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Au dernier lieu de vie, une présence oecuménique

 
1 min de lecture
Interview
Depuis le 1er août dernier, cinq accompagnants catholiques et réformés se relaient dans les EMS du Jura. Leur responsable, Noel Pedreira, raconte une présence qui accueille chacun, qu’il soit ou non croyant.

Noel Pedreira théologien, accompagnant spirituel et assistant pastoral

Qu’existait-il avant ce nouveau service?
NOEL PEDREIRA: De longue date, les EMS accueillaient des célébrations: la messe surtout, le culte plus ponctuellement. Une aumônerie existait aussi, mais portée par la seule Église catholique, avec une puis deux personnes, pour un nombre limité d’établissements. Lorsque la personne qui en avait la charge s’est retirée, l’Église catholique a souhaité relancer un service et s’est tournée vers l’Église réformée. Un groupe de travail mixte a conclu à la pertinence d’un projet oecuménique. Les EMS rattachés à l’Hôpital du Jura disposent, eux, de l’aumônerie hospitalière.

Vous avez rejoint le projet en cours de route…
Sur le tard, oui. Jusqu’à l’été dernier, j’étais aumônier de l’armée. Quand je suis revenu vers mon Église, on m’a proposé de reprendre le groupe de travail et de mettre le service sur pied.

Avec quels moyens?
Les Églises ont décidé de mettre à disposition jusqu’à trois équivalents plein temps: deux à deux et demi côté catholique, un demi-poste côté réformé. Chacune finance ses propres pourcentages. Nous sommes cinq pour 2,5 postes: je suis à 70 %, mes quatre collègues sont à 40 ou 50 %. Parmi eux, Philippe Lachat, issu de l’Église réformée, ancien infirmier en psychiatrie, catéchète et animateur jeunesse. Un renfort de 40 %, financé par la partie catholique, portera la dotation à 2,9 postes en janvier 2027.

Concrètement, comment êtes-vous présents?
Le Jura a beau être un mouchoir de poche, aucun EMS ne se ressemble. Nous avons signé des conventions avec quasiment tous les établissements; seul un EMS privé a décliné, et nous espérons que c’est temporaire. Chaque maison a ses répondants, présents au minimum un jour toutes les deux semaines, davantage selon sa taille ou la présence d’une unité psychogériatrique.

Qu’apporte l’oecuménisme à un résident protestant?
Notre approche est large: les collègues catholiques ne vont pas seulement vers leurs coreligionnaires. Mais pour une personne dont la foi a compté, savoir que les deux grandes Églises de la région portent ensemble ce service est une garantie. Même minoritaire, un protestant qui tient à parler à quelqu’un de son Église le pourra: nous l’organiserons.

Et pour ceux qui ne se reconnaissent dans aucune Église?
C’est tout le défi. Nous sommes envoyés et payés par les Églises, mais nous n’avons pas à vendre notre représentation du monde. Nous sommes là dans l’accueil inconditionnel. Entrer en EMS, c’est savoir que c’est son dernier lieu de vie. Surgissent alors des questions: suis-je en paix avec mon passé? Qui suis-je, moi qui ai toujours été un homme actif, un agriculteur, un chef de famille, et qui me retrouve dépossédé de tout cela?

Un visage vous accompagne-t-il?
Celui d’une dame entrée en EMS avec son mari, décédé moins d’un mois plus tard, après soixante ans de vie commune. On pourrait croire ce deuil «naturel» passé 80 ans. Mais il y a là un manque que rien ne comblera, une tristesse qu’il faut reconnaître et accompagner sans hâte, pour qu’elle trouve un sens à ce dernier bout de chemin. Je pense aussi aux résidents des unités protégées: deux semaines plus tard, ils ne se souviendront pas de moi. Mais une ambiance, un lien demeure, qui permet de renouer.

Comment les EMS ont-ils accueilli le projet?
Très favorablement. Toutes les directions, comme Curaviva Jura, estimaient qu’il fallait faire davantage pour cette dimension. La place du spirituel est de plus en plus reconnue, et respectée, dans le travail inter- professionnel.

Courage et vérité
Du 12 au 15 novembre, les Journées philosophiques de Bienne vivent leur 13e édition autour du thème «Le courage de la vérité». Le psychiatre Serge Tisseron y explorera le secret, tandis que Barbara Stiegler et Christophe Pébarthe dialogueront sur «Vérité et démocratie». Organisée tous les deux ans depuis 2001, la manifestation est la première du genre entièrement bilingue, réunissant penseurs francophones et germanophones au contact direct du public. Programme ici