
Quand des Eglises s’en prennent à la finance
En juin dernier, les Églises méthodistes – une branche du protestantisme – de Colombie, du Royaume-Uni et d’Irlande, en collaboration avec des partenaires actifs dans le domaine de l’investissement et des acteurs oecuméniques, ont déposé une plainte contre HSBC Holding. Motif? Elle finance Glencore, multinationale suisse spécialisée dans l’extraction. Dans le viseur des plaignants, un site exploité en Colombie, Cerrejón, à La Guajira, l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert du monde. Ses atteintes à l’environnement et aux communautés indigènes sont bien documentées. «Les institutions financières ont la responsabilité de veiller à ce que leurs pratiques de financement et d’investissement soient conformes aux droits de l’homme, aux normes environnementales et à leurs propres engagements en matière de climat», font valoir les plaignants.
La démarche est soutenue par le Conseil oecuménique des Églises, dont le siège est à Genève. L’Église réformée suisse est l’un de ses 350 membres. Ce procédé n’a aucune chance d’aboutir à une solution juridiquement contraignante pour l’entreprise: il a été entamé auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une organisation internationale qui ne peut pas interférer dans le droit national. Tout au plus peut-on s’attendre à des recommandations ou à une prise de position du Point de contact national de l’OCDE britannique, auprès de qui la démarche a été lancée.
Les prophètes des Ecritures n’étaient pas bien accueillis
Dans ce cas, quel intérêt pour des Églises protestantes d’agir sur le plan juridique? «Le changement climatique n’est plus un risque futur dont on discute dans les salles de conférence et les rapports annuels. Il transforme déjà nos vies. […] La finance moderne contribue à décider ce qui est construit, ce qui se développe et à quoi ressemblera l’économie de demain», défend dans un communiqué Andrew Harper, membre du Conseil central des finances de l’Église méthodiste britannique. «Le risque existe que la finance durable devienne une sorte de théâtre moral. Que des engagements lisses donnent l’apparence d’un progrès alors que les comportements sous-jacents évoluent trop lentement. Les investisseurs confessionnels ont la responsabilité particulière de remettre cela en question. Les prophètes des Ecritures étaient rarement bien accueillis, car ils bouleversaient les discours confortables, insistaient pour que les gens affrontent le fossé entre ce qu’ils prétendaient croire et la manière dont ils vivaient réellement.»
La légitimité se discute
En Suisse, les Églises réformées avaient en particulier été critiquées pour leur engagement en faveur de l’initiative Multinationales responsables en 2020. Pour l’avocat Raphaël Mahaim, conseiller national vert qui a porté – avec succès – la requête des Aînées suisses pour le climat devant la Cour européenne des droits de l’homme, la légitimité des Églises à agir dans ce type d’affaires se discute. «Je suis réformé et je m’identifie à ces causes-là. Les Églises, qui se préoccupent de transcendance, peuvent porter des revendications qui dépassent les intérêts des individus. Mais j’admets que tout le monde n’a pas la même vision.»
Au-delà du signal public donné par une démarche juridique, l’avocat estime que toute procédure, même non contraignante, fait avancer la justice climatique. «Chaque action juridique a sa propre logique, sa propre argumentation, ses propres règles. Et toutes sont complémentaires.
Contrairement au monde politique, les tribunaux n’ont pas d’agenda: ils se préoccupent du respect des règles, d’établir les faits. Il est donc plus facile de se tourner vers eux dans une perspective de prévention et d’anticipation du changement climatique.»





