
TerrEspoir redistribue l’équité depuis trois décennies
Trente ans, ça se fête. Et ce sont des années bien remplies que Terr-Espoir a mises au service d’un commerce de fruits plus équitable. Depuis 1996, la fondation importe des fruits du Cameroun, encourageant des projets qui améliorent durablement les conditions de vie de petits producteurs. Pour Marion Record, coordinatrice TerrEspoir en Suisse, la fondation peut regarder avec fierté le travail accompli: «Quand on sait que tous les enfants des familles productrices ont fait des études universitaires, on voit l’impact concret. Toute la communauté vit mieux. C’est une grande famille. Chaque fois que je vais au Cameroun, je suis époustouflée par la solidarité entre tous ces producteurs. Il n’y a aucune concurrence entre eux.»
Accéder aux terres
Aujourd’hui, les enjeux sont autres: outre le changement climatique, l’accaparement des terres réduit petit à petit les surfaces exploitables des producteurs. Pour la plupart locataires, ils sont sous la pression de plus grands acteurs. «Une de nos productrices voit son champ coincé entre une production minière et une immense bananeraie d’une grande marque. Au fur et à mesure, sa terre est grignotée.» TerrEspoir espère faire à terme de ses producteurs les propriétaires de leurs champs. Les protéger passe aussi par une rémunération juste. «Les prix que nous leur offrons sont nettement meilleurs que ce que l’on voit sur le marché, et tiennent vraiment compte de leurs coûts de production», explique Sylviane-Blanche Djou. Engagée sur le terrain depuis 1997, elle fait le lien entre les responsables suisses et quelque 90 producteurs. «Nous essayons aussi de les rassembler. Ensemble, on peut aller plus loin, et cela facilite la logistique, comme les transports, par exemple.»
Trajets courts
TerrEspoir se charge donc de la vente directe et des circuits courts. «L’avantage de ce système est qu’il est très rapide. Au moment de la récolte, les fruits sont déjà mûrs. Cela se ressent sur la qualité», complète Loïc Sauvinet, président de la fondation. «Demander à nos clients de passer commande limite aussi le gaspillage.» Une fois arrivé dans les stocks de l’association à Bussigny, le fruit est redistribué aux «Magasins du Monde», partenaire de TerrEspoir, part pour un stand de marché ou des manifestations ponctuelles.
Il peut aussi passer par un réseau de distribution, concept propre à Terr-Espoir. «Historiquement, les distributions en réseau passaient par les paroissiens, qui voulaient soutenir TerrEspoir et qui, chaque mois, commandaient des produits pour les redistribuer», explique
Marion Record.
Aujourd’hui, TerrEspoir compte une vingtaine de réseaux au sein de paroisses de Suisse romande et espère augmenter ce chiffre. Si la banane est populaire, elle est loin d’être le seul produit: fruits de la passion, mangues, ananas et avocats complètent le grand stock de la fondation, aux côtés des fruits secs, des confitures et des chips de manioc. «TerrEspoir, c’est toute ma vie! Je ne pense pas que je puisse faire autre chose», admet Sylviane-Blanche Djou. Elle et Élise Chefin, productrice d’ananas camerounaise, participeront aux festivités cet automne. Ces dernières culmineront avec une grande soirée d’anniversaire le 30 octobre à Prilly. Mais la fête n’empêche pas la fondation de se tourner vers l’avenir, avec des envies de nouveaux produits et de collaborations. Et, pourquoi pas, étendre le concept au-delà des frontières camerounaises.





