
Psychotrauma : une course contre la montre
Après l’urgence, la prise en charge des séquelles psychologiques. Un événement comme l’incendie du bar « Constellation » à Crans-Montana est de nature à entraîner l’apparition d’un syndrome de stress post-traumatique (SPT) chez les survivants et les témoins du drame. Ce trouble touche 4,3 % de la population suisse, les femmes un peu plus souvent que les hommes (5,4 % vs 3,3 %), selon l’Observatoire suisse de la santé (Obsan). Il se manifeste par des flashbacks (par exemple, des cauchemars), des conduites d’évitement face à des situations qui rappellent le drame, une hypervigilance et des perturbations de l’humeur – par exemple, anxiété, irritabilité, dépression (lire encadré).
Dans un premier temps, les signes de stress sont considérés comme des réactions normales face à l’adversité. L’évolution de ces symptômes dépend de différents facteurs internes et externes : ressources personnelles, soutien de l’entourage, prise en charge adaptée… Une partie des sujets concernés parviendront à surmonter leurs problèmes ; pour les autres, il existe un risque de chronicisation. C’est pourquoi il est important que les personnes directement ou indirectement touchées par un événement traumatisant soient bien entourées.
Deux approches efficaces
Les proches et la communauté constituent des ressources précieuses, mais il est conseillé de se tourner vers un spécialiste dûment formé pour un accompagnement professionnel de qualité. En l’occurrence, deux approches psychothérapeutiques ont fait leurs preuves dans le traitement du stress post-traumatique. Il s’agit de la désensibilisation et du retraitement par mouvements oculaires (EMDR, pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing) et de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).
Ces deux types de thérapies sont complémentaires. « Aujourd’hui, de plus en plus de psychothérapeutes formés dans la prise en charge des patients traumatisés intègrent plusieurs outils ou techniques dans l’accompagnement », précise la psychologue psychothérapeute Christine Surchat, spécialisée en psychotraumatologie et psychothérapie des séquelles de traumatismes depuis 2015, à Bulle (FR). Cofondateur de l'Institut Romand de Psychotraumatologie (IRPT), le psychologue psychothérapeute Olivier Piedfort-Marin ajoute : « Une large majorité de personnes voient leurs symptômes diminuer en une dizaine de séances ; parfois, il en faut plus. »
Comme le sommeil paradoxal
De prime abord, l’EMDR peut sembler un peu mystérieuse : le patient est invité à suivre, sur un écran, des signaux lumineux qui vont alternativement de gauche à droite et de droite à gauche. Il arrive que le thérapeute lui demande plus simplement de suivre son doigt, dans ce même mouvement de va-et-vient.
L’efficacité de l’EMDR dans le traitement du trouble post-traumatique, du stress aigu et du deuil prolongé est reconnue, entre autres, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Association américaine des psychiatres (APA) et la Société Internationale pour l'étude du stress traumatique (ISTSS).
Tout d’abord, le patient sélectionne les souvenirs traumatiques sur lesquels il souhaite travailler. Ensuite, il se concentre sur les émotions ressenties à leur évocation, tout en bougeant les yeux d’un côté puis de l’autre, selon les indications du thérapeute. « La stimulation bilatérale du système oculaire aide le cerveau à retraiter et à intégrer les souvenirs traumatiques, un peu comme c’est le cas pendant le sommeil paradoxal », explique Olivier Piedfort-Marin. Cela contribue à réduire leur charge émotionnelle. Mais, parce que l’EMDR repose sur l’évocation de souvenirs traumatiques, il est important qu’elle soit pratiquée par un professionnel dûment formé à cette technique. En Suisse romande, les formations prodiguées par l’IRPT sont les seules à être reconnues par l'association professionnelle faîtière EMDR Europe.
Travail en profondeur
Quant à la thérapie cognitive comportementale, c’est l’une des méthodes psychothérapeutiques les plus étudiées et reconnues. En effet, un grand nombre de recherches scientifiques ont confirmé l’efficacité des méthodes et des stratégies thérapeutiques utilisées. La TCC constitue ainsi un courant psychothérapeutique majeur. Comme axe de travail, elle propose aux patients de prendre du recul par rapport à leur discours intérieur. Nous produisons tous des pensées qui peuvent être aidantes ou, au contraire, pénalisantes. Or, nos pensées influencent nos ressentis, qui à leur tour influencent notre comportement. En travaillant sur nous-mêmes, il est possible de reprendre le contrôle de nos pensées et de nos émotions. Dans la pratique, cela passe souvent par l’apprentissage des nuances : « Je ne me sens pas bien en ce moment » au lieu de « Cela ne va jamais », par exemple.
