
« A chacun de jouer son rôle d’influenceur »
Reportage à la plage lausannoise de Vidy.
«Chacun de nous a le pouvoir insoupçonné d’être l’influenceur de quelqu’un, car tout le monde fait plus facilement confiance à une personne de son entourage. Alors, c’est à chacun•e de répéter encore et encore le message pour qu’il ait un impact», a insisté Laurianne Trimoulla, de la Fondation Gallifrey, qui lutte contre la pollution plastique, lors du «Toxic Tour» organisé le jeudi 18 juin à Lausanne.
A l’heure du rendez-vous, une quarantaine de personnes de tous âges patientaient sous un soleil de plomb pour prendre part à la quatrième balade axée sur les pollutions environnementales organisée par l’Université de Lausanne.Chapeau de paille ou casquette sur la tête, gourde à la main, toutes se sont équipées de l’audioguide pour deux heures de parcours informatif sur le thème «Microplastiques.
Du pneu à l’eau du lac».
Le plastique: de progrès à danger
Une fois les boîtes à microplastiques distribuées, c’était parti pour la première étape: se déplacer au bord du lac pour collecter des particules sur le sable de la plage de Vidy. Le résultat, après dix minutes de recherche, est incontestable: de nombreux bouts de plastique de différentes formes, textures, couleurs ont été ramassés. «Le plastique, il y en a partout: même dans les poissons du Léman et les lacs de montagne. On en utilise du matin au soir. En 1950, c’était vu comme un progrès, on en était à 2 millions de tonnes par année. Aujourd’hui, les chiffres sont de 500 millions de tonnes et les projections pour 2100 se montent à 1,2 milliard de tonnes…» explique Laurianne Trimoulla.
La promenade se poursuit à l’ombre – bienvenue en cette première vague de canicule – des arbres de la forêt de Dorigny avec plusieurs haltes – sur la route qui mène au parking du parc, au bord du cours d’eau qui le traverse notamment –, jusqu’à l’Eprouvette, le laboratoire sciences et société de l’Unil. Les différents intervenants multiplient leurs contributions en cours de route, partageant leurs connaissances et leurs inquiétudes. Aujourd’hui, tout le monde est exposé aux microplastiques par différentes voies – les aliments, l’air, l’eau. «50 000 kilos de plastiques terminent dans le Léman chaque année.
Le trafic routier est responsable de 30 à 50 % de cette pollution à cause des particules de pneus. Les cultures sont souvent proches des axes routiers, alors on en retrouve dans les sols, puis dans les fruits et légumes que nous consommons», explique le biogéochimiste Florian Breider. «Seulement 5 % des déchets plastiques peuvent être recyclés alors que leur incinération relâche des toxines», précise Laurianne Trimoulla. La fragmentation les transforme en nanoparticules, très difficiles à retirer de l’environnement. De plus, ils perdurent extrêmement longtemps, au moins un siècle… Leurs effets sur notre santé ne sont pas connus, «mais on sait que ce n’est bon ni pour l’écosystème ni pour nous.»
Un droit de la nature
«Le plastique a une multitude d’usages et on sait que plus un problème est systémique, plus une solution est difficile à trouver. Il est nécessaire de changer notre modèle de croissance, d’apprendre à produire différemment. Les interventions collectives sont très importantes pour faire changer les choses. C’est sous la pression d’une initiative citoyenne que le Sénat espagnol a adopté, en 2022, une loi pour accorder la personnalité juridique à la lagune de Mar Menor, dans le sud du pays, ainsi qu’à son bassin», cite en exemple le philosophe Dominique Bourg. Chaque citoyen a donc son rôle à jouer.
Côté pratique
Les «Toxic Tour» font partie de «Toxic, les pollutions en questions», un projet de médiation scientifique porté par des chercheur·euses de l’Université de Lausanne et d’Unisanté, en partenariat avec des institutions scientifiques, sociales et culturelles, des associations et des artistes. Trois expositions en plein air et une installation sonore ont permis d’échanger ce printemps sur le sujet des pollutions environnementales.





