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© EKS | Nadja Rauscher / Flickr
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Rita Famos
© EKS | Nadja Rauscher / Flickr

Insultes anonymes contre la présidente de l'Église évangélique réformée de Suisse

Jonas Gabrieli (traduction et adaptation : Francesca Sacco)
31 juillet 2026
 
4 min de lecture
Une femme de 69 ans a envoyé des lettres injurieuses à Rita Famos, présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS). Elle a été condamnée pour ces faits l’été dernier. Aujourd'hui, l’affaire fait l'objet de fausses informations sur les réseaux sociaux.

Rita Famos estime avoir reçu une centaine de lettres injurieuses depuis 2018. L’auteure, une femme de 69 ans originaire de Berne, a été condamnée pour avoir proféré des insultes contre la présidente de l’EERS, son mari et son fils.

L'ordonnance pénale, que le site ref.ch a pu consulter auprès du parquet de Berne-Mittelland, fait suite à huit lettres envoyées entre l'été 2023 et le printemps 2024. Des termes comme « adoratrice d'idoles » ou « fidèle sans foi ni loi » figurent parmi les insultes les plus anodines qu'elles contiennent.

Fausses allégations

Sur les réseaux sociaux, on lit en revanche que Rita Famos aurait porté plainte contre cette retraitée à cause d’une simple lettre lui disant « où se trouve Dieu ». Les juges auraient condamné la femme à une amende de 1000 francs et en l’absence de paiement, elle risquerait une semaine de prison.

En réalité, le parquet a prononcé à l’été 2025 une peine pécuniaire avec sursis de 20 jours-amende de 60 francs chacun (1 200 francs). Cette sanction ne sera exécutée que si la femme commet une nouvelle infraction pendant un délai d’épreuve de deux ans. Elle doit toutefois s’acquitter d’une amende de mille francs. Une peine de substitution telle que décrite sur Internet n’est pas possible.

« Je recevais ces lettres anonymes depuis 2018 », précise Rita Famos, interrogée par ref.ch. À l’époque, elle se présentait pour la première fois à la présidence de l’EERS. Au terme d’une élection très disputée, elle avait été battue par le président sortant, Gottfried Locher.

En 2021, elle a succédé à Gottfried Locher qui avait démissionné de ses fonctions au printemps 2020, après avoir été accusé de plusieurs fautes. La même année, une commission d’enquête a conclu que Gottfried Locher, en sa qualité de supérieur hiérarchique, avait porté atteinte à l’intégrité sexuelle, psychique et spirituelle d’une ancienne collaboratrice de l’EERS.

Fils attaqué

Au début, Rita Famos lisait les lettres anonymes. « Elles étaient extrêmement insultantes, souvent vulgaires et incohérentes », déclare-t-elle. Mais comme elle n’y trouvait pas de menaces de mort, elle n’a pas vu de danger et, après avoir consulté le service juridique, elle a décidé de les déchiqueter sans les ouvrir. Au total, elle estime avoir reçu une centaine de lettres. « Elles arrivaient par vagues. Parfois cela s’arrêtait, puis cela recommençait. » Selon Rita Famos, au moins un autre pasteur a également reçu des lettres similaires après s’être exprimé sur le plan théologique au sujet de l’homosexualité.

L’expéditrice a ensuite commencé à élargir le cercle des destinataires, afin de les « mettre en garde » contre Rita Famos. Elle a d’abord visé le mari de l’intéressée, qui était alors conseiller municipal à Uster (ZH). En raison de la virulence des insultes, la police a recommandé de porter plainte contre X. Ce conseil a été suivi lorsqu’une nouvelle lettre incohérente est parvenue à l’employeur de leur fils. « Pour nous, une ligne rouge avait été franchie », affirme Rita Famos.

La police a pu identifier l'auteure des faits. Elle n'était pas inconnue des autorités. Le parquet a demandé à Rita Famos si elle souhaitait se constituer partie civile dans la procédure, ce qui lui aurait permis de réclamer des dommages-intérêts ou de contester les décisions de procédure. Elle y a renoncé.

Les femmes à risque

Cette affaire constitue une exception dans la vie de Rita Famos. Bien sûr, il arrive assez souvent que cette dernière reçoive des e-mails ou des lettres contenant des propos politiques ou théologiques extrêmes, voire extrémistes – par exemple, en lien avec la pandémie de Covid ou l’orientation politique de l’EERS. « Mais à part cette femme, personne ne m’a diffamée de manière persistante », souligne Rita Famos. D’après son expérience, de nombreux détracteurs sont surpris lorsqu’on leur répond de manière objective et courtoise, et ils finissent par remercier.

Le cas de ces lettres anonymes illustre un phénomène que les chercheurs observent depuis des années : les personnes occupant des fonctions publiques sont de plus en plus confrontées à des attaques personnelles. Selon une étude de l’Université de Zurich datant de 2025, les insultes, les discours de haine et les menaces font désormais partie du quotidien politique de nombreux parlementaires suisses.

Une autre étude de l'Université de Bâle conclut que les femmes courent un risque particulièrement élevé d’être victimes d'agressions à caractère sexiste et sexuel. Ces expériences les poussent à se retirer des débats publics ou à moins s'exprimer sur les réseaux sociaux.