
Une espérance qui se reçoit avant de se vivre
Si je devais définir l’espérance en une phrase, je dirais peut-être que c’est l’espoir en quelque chose de meilleur, que ce soit dans ce monde ou pour après», résume Emma Van Dorp, reconnaissant la difficulté de l’exercice. «C’est compliqué de définir l’espérance en une phrase. Quand je pense ‹ espérance ›, je me demande immédiatement: mais espérance en quoi? En l’Église? En l’humanité? Toutes ces choses sont un peu différentes», constate la jeune ministre.
Libéré de l’individuel
«En revanche, quand je parle d’espérance, je ne pense pas à une espérance personnelle pour mon salut. En tant que pasteure, l’espérance que je prêche est celle d’un monde meilleur, que l’on fasse mieux de notre humanité. Pour y arriver, je crois qu’il faut se tourner vers le Christ. Les Evangiles nous invitent à nous engager pour plus de paix, de joie, d’amour. J’ai confiance que j’ai reçu la grâce et je fais mon possible pour la partager», estime Emma Van Dorp.
La théologienne invite à un changement de dynamique: «La tradition réformée dit que l’on reçoit la grâce avant tout: je ne viens donc pas au culte pour la recevoir», insiste-t-elle. «Ainsi, l’espérance ne doit pas être une expérience individuelle, mais se créer ensemble, en communauté. Quand on sort du culte, on ne devrait pas se dire que l’on fera mieux durant la semaine parce que l’on a péché. Plutôt, on fera au mieux – avec nos propres capacités – pour apporter de la bonté dans ce monde, parfois difficile.» L’espérance est collective, communautaire, elle se vit au présent plutôt qu’elle se promet pour l’avenir.
Humilité et équilibre à trouver
«Tout en sachant que l’on ne peut pas tout changer, il faut avoir l’humilité de se souvenir que la Bible comporte aussi des appels tels que ‹ à chaque jour suffit sa peine › (Mathieu 6, 34) ou ‹ Va avec la force que tu as › (Juges 6, 14)», prévient Emma Van Dorp. «C’est peut-être le discours réformé qui m’influence, mais j’ai aussi grandi dans une Église évangélique baptiste. Dans cette communauté, j’ai le sentiment de n’avoir jamais autant espéré. Peut-être que plus on parle d’espérance, plus on va être porté par ce message. Il y a sûrement un équilibre à trouver entre l’espoir et ce que l’on peut faire dans notre quotidien.»
Mais l’espérance peut aussi être instrumentalisée. «L’espérance, c’est quelque chose de vague, et sur lequel on peut construire un discours, contrôler des personnes et avoir du pouvoir sur elles», met-elle en garde. Elle cite l’exemple de la néo-évangélisation trumpienne: «Il a donné une espérance. Cette espérance était bien vague en fait, mais il a fait croire que c’était concret. On y a cru – et certains y croient encore.» D’où la nécessité de rester ancré dans le quotidien, dans une espérance modeste, mais fondée, celle qui pousse à agir concrètement.
Une force d’action
Et pour la jeune ministre, cette force d’action reste une préoccupation. «Dans la biographie de nombreux théologiens, on passe avec l’âge qui avance d’une espérance en l’humain qui peut participer à rendre ce monde meilleur à une posture qui consiste à considérer que tout est entre les mains de Dieu. Cela me fait un peu peur. Je me dis qu’il faut garder toujours une espérance assez fondée pour continuer à agir.»
Pour aller plus loin
Emma Van Dorp recommande la lecture ou le visionnement de:
• Du Royaume de Dieu, Christophe Blumhardt, Fischbacher, 1927.
• Le Dessein de Dieu. Itinéraire biblique, Suzanne de Diétrich, Delachaux et Niestlé, 1957.
• Sermon du 21 janvier 2025 de l’archevêque Mariann Edgar Budde, lors de l’investiture de Donald Trump à la cathédrale nationale de Washington (en anglais). www.re.fo/sermon.