Le rôle du thérapeute est de soutenir la personne, à la fois dans l’élaboration de pensées utiles et dans la modification de son comportement, en l’encourageant à puiser dans ses propres ressources pour trouver par elle-même des solutions à ses problèmes. Le patient est donc acteur de sa guérison. Il participe activement à fixer, avec le thérapeute, des exercices à faire entre les séances pour changer les schémas de pensée liés au trauma.
Autres ressources
Naturellement, sur le principe, tout ce qui fait du bien aux personnes est bon à prendre. Il existe de nombreuses autres méthodes qui ne doivent donc pas être exclues a priori, et qui sont par ailleurs combinables avec l’EMDR et la TCC. Par exemple, les thérapies psychocorporelles, l’hypnose ou la sophrologie. « Tout ce qui permet aux personnes d’apaiser leur corps et de revenir dans le moment présent est aidant », relève Christine Surchat. Il peut s’agir de choses très simples, comme des promenades en forêt. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, l’accompagnement spirituel s’adresse aussi bien aux personnes croyantes qu’aux personnes incroyantes (lire encadré). Enfin, pour une aide psychologique en lien avec le drame de Crans-Montana, le Valais vient de mettre en place une ligne d'écoute fonctionnant 24 heures sur 24, au 0800 012 210. Elle s’ajoute à d’autres numéros utiles comme la helpline dédiée 0848 112 117 pour les familles et les proches, le 143 (La Main Tendue) ou le 147 pour les jeunes (Pro Juventute).
Le stress post-traumatique, un problème vieux comme le monde
Des cas de traumatismes psychiques ont été documentés chez des soldats dès l’Antiquité. La médecine militaire a commencé à se pencher sur ce phénomène au 17e siècle. À partir du 20e siècle, des cas ont été rapportés dans la société civile. Mais il a fallu attendre les grands conflits internationaux du siècle passé, et en particulier la guerre du Viet Nam, pour que le stress post-traumatique devienne un véritable sujet d’étude et d’intérêt pour la communauté scientifique et la société. Depuis, c’est même devenu un champ de recherche inépuisable, tant il semble que le problème soit plus répandu et surtout beaucoup plus complexe qu’on ne le pense. En effet, les sources de traumatisme psychique sont multiples.
La définition clinique du SPT remonte aux années 80, dans la foulée des ravages constatés sur les vétérans américains de retour du Viet Nam. La prévalence dans la population générale, estimée en Suisse à 4,3 % de la population générale, pourrait être en réalité plus élevée, selon certaines études. Ainsi, des enquêtes épidémiologiques conduites en France après les attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo, Hyper Casher, Montrouge et Dammartin-en-Goële), indiquent que 18 % des témoins présentaient des signes de stress post-traumatique au bout de 6 à 18 mois. Une autre enquête française sur les attentats de Paris et de Saint-Denis évalue même la prévalence du SPT à 54 % chez les personnes directement menacées.
Pasteur, aumônier, diacre, accompagnateur spirituel : quelle différence ?
Pas facile de déterminer ce qui distingue un pasteur d’un diacre ! Sur le papier, c’est surtout une question de formation : le pasteur dispose de connaissances théologiques plus approfondies. Mais, dans la pratique, les différences tendent à s’estomper, en raison de l’évolution des profils et du marché du travail. « Il y a des pasteurs qui ont une fibre diaconale et des diacres qui exercent une fonction pastorale, résume le théologien Jean-Christophe Emery, responsable de la formation initiale des ministres romands au sein de Réf-Formation, à Neuchâtel. D’un côté, il y a de plus en plus de vocations tardives chez les pasteurs. De l’autre, les diacres ont souvent une carrière professionnelle derrière eux, avec une expérience dans le domaine social. » Tout cela concourt à rendre les frontières un peu floues.
« En ce qui concerne l’aumônier, ce n’est pas un métier en soi, mais une fonction exercée au sein d’une institution et attribuée soit à un pasteur, soit à un diacre, soit à un animateur d’Église, poursuit Jean-Christophe Emery. Il n’y a donc pas de formation spécifique. » Un problème semblable se pose au sujet de l’accompagnateur spirituel, pour lequel il n’existe pas de définition consensuelle. Il existe néanmoins des formations professionnalisantes, dont un CAS délivré par l’Université de Lausanne (UNIL) et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en partenariat avec le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). L’Association pour l’accompagnement spirituel (AASPIR), à Gland, propose également un cursus spécifique pour l’accompagnement spirituel.

