«Le Conseil n'a pas voulu dissimuler quoi que ce soit»

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Esther Gaillard, vice-présidente de l’Exécutif de l'EERS, répond aux accusations d’avoir cherché à dissimuler la plainte, dont le président Gottfried Locher est l’objet.
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«Le Conseil n'a pas voulu dissimuler quoi que ce soit»

Felix Reich, Reformiert
11 juin 2020
La vice-présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse, Esther Gaillard, se défend de l'accusation selon laquelle le Conseil n'aurait pas pris au sérieux la plainte déposée contre le président démissionnaire Gottfried Locher. Interview.

À quelques jours du premier Synode de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), lundi 15 juin, Esther Gaillard, vice-présidente de l’Exécutif répond aux accusations d’avoir cherché à dissimuler la plainte, dont le président Gottfried Locher est l’objet. Interview.

Si une plainte est déposée dans une institution pour violation des frontières, la procédure habituelle consiste à suspendre la personne accusée et à en informer le public. Pourquoi le Conseil de l’EERS n'a-t-il pas fait cela?

Avec Sabine Brändlin, j'ai travaillé sur le dossier. Nous avons demandé une enquête indépendante et la suspension du président. Au Conseil, nous avions une majorité pour cela. Mais des manœuvres inquiétantes au sein de l'EERS et une menace juridique massive ont conduit à un blocus.

De quel type de harcèlement s’agit-il?

Je ne peux pas faire de commentaires à ce sujet. J'espère que l'enquête permettra de clarifier les choses.

Christoph Weber-Berg, président du Conseil de l'Église d'Argovie, parle d'un «échec total de communication» de la part de l’EERS.

La communication après la démission de Sabine Brändlin, sans un mot de remerciement, a échoué. Je regrette beaucoup cette erreur. Je comprends donc le ressentiment des Églises membres. Mais je me serais attendue à ce que les dirigeants des Églises cherchent à avoir une discussion confidentielle avec nous avant d'aller voir la presse.

Les médias ont rapporté que Sabine Brändlin, avant de démissionner, avait échoué dans sa tentative de traiter la plainte au Conseil.

Ce n'est pas vrai. Lors de sa réunion du 17 avril, le Conseil a décidé d'ouvrir une enquête externe. Cependant, nous avons dû donner au président le droit d’être entendu, ainsi nous ne pouvions pas mettre en œuvre la décision immédiatement. Si vous voulez travailler avec soin, il faut juste du temps. Mais je dis néanmoins: mission accomplie. La majorité du Conseil ne s'est pas laissée décourager.

Le Conseil n'aurait cependant rempli sa mission que s'il avait fourni des informations transparentes, puis clarifié rapidement les accusations.

Pour cela, nous aurions dû pouvoir compter sur la coopération du président. Le mieux aurait été, bien sûr, qu'il accepte l'enquête, au motif qu'il n'y avait pas eu d’acte répréhensible, et qu'il suspende son mandat jusqu'à la fin de la procédure.

Les critiques massives des représentants des Églises n’œuvrent pas non plus pour notre réputation

La réputation de l'EERS est aujourd’hui ternie. Comment le Conseil compte-t-il regagner la confiance nécessaire?

La Constitution stipule que l'EERS et les Églises membres se soutiennent mutuellement dans l'accomplissement de leurs tâches: être Église ensemble. Les critiques massives des représentants des Églises n’œuvrent pas non plus pour notre réputation. Le Conseil prend très au sérieux l'interpellation des Églises d'Argovie, Berne-Jura-Soleure, Vaud et Zurich et fera face aux questions dans le cadre du Synode.

Les partisans de Gottfried Locher parlent d'une intrigue. Un président de l'EERS n'a-t-il pas aussi le droit à la vie privée?

L'accusation d'intrigue est complètement déplacée. Selon la Constitution, le président fait partie de la direction tripartite de l'EERS avec le Conseil et le Synode, qui ensemble promeuvent la vie spirituelle. Il s'est engagé dans l'EERS pour toutes ses actions et la représente en public. J'attends donc une cohérence entre les déclarations et le mode de vie. Il ne s'agit pas d’une question de moralité ou d'une liaison. La plainte rédigée par un avocat décrit un abus de pouvoir et une violation des limites. De telles accusations ne peuvent être dissimulées.

N'y a-t-il pas un risque de préjudice public?

Nous étions bien conscients du danger que des détails puissent s'échapper. C'est pourquoi nous avons voulu fournir des informations rapides et transparentes sur la procédure. Malheureusement, cela n'a pas réussi.

Le président démissionnaire recommande un «renouvellement du personnel», que la gestion du Conseil soit «entièrement placée entre de nouvelles mains»...

C'était peut-être son dernier dépassement de la frontière? Cette lettre n'a même pas été envoyée à tous les membres du Synode et est parvenue aux partenaires officiels de l'EERS ainsi qu'au bureau. La loyauté est importante pour moi. Je travaille en étroite collaboration avec le président depuis longtemps. Plus récemment, en tant que vice-présidente, je me suis engagée à conclure un accord approprié avec lui quant à sa démission. Je trouve choquant qu'un jour seulement après, il envoie une lettre personnelle avec cette demande avec le logo officiel de l'EERS.