
Comment chacun peut lutter contre le réchauffement climatique
« Nous avons besoin d’actions individuelles qui s’inscrivent dans des efforts plus larges pour lutter contre le réchauffement climatique », affirme Julia Steinberger, professeur ordinaire à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne. Si absolument tout le monde adoptait un comportement écoresponsable maximal au quotidien, on pourrait réduire l'empreinte carbone globale de 25 % à 45 %, selon le cabinet de conseil spécialisé sur les enjeux environnementaux Carbone 4. Petit tour d’horizon des gestes quotidiens qui peuvent faire la différence.
Modifiez votre alimentation
Le geste le plus important est d’éviter la viande et les produits d’origine animale pour privilégier les aliments à base de plantes. Il est établi que nous mangeons trop de viande. En revanche, contrairement à certaines idées reçues, manger local et de saison a beaucoup moins d’influence sur les émissions, même s'il reste fortement conseillé de ne pas acheter de denrées qui ont fait des centaines de kilomètres avant d'atterrir dans votre assiette. « Si l'humanité entière adoptait un régime végétarien, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) liées à l'alimentation pourraient diminuer de quelque 60 %, et le bénéfice serait encore plus grand avec un régime végétalien, car il permettrait d’atteindre une réduction de ces mêmes émissions de 70 % à 75 % », déclare Mathias Schlegel, porte-parole de Greenpeace Suisse. En Suisse et à l’échelon individuel, les ordres de grandeur seraient plus modestes, selon Sophie Sandoz, porte-parole du WWF Suisse : « On obtiendrait plutôt une réduction de l’empreinte carbone alimentaire de 25% pour un régime végétarien, et de 35 à 40% pour un régime végétalien. »
Voyagez écolo
Utilisez intelligemment votre voiture en renonçant à la prendre pour de petites distances, en ne laissant pas tourner inutilement le moteur lorsque vous êtes à l’arrêt et en vérifiant régulièrement la pression des pneus pour limiter la consommation de carburant. Si ce n’est déjà fait, songez à acheter un modèle électrique. Dans la mesure du possible, optez plutôt pour les transports en commun, le covoiturage, les moyens de déplacement écologiques comme le vélo, la trottinette électrique et… les déplacements à pied. Réservez les voyages en avion aux longs courriers.
Renoncez au chauffage à mazout et à la cuisson au gaz
La combustion du mazout émet de grandes quantités de CO₂ qui aggravent le dérèglement climatique. Et contrairement aux cuisinières à gaz, les plaques à induction électrique évitent la pollution domestique du gaz fossile, néfaste pour la santé. Elles sont aussi bien plus efficaces énergétiquement et très rapides.
Installez des panneaux solaires
La généralisation des panneaux solaires à l'échelle mondiale est désignée par le GIEC comme une mesure particulièrement efficace contre le réchauffement climatique. Si le monde entier basculait massivement vers l'énergie photovoltaïque, cela permettrait de réduire les émissions mondiales de CO₂ d'environ 20 % à 25 %. Une étude publiée dans Nature Climate Change démontre que revêtir l'ensemble des toits exploitables de la planète suffirait à couvrir la moitié des besoins en électricité mondiaux.
Bien isoler votre logement
L'énergie thermique s'échappe massivement des constructions mal isolées par le toit, les murs et les fenêtres (c’est ce que l'on appelle les ponts thermiques). Si l’humanité entière parvenait à isoler parfaitement tous les logements, la réduction des émissions mondiales de CO₂ se situerait entre 5 % et 7 %. Ce chiffre monterait à quelque 12 % à 15 % si l'on incluait les bureaux et les bâtiments commerciaux.
Consommez de manière responsable
Suivez le principe des 5R : « Refusez les achats non nécessaires, réduisez la consommation de matières et d’énergie, réparez avant de remplacer, réutilisez ou partagez, puis recyclez », détaille Sophie Sandoz. D’après Greenpeace, si tous les produits de consommation étaient utilisés un à trois ans de plus, il serait possible de réduire l’empreinte carbone de la Suisse dans une fourchette comprise entre 1,8 et 4 millions de tonnes d’équivalent CO₂. « À titre de comparaison, le recyclage du PET permet d’économiser 137’000 tonnes d’équivalents CO₂ par année », précise Mathias Schlegel. Quelques autres conseils pour mettre en pratique la frugalité : optez pour des produits nettoyants écologiques (par ex. vinaigre blanc, bicarbonate de soude), lavez vos vêtements à basse température, préférez la douche au bain, équipez-vous d’une chasse d’eau économique et buvez de l’eau du robinet. Diminuez le gaspillage alimentaire en planifiant vos repas et en réutilisant les restes, et faites vos achats avec vos propres sacs à commissions.
Limitez la pollution numérique
Ce terme renvoie à la pollution générée par les téléphones portables, les objets connectés en ligne et Internet. Pour la limiter, éteignez les appareils électroniques en veille et débranchez ceux qui fonctionnent sur batterie, une fois chargés ; diminuez la luminosité de vos écrans et fermez les onglets et applications que vous n’utilisez pas. Préférez le téléchargement au streaming et la qualité standard à la haute définition, utilisez un moteur de recherche écoresponsable comme Ecosia, désabonnez-vous des newsletters non lues, désencombrez régulièrement votre boîte de messagerie, compressez vos fichiers et stockez-les localement plutôt que dans le cloud.
Malheureusement, si l’humanité entière suivait tous ces conseils à la lettre, cela ne suffirait pas, car une part importante des émissions nocives sont dues à des actions systémiques ou collectives (typiquement, les activités industrielles). « L’action contre le réchauffement climatique passe donc clairement par l’action citoyenne, par exemple pour forcer nos banques et caisses de pension à désinvestir dans les énergies fossiles », souligne Julia Steinberger. Carbone 4 conclut à un ratio de 25% pour la part de l’impact individuel et de 75% pour l’impact collectif. Avec des efforts personnels radicaux, la part individuelle pourrait grimper à 45%, mais cela nécessiterait de faire preuve d’un comportement « héroïque ». Pour autant, ce n’est pas parce que les petits gestes quotidiens ne suffisent pas qu’ils sont inutiles : tous les experts s’accordent à dire qu’ils sont indispensables. « Le problème est que l’être humain est passé maître dans l’art de se trouver des excuses, remarque Julia Steinberger. On se dira par exemple qu’on a bien le droit de prendre l’avion pour aller en vacances en Thaïlande, si on se rend au travail à vélo. Entraînez-vous à repérer cette petite voix et à lui tenir tête ! »
Que disent les Églises protestantes à propos du réchauffement climatique ?
L'Église évangélique réformée de Suisse (EERS) voit le réchauffement climatique comme une menace contre la Création divine. C’est pourquoi elle s’implique pour une transition énergétique rapide. Ainsi, elle s’est publiquement prononcée en faveur de la loi sur la protection du climat, contre-projet à l'initiative sur les glaciers soumises au vote populaire suisse le 18 juin 2023.
« Les choix personnels tels que prendre moins souvent l’avion, manger moins de viande, économiser l’énergie ou consommer de manière plus consciente sont salués, indique Stephan Jütte, porte-parole de l’EERS. Ils expriment une attitude d’attention et de responsabilité. Les Églises mettent toutefois en garde contre une réduction de la protection du climat à une morale individuelle : à côté de l’engagement personnel, il faut des conditions-cadres politiques efficaces et des solutions socialement justes. La durabilité n’est pas une simple restriction, mais fait partie de la recherche d’une vie bonne, qui ne détruit pas les conditions de vie des autres. »



