
Maigret et Poirot se retrouveront au temple
Une association littéraire va lui redonner vie en la remplissant d’histoires d’enquêtes et de crimes. Reportage.
Quel meilleur endroit pour loger les auteurs de polars à succès tels Agatha Christie, Jo Nesbø et Nicolas Feuz qu’une ancienne chapelle entourée de sommets majestueux, presque inquiétants? Cette idée vient du romancier genevois Marc Voltenauer, et sa réalisation est à bout touchant. Le «Temple du Polar» s’installera d’ici 2027 à Bex, dans l’ancienne chapelle de l’Église libre. Les férus de crimes parfaits pourront y acheter, lire ou emprunter des romans policiers suisses et internationaux, récents ou classiques.
Ilot central et estrade
«Les bâtiments religieux ont une architecture qui en fait des lieux très particuliers. Regardez la hauteur de ces murs et imaginez-les remplis de livres. Ce sera monumental.» Lui-même auteur de polars, Marc Voltenauer donne vie aux vieilles parois de la chapelle Nagelin en expliquant le futur agencement de ces lieux vides et désolés.
Le projet se laisse entrevoir au fil de ses explications. Au centre de la chapelle, à la place de l’assemblée, un îlot de 35 mètres carrés sera placé, offrant des rangements pour les livres, un espace détente ainsi qu’en son sommet une plateforme accessible depuis la galerie qui surplombe l’entrée. «On peut imaginer qu’un conférencier ou un auteur vienne y parler au public, qui l’écouterait depuis la galerie, transformée en plusieurs étages d’estrades», explique l’auteur, plans en main. «Ce qui est intéressant, c’est que cela va donner plusieurs espaces. Il y aura celui du haut, celui à l’intérieur de l’îlot, avec plusieurs tables, puis celui autour.» Un bar se trouvera à l’entrée et un pavillon sortira de terre à l’extérieur, entouré d’une terrasse estivale.
Une opposition est encore en cours d’analyse par la Municipalité, mais Marc Voltenauerse veut confiant dans le fait qu’elle sera levée dans les jours qui viennent.
Dialoguer avec le lieu
«Au début, on pensait venir avec quelques pots de peinture et s’occuper de tout par nous-mêmes», se rappelle Marc Voltenauer, président de l’association «Le Temple du Polar», créée pour l’occasion. L’ancienneté de la chapelle et son poids symbolique ne permettent cependant pas une entière liberté pour de nouveaux projets. C’est pourquoi Nomad architectes associés ont été contactés et sont désormais chargés de sa transformation. Rénover des monuments historiques ne leur fait pas peur. Ils n’en sont pas à leur première expérience, après s’être déjà attelés au temple de Lavey, au château de l’Aile à Vevey et à plusieurs cures vaudoises. «C’est le patrimoine qui guide la restauration, pas le projet», explique l’architecte Baptiste Berrut. «Le nouveau programme ne doit pas prendre le dessus sur le monument, il doit s’adapter et dialoguer avec l’existant.»
Un labeur qui nécessite également de faire un pas en arrière. «Il nous faut rester humbles, respecter le bâtiment et lui redonner son image», complète-t-il. Initialement propriété de l’Église libre, branche annexe de l’Église protestante étatique vaudoise pendant les XIXe et XXe siècles, la chapelle a été reçue en héritage par l’Église réformée en 1966 lors de la fusion des deux institutions. Appartenant depuis lors à la commune, elle est moins utilisée, à la faveur de l’autre église réformée quelques mètres plus loin. Une convention a donc été rédigée entre la paroisse, la commune et l’association. Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’un culte s’y tienne de temps en temps.



