
La recette des catholiques pour des couples qui durent
Un couple qui se sépare, c’est un échec qui aurait peut-être pu être évité. Telle est la conclusion d’un sondage effectué par les Associations familiales catholiques de France (AFC) et dont les résultats ont été publiés en juin.
Le sondage a porté sur 1013 personnes adultes âgées de 30 à 49 ans et ayant vécu, au cours des dix dernières années, une rupture après plus d’une année de vie de couple. Depuis la publication des résultats, en juin, les représentants des AFC, soit la présidente Pascale Morinière et le délégué général Jérôme Husson, sont entrés en campagne. Ils s’affairent à rencontrer des politiciens pour leur présenter des idées de mesures susceptibles de prévenir le risque de séparation. Ils ont notamment été reçus à Matignon.
Mesures concrètes
Concrètement, les AFC ont trois idées. La première est de préparer les couples à la conjugalité lors du dépôt d’un dossier de mariage, de partenariat enregistré ou d’une demande de certificat de vie commune. Il s’agirait de dispenser une formation sur les droits et les devoirs de chacun des trois régimes juridiques, incluant une initiation à la résolution des conflits.
La seconde idée est d’offrir des séances de conseil conjugal remboursées via les Caisses d’allocations familiales. Dans la pratique, les psychologues, les médiateurs et les conseillers conjugaux constatent que les couples consultent souvent tardivement, alors que leur relation est déjà très dégradée. Pour les AFC, le remboursement créerait une normalisation de la démarche. Surtout, il donnerait un signal clair : la société se préoccupe du bien-être des couples et prend soin d’eux. Car le couple n’est pas seulement une affaire privée ; son équilibre concerne toute la société.
Accueil favorable
La troisième et dernière idée est de différencier nettement les trois régimes conjugaux (à savoir le mariage, le partenariat enregistré et l’union libre) en fonction des devoirs qu’ils comportent, afin de faire correspondre les droits qui leur sont associés.
Ces propositions sont plutôt bien accueillies par les personnes interrogées : lorsqu’on leur parle de mesures de prévention concrète, comme la préparation et le soutien à la vie commune, 76% se disent favorables, explique Benoît Hautier, interrogé par mail.
Ruptures banales
Le but du sondage était de mieux comprendre ce qui conduit les couples à se séparer et ce qui leur aurait éventuellement permis de rester ensemble. En moyenne, ils se quittent après 7 ans de vie commune, en ayant rencontré des difficultés allant crescendo. Se forment-ils trop rapidement ? Prennent-ils le temps nécessaire pour se connaître et partager un projet de vie commun ?
Plus de 75% des songés pensent que les séparations pourraient être évitées si les gens prenaient plus de temps pour se connaître avant de se mettre en couple. Interrogés sur leur propre expérience, 34% des participants ont le sentiment que leur rupture aurait pu être évitée. Pour 8% d’entre eux, c’est même une certitude. Au surplus, ils sont 85% à trouver que les couples font de manière générale moins d’efforts que dans le passé pour surmonter leurs difficultés.
Divergences de vues
Dans la pratique, la rupture est toujours perçue comme un échec. En fait, l’expression populaire « refaire sa vie » véhicule un leurre, estiment les AFC. Les conflits peuvent persister longtemps et les blessures ne se referment pas facilement.
Comme motif de rupture, les gens citent en premier des divergences de vues au niveau des projets de vie et des valeurs (30% des réponses), devant les désaccords sur l’argent du ménage et l’éducation des enfants. Environ 20% des sondés admettent s’être lassés de leur partenaire, quand ils ne sont pas simplement déçus (23%), et 28% déclarent ne plus supporter son caractère. Ces résultats indiquent « une vision de l’autre insuffisamment réaliste et éprouvée avant de se mettre en couple », selon les AFC.
Mauvaise communication
Second constat, le déficit de communication revient comme un leitmotiv. Il s’agit du premier facteur de rupture. Parmi les répondants, 74% trouvent que la communication était insatisfaisante dans les mois précédents leur rupture. Chez les femmes, ce pourcentage grimpe à 81%.
Enfin, il ressort de ce sondage que les hommes étaient davantage contents que les femmes avant la rupture (lire encadré). Parmi les motifs d’insatisfaction, on trouve une répartition inégale des tâches ménagères, en défaveur des femmes. D’où un sentiment de frustration chez ces dernières.
Trois questions à Pascale Morinière, présidente des AFC
Votre sondage pointe des différences entre les hommes et les femmes…
Nous avons effectivement constaté une grande différence de leur degré de satisfaction pour ce qui est de la communication et du temps passé ensemble. Si 33% des hommes sont satisfaits de la communication avant la rupture, seulement 18% des femmes le sont. De même pour le temps réservé au couple : 42% des hommes sont satisfaits, alors que ce chiffre tombe à 26% chez les femmes.
Ces différences s’observent aussi dans la vie quotidienne…
En effet. Les femmes sont majoritairement insatisfaites de la répartition des tâches ménagères, ce qui n’est pas le cas des hommes. Cela dit, la mauvaise répartition des tâches ménagères n'est citée comme cause de rupture que par 4 % des sondés.
Comment expliquez-vous ces divergences ?
Les femmes attendent sans doute des hommes qu’ils soient comme elles, et les hommes font pareil de leur côté. Cela prouve qu’il serait utile d’aider les couples à mieux se comprendre. L'altérité est une chance, en ce sens qu'elle permet la découverte de l’autre. Encore faut-il y être prêt !



