
Deux nouveaux sermons de saint Augustin découverts
Ces textes ont été retrouvés dans un manuscrit médiéval du XIIe siècle conservé à la bibliothèque diocésaine de Pelplin, en Pologne. « Il contient six sermons officiellement attribués à Augustin : quatre étaient déjà connus, mais les deux derniers sont inédits », explique, interrogé par mail, Christian Tornau, chercheur principal et professeur de latin à l'Université de Wurtzbourg.
Ils ont été trouvés dans un volume du XIIe siècle provenant originellement de l'abbaye de Bad Doberan, dans le nord de l'Allemagne. En 2024, Christian Tornau a reçu un coup de fil de Paul Nebauer, membre de l'association de préservation du monastère de Bad Doberan, lui demandant s’il pouvait les déchiffrer. Spécialiste reconnu des écrits de saint Augustin, Christian Tornau a accepté la mission en se faisant aider par d'autres philologues.
Mystérieux passage
Prêchés à quelques jours d’intervalle vers l’an 400-430 dans ce qui est aujourd’hui l’Algérie, les deux sermons portent sur un passage mystérieux de l'Ancien Testament : l'épisode de la nécromancienne d'Endor invoquant l'esprit du prophète Samuel pour le roi Saül (1 Samuel 28).
« Saül se croit dans une situation désespérée peu avant une bataille contre les Philistins, raconte Christian Tornau. Comme Dieu n’écoute pas ses prières, il se tourne vers une sorcière. » Celle-ci fait apparaître le prophète Samuel, qui prédit la mort de Saül au combat le lendemain.
Une possible supercherie
« Le problème posé ici est que la sorcière, c'est-à-dire une personne qui collabore avec des démons, exerce un pouvoir magique sur un saint », résume Christian Tornau. Autrement dit, ce passage aborde la question de la théodicée (permission du mal par un Dieu tout-puissant). Saint Augustin propose deux théories explicatives : soit il s’agit d’une supercherie, c’est-à-dire d’une illusion, soit Dieu a effectivement permis cette manifestation.
Selon la première hypothèse, l’apparition a été générée par la sorcière ou par des démons. Le fait que la prophétie se réalise le lendemain par la mort de Saül et de ses fils reste inexpliqué. Mais si l’on retient la seconde hypothèse, c’est bien l’esprit de Samuel qui s'est manifesté, avec la permission divine.
Dans sa conclusion, saint Augustin suggère que Dieu aurait autorisé ce rituel occulte dans un but supérieur. En effet, en acceptant son sort tragique, Saül se serait repenti. « Cette idée est sans précédent dans tout le christianisme antique, souligne Christian Tornau. On ne sait pas avec certitude si Augustin l’a inventée lui-même, ou s’il a eu accès à des sources rabbiniques. »
Un long et patient travail
La conviction que les deux sermons sont authentiques est le résultat d’une analyse approfondie. Une partie de ce travail a été réalisée lors d’une université d’été organisée à Vienne en 2025, avec un groupe de doctorants et de chercheurs postdoctoraux.
D’après Christian Tornau, il est très probable que le manuscrit s’inspire d’une version antérieure provenant de l’abbaye d’Amelungsborn, en Basse-Saxe. En effet, un ancien catalogue du monastère mentionne un texte présentant les mêmes titres et le même ordre des contenus. Il aurait donc pu servir de modèle.
« Il ne s’agit pas d’une découverte sensationnelle comme les 30 écrits de saint Augustin découverts à Mayence en 1990, mais nous enrichissons ainsi son œuvre considérable de deux nouveaux textes passionnants », conclut Christian Tornau. Prochaine étape : la publication des deux sermons, prévue pour le printemps 2027.



