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©Christian Borle
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©Christian Borle

Connexion3d : l’Eglise à l’écoute des jeunes

ACCOMPAGNEMENT
Quête de sens, besoin d’écoute, envie d’agir : à travers connexion3d, les paroisses de l’arrondissement Berne-Jura tentent de rejoindre les jeunes dans leur réalité.

Né avec l’objectif de travailler davantage au contact du terrain, connexion3d vise à soutenir des projets portés localement avec des partenaires et des groupes de jeunes. Selon Willy Mathez, responsable connexion3d dans le vallon de Saint-Imier, l’idée centrale consiste à quitter une logique trop administrative pour retrouver de la proximité. «Le projet est né du désir de revenir davantage sur le terrain, de travailler avec les partenaires locaux et de mettre les forces au service de projets concrets», explique-t-il. Selon lui, cette orientation reste aujourd’hui pleinement d’actualité: chaque Région développe ses propres initiatives en fonction de ses besoins et de ses réalités. Dans ce cadre, l’un des outils importants est la formation des accompagnants (monos), destinée à des jeunes d’environ 16 ans qui terminent le catéchisme. Pendant deux ans, ils apprennent à accompagner des groupes et à développer des compétences relationnelles.


Leur rôle est avant tout relationnel. «Pour les plus jeunes, c’est un peu comme des grands frères ou des grandes sœurs», décrit Willy Mathez. Ces jeunes facilitent les échanges et participent à créer une dynamique de groupe, tout en poursuivant leur propre cheminement personnel. Derrière cette démarche se profile une conviction: les jeunes doivent pouvoir prendre une place active dans l’Église. «L’idée est de leur faire confiance et de leur laisser une vraie autonomie. Il y a bien sûr un cadre – financier, légal ou organisationnel – mais il sert surtout de filet de sécurité.»


Des jeunes concernés par le monde
Sur le terrain, les animateurs constatent que les jeunes ne sont pas indifférents aux questions de société. Bien au contraire. «Ils ont des opinions, mais ne savent pas toujours comment les formuler ou les assumer», observe Romain Jacot, animateur connexion3d pour la Région Sud. Les discussions dans les groupes abordent régulièrement des sujets politiques ou sociaux.

Romain Jacot évoque, par exemple, un débat autour de la participation d’Israël à l’Eurovision. «Ce sont de vrais sujets d’inquiétude et de réflexion pour eux. Ils se sentent concernés par le monde qui les entoure.» Les questions d’identité sont également très présentes. Certains jeunes se trouvent dans des phases de recherche personnelle, notamment autour de l’identité sexuelle ou de leur place dans la société. Dans ces moments-là, l’enjeu consiste avant tout à offrir un espace de parole. «Ils ont besoin d’un interlocuteur qui leur permette de parler, d’exprimer leurs opinions et d’être accueillis comme des adultes», explique-t-il. Selon lui, la reconnaissance de la valeur de la personne joue un rôle central. «Quand ils comprennent qu’on leur accorde de la valeur pour ce qu’ils sont, cela change beaucoup de choses.»Contrairement à certaines idées reçues, la dimension spirituelle reste très présente chez les jeunes, même si elle s’exprime de manière plus diversifiée. «Ils ont encore profondément ce besoin de croire», affirme Romain Jacot. Certains vivent leur foi de façon très classique, en participant aux cultes ou en réfléchissant à la foi chrétienne. 

D’autres cherchent ailleurs des réponses à leurs questions. Un jeune lui a ainsi confié préférer l’idée d’un panthéon de plusieurs dieux, estimant ne pas avoir trouvé de réponses satisfaisantes dans la foi chrétienne. «Ce n’était pas un rejet de la spiritualité, mais une manière de construire une vision qui lui semblait répondre à ses questions.» Parfois, c’est la manière d’aborder la foi qui peut susciter des résistances. «Un jour, dans un camp, des jeunes nous ont dit: ‘On parle trop de Dieu, c’est trop frontal.» Lorsque les discussions sont introduites moins directement, les échanges deviennent plus naturels.

Une génération connectée… et plus individuelle
Pour Christian Borle, animateur connexion3d dans le Par8, les transformations observées chez les jeunes s’inscrivent dans une évolution plus large de la société. «Il y a vingt ans, les dynamiques de groupe étaient différentes. Les jeunes vivaient davantage les choses collectivement», explique-t-il. Aujourd’hui, les réseaux sociaux et les outils numériques ont profondément modifié ces interactions. Les jeunes sont connectés en permanence et peuvent choisir avec qui ils interagissent. 

Avant même de venir à une activité, ils savent souvent qui sera présent. Cette évolution a aussi modifié la relation à l’engagement. «Aujourd’hui, il est très facile de se désengager. Un simple message suffit pour dire que l’on ne vient pas.» Les décisions se prennent souvent à la dernière minute, dans un contexte où les sollicitations sont nombreuses. Pour les animateurs, cela implique de faire preuve de davantage de flexibilité. «Si l’on adopte une position trop stricte, ils ne viennent simplement plus», constate Christian Borle.

L’Église comme espace d’expérimentation
Malgré ces changements, les responsables de connexion3d observent aussi des formes d’engagement nouvelles. Pour certains groupes de jeunes, l’Église devient «un terrain de jeu», explique Christian Borle. On leur propose des moyens – des lieux, des ressources, parfois un soutien financier – afin qu’ils puissent développer leurs propres projets. Souvent, l’engagement commence par une expérience concrète: organiser une activité, lancer un projet ou participer à un événement. «Petit à petit, ils entrent en relation avec le reste de la paroisse», observe Christian Borle. Ce type d’expérience peut conduire certains jeunes à s’engager plus durablement, par exemple en rejoignant des Conseils de paroisse ou en participant à l’organisation de camps.

Dans un monde marqué par la vitesse et la connexion permanente, l’Église peut aussi offrir un espace différent. Selon Romain Jacot, il s’agit parfois de rejoindre les jeunes dans leur univers numérique – par exemple à travers les réseaux sociaux – avant de leur proposer autre chose. «Si un jeune a envie d’aller plus loin, on peut lui dire: tu as aussi le droit de ralentir», explique-t-il. L’Église peut devenir un lieu où l’on prend le temps de réfléchir et de se poser. Christian Borle utilise volontiers l’image du «temps mort» dans un jeu: un moment où l’on s’arrête pour observer la situation avant de repartir. «Quand on prend ce temps, on se rend compte que cela fait du bien», dit-il.

Face à cette génération aux parcours variés, les responsables de connexion3d reconnaissent aussi l’incertitude quant à l’avenir. «Je ne sais pas vraiment à quoi ressemblera l’Église de demain», confie Willy Mathez. Mais une chose lui paraît claire: le rôle des adultes évolue. «J’ai parfois l’impression que notre mission aujourd’hui est davantage d’accompagner que de guider.» Dans cette perspective, les projets portés par les jeunes eux-mêmes pourraient devenir de plus en plus importants.