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L’Italie bloque deux sites pro-avortement

30 juillet 2026
 
4 min de lecture
Plusieurs grands fournisseurs d'accès à Internet italiens bloquent Women on Web et Women Help Women, deux sites web de référence proposant des informations et un accompagnement en matière d'avortement.

L'Italie a commencé à bloquer l’accès aux deux sites Women on Web et Women Help Women à partir du mois de février, lit-on dans un communiqué diffusé mardi par Women on Web. Cette organisation féministe à but non lucratif se fonde sur une étude effectuée en collaboration avec OONI, l'observatoire mondial de la censure sur Internet, révélant des blocages ordonnés par les pouvoirs publics italiens.

« Au moins huit fournisseurs d'accès à Internet bloquent nos sites internet, dont Vodafone Italia, et nous nous attendons à ce que d'autres leur emboîtent le pas », indique Venny Ala-Siurua, directrice générale de Women on Web.

Des milliers de femmes

Concrètement, les sites en question permettent aux femmes de trouver des informations sur l’avortement et de commander des médicaments abortifs, qu’elles reçoivent ensuite par la poste. « Nous sommes opérationnels à l’échelle mondiale », précise Kinga Jelinska, directrice générale de Women Help Women.

Depuis leur création il y a plus d’une décennie, ces deux organisations ont aidé des centaines de milliers de femmes à se procurer la pilule abortive. Elles travaillent avec des experts en avortement médicamenteux et en contraception, afin de s'assurer que les informations données aux utilisatrices soient scientifiquement fondées. Parallèlement, elles mènent des recherches dans les domaines de la santé publique et des sciences sociales.

Le cas de l’Italie

Rien qu’en 2025, Women Help Women a accompagné un millier d’Italiennes désirant avorter. Quant au site Women on Web, il a répondu à plus de 1 500 messages provenant de femmes résidant dans le pays, et a reçu plus de 700 demandes d'aide.

Alors qu’ils s’étaient tout d’abord fixé pour objectif de venir en aide aux femmes enceintes dans les pays où l'avortement est interdit, ces sites ont étendu leur action aux pays où l'avortement reste difficile d’accès bien qu’il soit est légal, comme c’est le cas en Italie.

À quel saint se vouer

« En Italie, l'accès à l’avortement varie d'une région à l'autre, ce qui explique qu'un nombre croissant de personnes aient contacté Women on Web et Women Help Women pour obtenir des éclaircissements, du soutien et des informations pratiques sur leurs droits et sur les possibilités qui s'offrent à elles en matière de soins », déclare Kinga Jelinska.

En fait, seules quelques régions ont adopté des directives permettant aux femmes d'accéder à l'avortement médicamenteux par l'intermédiaire des centres de planning familial. Résultat : de nombreuses Italiennes désirant avorter ne savent pas vers qui se tourner. « Certaines reçoivent des informations incomplètes ou contradictoires et ont le sentiment de ne pas être vraiment accompagnées tout au long du processus », relève Kinga Jelinska. « La censure des sites internet et la restriction de l'accès à l'information ne résolvent rien, ajoute Venny Ala-Siurua. Au contraire, partout où nous avons été censurés, nous avons constaté une aggravation des problèmes existants. »

Sept autres pays

L’analyse des données recueillies par OONI à l'échelle mondiale entre le 1er novembre 2025 et le 1er avril 2026 confirme par ailleurs que le site Women on Web est bloqué depuis un certain temps dans sept autres pays : l'Iran, la Turquie, les Philippines, la Corée du Sud, l'Espagne, le Koweït et l'Argentine.

Parmi les sept pays présentant des signes de blocage de Women on Web, l’Iran est celui où l’évidence est la plus forte, car le blocage est confirmé automatiquement et visible sur la plupart des réseaux testés. En Turquie, les données récentes d'OONI indiquent que le blocage est appliqué sur la plupart des réseaux testés. Dans ces deux pays, tout comme en Corée du Sud, le blocage remonte à 2019.

Blocage récent

En Espagne, la Cour suprême espagnole a ordonné le déblocage partiel du site en octobre 2022, mais les données récoltées par OONI indiquent que le blocage reste en vigueur sur Telefónica de España, Vodafone España et Orange España, notamment.

Selon cette analyse toujours, l’accès au site Women on Web aurait été bloqué sur certains réseaux philippins dès le 5 janvier 2025. Ce blocage est principalement mis en œuvre au niveau du système de nom de domaine (DNS), un service informatique agissant comme un annuaire ou un répertoire téléphonique, et dont la fonction principale est de traduire les noms de domaine (par ex. google.com) en adresses IP numériques utilisées par les ordinateurs pour communiquer.

Détourner le blocage

En Argentine, les données suggèrent que l’accès à Women on Web n’aurait été bloqué que temporairement, entre la mi-décembre 2025 et la mi-janvier 2026, et sur deux réseaux seulement.

Dans la pratique, il existe des moyens d’accéder à un site bloqué : changer de fournisseur d'accès à Internet, par exemple en utilisant le téléphone d'un ami, modifier les paramètres du serveur DNS sur son téléphone portable, ou encore utiliser un VPN (c’est-à-dire un réseau privé virtuel) pour masquer l’adresse IP.

OONI, pionnier de la lutte contre la censure sur le Web

Pionnier des méthodes participatives de mesure de la censure sur Internet, l'Open Observatory of Network Interference (OONI) est une organisation à but non lucratif enregistrée en Italie qui opère à l'échelle mondiale. Depuis 2012, elle développe des outils logiciels libres et héberge des données ouvertes afin de permettre au grand public de surveiller, de documenter et de lutter contre la censure sur Internet à travers le monde.

En 2023, elle a remporté le prix communautaire Free and Open Communications on the Internet (FOCI), distinction honorifique décernée à Lausanne par la communauté de recherche sur la liberté sur Internet. Ce prix récompense une contribution ou une organisation ayant eu un impact majeur sur la communauté et la défense d'un Internet libre.