L’Église réformée de Suisse surfe sur la deuxième vague

© EKS | Nadja Rauscher
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Lors du synode virtuel de l'EERS du 2 novembre, le bureau était à BernExpo.
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L’Église réformée de Suisse surfe sur la deuxième vague

3 novembre 2020
Pour sa session virtuelle du 2 novembre, le Synode de l’Église réformée de Suisse a traité les urgences. Parmi elles, l’élection de deux femmes aux postes de présidente et de membre de l’exécutif. Des postes laissés vacants au printemps à la suite de deux démissions.

La deuxième vague de coronavirus a peut-être eu raison de la convivialité, mais elle n’aura pas mis le parlement de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) à terre. Le synode a bien eu lieu donc, mais par écrans interposés et avec un ordre du jour revu à la baisse. Et pour cause, les enjeux étaient de taille ce lundi 2 novembre pour les délégués des Églises dispersés aux quatre coins du pays: attribuer les sièges vides de la présidence de l’EERS et de l’un des membres du Conseil (exécutif). C’est donc la pasteure de l’Église réformée zurichoise, Rita Famos, qui deviendra la première femme à occuper la présidence de l’EERS au 1er janvier. Élue par 47 voix sur 78 – contre 25 pour sa concurrente romande, la pasteure Isabelle Graesslé –, Rita Famos succèdera à Gottfried Locher, qui a démissionné en mai après des accusations de comportements abusifs dans le cadre de ses relations professionnelles et d’une plainte déposée au Conseil.

Les femmes au pouvoir

Dans la foulée, les délégués ont élu la Bernoise Claudia Haselbacher, pasteure de l’Église évangélique méthodiste suisse, comme septième membre de l’exécutif. Elle reprend la place laissée vide par Sabine Brändlin qui a démissionné en avril.

Jamais deux sans trois, c’est encore une femme qui a été élue à la tête du Synode (organe délibérant), en la personne d’Evelyn Borer, actuelle présidente de l’Église réformée de Soleure. La rejoignent deux nouveaux vice-présidents: la Zurichoise Catherine Berger-Meier et le Neuchâtelois Christian Miaz. Le président de l’Église réformée du Valais, Gilles Cavin est nommé président de la commission de nomination. Une commission qui intègre le Vaudois Jean-Luc Blondel comme nouveau membre.

S’il était prévu que les membres démissionnaires du Conseil fassent leurs adieux lors de la session d’automne, la suppression des moments festifs pour cause de pandémie a eu gain de cause. Alors que Sabine Brändlin avait accepté de dire quelques mots, les invitations adressées à Gottfried Locher sont, quant à elles, restées lettre morte, a informé le président du Synode Pierre de Salis.

L’enquête avance

Crise institutionnelle toujours, les délégués de l’EERS ont eu droit à un premier rapport verbal de la commission d’enquête, nommée par le Synode s’agissant du dossier en lien avec la démission de l’ancien président. Par la voix de sa présidente Marie-Claude Ischer, déléguée de l’EERS et présidente de l’Église réformée vaudoise, la communication est de forme plus que de fond. On apprend que la commission s’est mise en route, mais qu’elle attend surtout, pour la fin de l’année, le rapport du cabinet d’avocats externe mandaté, pour aller plus avant. Pour rappel, le bureau d’avocats investigue sur la plainte et la commission d’enquête sur la manière dont le Conseil de l’EERS a agi face à celle-ci, et si des mesures existaient en matière de comportements abusifs.

Accepter la fusion

Après la pause de midi, le Synode s’est penché sur les autres affaires urgentes. Bien qu’éparpillée, l’assemblée a approuvé la fusion des fondations Pain pour le Prochain et EPER, en vue de la constitution de la Fondation Entraide protestante suisse (EPER). Mais la marque Pain pour le Prochain existera toujours. L’objectif: «Renforcer leur position dans un environnement de plus en plus concurrentiel et optimiser l’impact de leur projet en Suisse et à l’étranger», a expliqué Daniel Reuter, vice-président du Conseil de l’EERS. Les statuts de fondation modifiés ont été acceptés et les délégués ont pris connaissance d’un rapport sur la fusion, des projets de contrat de fusion et du règlement d’organisation. Autant de documents soumis au préalable à l’Autorité fédérale de surveillance des fondations. Le dossier sera remis sur le tapis lors de la session de juin prochain, afin que la fusion soit effectuée sur un plan juridique et que la nouvelle appellation puisse être utilisé dès le 1er janvier 2022.

L’après-midi a été l’occasion de valider le budget 2021 qui prévoit une réduction de 2% des contributions des Églises membres. Les délégués ont également alloué une subvention extraordinaire de 420 000 fr. pour l’aumônerie pour requérants d’asile dans les centres fédéraux pour l’année 2021.

Le temps des adieux

La session du 2 novembre était la dernière séance de l’Église évangélique libre de Genève (EELG). Membre depuis 1923, «la question de l’affiliation revient régulièrement depuis trente ans s’agissant des débats théologiques», a exprimé le délégué Boris Cretegny qui remercie pour les décennies d’échanges et de témoignages riches. L’EELG deviendra une Église associée, dès que le règlement du Synode sera approuvé. Un changement de statut auquel la prise de position de l’EERS en faveur du mariage pour tous n’est pas étranger.

C’est enfin Pierre de Salis, président sortant du Synode qui a fait ses adieux, après trois assemblées des délégués, du temps de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (ancêtre de l’EERS), et deux synodes. Il a notamment remercié «toutes les personnes qui se sont engagées dans cette année 2020 difficile, bouleversée et bouleversante».