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La Cour suprême de Téhéran en 2020. Le chef du pouvoir judiciaire est élu par le guide suprême.

Un régime théocratique aux multiples institutions

The Conversation et Religion News Service
30 mars 2026
Institutions
La succession de son fils Mojtaba à Ali Khamenei soulève des tensions internes et internationales. À cela s’ajoute une situation économique tendue. Pour le chercheur Eric Lob, l’Iran va se radicaliser ou s’effondrer. Une transition démocratique semble difficile en raison de l’interdépendance des institutions en place.

Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran est une République islamique fondée sur le principe du Velayat-e Faqih («tutelle du juriste islamique»), qui place un guide suprême à la tête du pays. Bien que ce dernier concentre l’essentiel du pouvoir, le régime repose sur un réseau d’institutions interdépendantes, explique Eric Lob, professeur associé en politique et relations internationales à l’Université internationale de Floride, dans une contribution à The Conversation et ReligionNews Service.

Le guide suprême:pivot du système
Autorité religieuse et politique suprême, le guide incarne le Velayat-e Faqih, un concept chiite selon lequel un juriste islamique doit diriger l’État. Il dispose de pouvoirs étendus: armée, médias, nomination du chef d’État et du pouvoir judiciaire, etc. Théoriquement irremplaçable, le guide peut être destituépar l’Assemblée des experts, qui esten mains loyalistes.

A l’origine, le guide devait être un grand ayatollah, mais la Constitution aété amendée en 1989 pour permettre à Ali Khamenei (clerc de rang intermédiaire) d’accéder au poste. Son fils n’a pas non plus le statut religieux requis, ce qui affaiblit sa légitimité auprès desconservateurs. Avec en plus les pressions internationales, il est à craindre que le régime durcisse la répression pour sécuriser la  transition. Eric Lob craint égalementque les Gardiens de la révolutionne soutiennent pas Mojtaba Khamenei,lui préférant un dirigeant militaire.

Le président:un exécutif subordonné 
Le président est chef du gouvernement, mais il est soumis au guide suprême. Il est élu tous les quatre ans au suffrage universel, les candidats étant sélectionnés par le Conseil des gardiens. Son pouvoir est limité à l’exécution des décrets du guide suprême et à la gestion des affaires courantes (économie, diplomatie),mais sans autorité sur les questions stratégiques (nucléaire, défense).

L’Assemblée des experts:un organe fantoche
Composée de 88 membres, elle a pour rôle d’élire, de superviser et éventuellement de destituer le guide suprême. Les candidats sont filtrés par le Conseil des gardiens, garantissant une majorité conservatrice et prorégime. De fait, aucun cas de destitution du guide n’a jamais eu lieu. 
Lors des élections de 2024, le Conseil des gardiens a disqualifié 60 % des candidats, dont de nombreux réformistes,assurant une assemblée docile.

Le Conseil des gardiens:le filtre du régime
Composée de 12 membres, élus pour partie par le guide et pour partie parle pouvoir judiciaire, qui est lui-même élu par le guide, cette structure a un pouvoir de veto sur les lois votées par le Parlement si elles contredisent l’islam ou la Constitution. Le Conseil a également un rôle de sélection des candidats aux différentes élections. Depuis les années1990, il écarte systématiquement les modérés.

Le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime
Médiateur entre le Parlement et le Conseil des gardiens en cas de blocage législatif, ce collège de 27 membres a aussi pour fonction de conseiller le guide sur les politiques stratégiques. Initialement technique, il est devenu un outil de contournement du Parlement.

Le Parlement:une chambre sous influence
Elus tous les quatre ans, ses candidats sont filtrés et ses décisions peuvent faire l’objet de veto du Conseil des gardiens. Sa légitimité est en baisse. La participation aux élections n’a été que de 41 % en 2024. Le Parlement est dominé par les conservateurs.

Les gardiens de la révolution:le vrai pouvoir
Force militaire parallèle, indépendante de l’armée régulière, elle possède 30 % de l’économie iranienne et ses anciens membres dominent le Parlement, le Conseil des gardiens et les gouvernorats. 
Les gardiens de la révolution pourraient résister à Mojtaba Khamenei s’il est perçu comme faible.