induit par des mesures salariales supplémentaires et à une subvention cantonale qui ne s’adapte pas au renchérissement de la masse salariale. Il faudra donc piocher dans les fonds propres. «Pour l’instant nous avons encore des réserves, mais bientôt nous devrons parler de ce que nous pouvons encore nous offrir», a insisté le président de la commission des finances Robert Gerber.

Face à l’incertitude partagée, les délégués attendent la nouvelle stratégie financière qui sera présentée lors du prochain synode d’été par le Conseil synodal. «Nous devrons nous fixer des priorités et ça exige du courage», a ajouté Bruno Schenk, de la fraction des positifs. «Sans fonds propres appropriés, nous ne pouvons pas à l’avenir être des employeurs responsables. Notre liquidité est mauvaise. Nous ne savons pas comment nous allons payer les salaires à partir de 2025», a expliqué Ulrich Rüegsegger, de la fraction des indépendants. «C’est un défi et une action commune pour l’exécutif et pour le synode. Nous pouvons faire des propositions, mais il vous revient de décider des mesures d’économies», a conclu Roland Stach, en remerciant les délégués pour leur bienveillance.

Les contributions des paroisses, elles, restent identiques à l’année précédente.

Des projets pour 2020

Malgré les inquiétudes, les délégués ont fait preuve de générosité lors de ce synode d’hiver. À commencer par un crédit d’engagement de 324'000 francs alloué au nouveau centre de conseil «Vivre et mourir» qui offrira un soutien et des compétences aux personnes confrontées notamment aux questions et décisions à prendre dans les moments liés à la fin de la vie. Les commissions d’examen et de gestion conseillaient le rejet du projet, arguant le manque de clarté et le doute face à la viabilité financière du projet. Mais les 53'000 francs déjà récoltés lors de la fête de l’Église et l’importance d’offrir un accompagnement sur ces questions de la part de l’Église, parallèlement aux offres de la société civile, ont fait mouche auprès des délégués. C’est l’humain et non l’argent qui l’a emporté.

Lors de ce synode d’hiver, les délégués ont également décidé d’allouer un crédit de 500'000 francs pour la sauvegarde de la Création, pour les années 2020 à 2023. Pour la même période trois crédits de 120'000 francs ont été votés en faveur du Centre bernois de conseil juridique pour personnes en détresse, du service ecclésial des mesures de contraintes du canton de Berne et de l’animation Migration dans l’arrondissement jurassien. Enfin, la résolution «L’aide en situation de détresse n’est pas un crime» a été adoptée par les délégués. Elle demande la fin du délit de solidarité.

Les délégués au synode ont également pris acte de la démission du président du conseil synodal, Andreas Zeller au 30 septembre 2020, après plus de vingt ans à l’exécutif et treize à la présidence. Le délégué aux affaires ecclésiastiques Martin Kölbing, qui part à la retraite, est venu faire ses adieux devant l’assemblée, un discours qui a été ovationné.