
Des paroisses germanophones en terre vaudoise
Les premières églises de langue allemande dans le Pays de Vaud prennent naissance vers la fin du 17e siècle. Avec la domination bernoise, des personnes de langue allemande sont arrivées en terre romande. C’est pour satisfaire leurs besoins que des cultes en langue allemande ont été proposés dès le milieu du 16e siècle, d’abord à Lausanne, puis à Aigle, Yverdon, Moudon, Payerne, Nyon, Morges, Rolle et Vevey. La première paroisse de langue allemande à Lausanne remonterait à 1686. Ailleurs, les dates sont parfois très incertaines. On parle de 1692 pour Aigle et 1707 pour Moudon, par exemple.
Quand les vaudois se libèrent de l’emprise bernoise en 1708, les paroisses de langue allemande passent un sale quart d’heure : elles sont mal vues. Les cures allemandes, à l'exception de celle de Lausanne, sont supprimées à la première vacance pastorale par la loi du 8 mai 1805. La paroisse d’Yverdon demandera à être épargnée comme sa sœur lausannoise, en se justifiant par le fait qu’elle rassemble plus de fidèles que la plupart des paroisses rurales francophones. En vain ! Mais, en 1841, un « Comité central pour le culte allemand » est créé dans le canton de Vaud, et il permettra de faire renaître progressivement ces paroisses dans les deux décennies suivantes.
Liens étroits
Ces paroisses sont des lieux de culte, d'accueil et de rassemblement pour les germanophones vivant en terre vaudoise. Au nombre de cinq, sur un total de 87 ou 88 paroisses protestantes, elles sont rattachées à l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). Elles entretiennent des liens avec leurs homologues francophones et, à ce titre, sont représentées au Synode de l’EERV.
« Toutes ces paroisses ont une longue histoire », déclare Régine Becker, pasteure de la paroisse de langue allemande de Vevey-Montreux-Aigle. « Il y a une trentaine d'années qu’elles se sont ralliées à l’Église réformée vaudoise. Aujourd’hui, vous pouvez y rencontrer des Suisse-allemands, des Allemands et des Autrichiens. Toutes ces personnes apprécient de vivre leur foi dans leur langue maternelle. Parce que la langue maternelle est celle du cœur, des rêves, de la foi. C’est d’ailleurs pour cette raison que les réformateurs ont insisté sur la traduction de la Bible ! »
Jouer au jass
Quelle est la vie de ces paroisses ? « Elles ont parfois l’aspect d’une association locale : nous jouons au jass (ou chibre) et nous écoutons de la musique folklorique, dit Regine Becker. Mais, avant tout, nous célébrons des cultes et nous nous occupons les uns aux autres. Comme dans toute paroisse, nous discutons de la vie, lisons la Bible et organisons des événements conviviaux. Nous le faisons surtout en allemand, mais parfois aussi en allemand et en français simultanément. »
D’être au service de tous signifie que les ministres accompagnent les familles en deuil, tiennent les cérémonies d'adieu, baptisent les enfants et les adultes, et préparent des bénédictions de mariage. « Nous sommes heureux d’appartenir à l’Église cantonale avec cette mission linguistique », se réjouit Regine Becker.
Un peu d’histoire
En 1525, le prédicateur Guillaume Farel est contraint de fuir la France. Il trouve refuge auprès des Bernois, qui lui donnent la possibilité d’exercer dans la région d’Aigle pour y répandre la doctrine de la Réforme. Pour les Bernois, c’est l’occasion d’ouvrir un front réformé en Suisse romande. Mais, dès les guerres de Bourgogne au 15e siècle, Berne étend son influence en pays romand, particulièrement dans le canton de Vaud. Débute alors une occupation stratégique qui se terminera par une conquête définitive en 1536.
Ainsi, la conquête bernoise se déroule par étapes. Dès 1475, Berne et Fribourg s’emparent de portions du Pays de Vaud, alors sous la domination des ducs de Savoie, alliés de Charles le Téméraire. Après le traité de paix de 1476 avec la Savoie, Berne et Fribourg s'approprient plusieurs bailliages : Echallens et Morat. La seigneurie d'Aigle est intégrée au territoire bernois.
Conquête définitive
L’année 1536 coïncide avec l’intervention militaire bernoise contre les Savoyards. Berne traverse le Pays de Vaud pour défendre la ville du bout du lac. Les troupes bernoises envahissent au passage le Pays de Vaud, chassant les Savoyards et imposant leur tutelle. En 1564, le Traité de Lausanne confirme la perte du pays de Vaud par la Savoie au profit des Bernois.
La domination bernoise s’étendra sur plus de 250 ans et sera marquée par des révoltes et des résistances. Elle réussira toutefois à imposer, dès 1536, le protestantisme dans les territoires conquis. Elle prendra fin en 1798 et, quelques années plus tard, le culte catholique sera autorisé. La situation des catholiques vaudois s’améliora à partir du 19e siècle, jusqu’à la Constitution d’avril 2003, qui placera les deux Églises sur pied d’égalité.
À noter qu’il existe en Suisse romande des paroisses germanophones qui ne sont pas des reliquats de l’invasion bernoise. Certaines ont en effet été créées beaucoup plus tard, pour offrir un soutien spirituel et des cultes aux germanophones. Elles sont intégrées au sein des Églises cantonales.
Les cinq paroisses germanophones du canton de Vaud:
- Yverdon - Nord-vaudois pour le nord vaudois
- Broyetal pour la région de la Broye – Gros-de-Vaud
- Vevey - Montreux - Aigle pour l’est vaudois
- Morges - La Côte - Nyon pour l’ouest vaudois
- Villamont pour la région sud, à Lausanne



