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Portes Ouvertes

Journée internationale des Nations Unies: Au Pakistan, les lois sur le blasphème s'attaquent aux chrétiens

Par admin
20 août 2026
Le 22 août, les Nations Unies (ONU) commémorent, à l'occasion de la «Journée internationale des personnes victimes de violences fondées sur la religion ou la conviction», toutes les victimes de violence religieuse ainsi que leurs proches. Un signal fort, dans un contexte global dans lequel la liberté de religion est malmenée. C’est le cas au Pakistan, où les lois sur le blasphème sont utilisées de manière ciblée contre les chrétiens et d'autres minorités.

«La liberté de religion ou de conviction, la liberté d'opinion et d'expression, le droit de réunion pacifique et le droit à la liberté d'association sont interdépendants, liés entre eux et se renforcent mutuellement. Ils sont inscrits aux articles 18, 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le respect de ces droits joue un rôle important dans la lutte contre toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction.»

C'est ce qu'écrivent les Nations Unies (ONU) sur leur site internet consacré à cette journée commémorative. C'est pour cette raison que l'Assemblée générale a adopté en juin 2019 la résolution A/RES/73/296, et commémore depuis lors chaque année, le 22 août, toutes les victimes de violence religieuse.

La situation reste précaire au niveau mondial

Malgré cette commémoration et les efforts considérables de la communauté internationale pour infléchir cette tendance, la situation reste préoccupante: plus de 388 millions de chrétiens sont aujourd'hui exposés à la persécution et à la discrimination – un nombre jamais atteint auparavant. Plus de 70 pays sont concernés, comme le mentionne le site suisse de l’ONG Portes Ouvertes, dont l’Index mondial de persécution, qui liste les 50 pays dans lesquels les chrétiens sont le plus persécutés en raison de leur foi, est l’outil de mesure principal. 

La violence religieuse au Pakistan

Le Pakistan fait partie de ces pays. Dans l'Index, ce pays voisin de l'Inde et de l'Afghanistan occupe la 8e place. Au Pakistan aussi, les chrétiens sont persécutés de manière extrême. La République islamique a obtenu son indépendance en 1947. Depuis lors, c'est un État islamique. Seuls 1,9 % des près de 5 millions d'habitants sont chrétiens.

Les Églises traditionnelles jouissent certes d'une certaine liberté. Elles sont toutefois fortement surveillées et ont, par le passé, régulièrement été la cible d'attentats à la bombe. La situation est encore pire pour les communautés qui diffusent activement l'Évangile et s'engagent dans le travail auprès des jeunes. Elles constatent que leur liberté religieuse est gravement violée.

Pour les chrétiens au Pakistan, la discrimination institutionnelle est en outre chose courante. Les métiers considérés par la société comme dévalorisants et sales sont «réservés» aux chrétiens par les autorités. Cela est même explicitement mentionné dans les offres d'emploi. Beaucoup de chrétiens sont pauvres et peuvent ainsi se retrouver pris dans une spirale d'endettement. Lorsque cela se produit, ils sont contraints de se convertir à l'islam pour avoir à nouveau accès à de meilleurs emplois.

Les lois sur le blasphème, arme principale contre les chrétiens

À la violence religieuse et aux discriminations s'ajoutent les lois sur le blasphème, qui visent particulièrement les minorités religieuses – chrétiennes, mais aussi musulmanes, souvent accusées de manière arbitraire.

Le sujet a refait la une début juillet, avec l'acquittement de deux chrétiens accusés à tort de blasphème. Dennis Albert, emprisonné depuis avril 2024 pour avoir prétendument «profané le Coran» en marchant sur ses pages en descendant d'un rickshaw, a été libéré le 5 juillet par un tribunal de Lahore, faute de preuves, comme le rapporte le journal pakistanais «Dawn».

Un autre acquittement et un décès

Fin juin, Nadeem Masih, chrétien catholique aveugle de 51 ans, a également été libéré à Lahore après avoir été accusé d'avoir insulté le prophète Mahomet – une accusation qu'il a toujours contestée. Un porte-parole de Portes Ouvertes a salué la décision, tout en appelant à des enquêtes rigoureuses avant toute poursuite et à des sanctions contre les fausses accusations.

D'autres cas sont moins heureux: Amir Peter, catholique accusé à tort en juillet 2025 après une plainte de commerçants locaux, est mort en prison début juillet faute de soins pour son diabète.

Le blasphème et ses conséquences

L'affaire des infirmières Mariam Lal et Newosh Arooj, acquittées en fin d'année dernière par un tribunal de district, a été qualifiée de décision marquante. Arrêtées en avril 2021 après avoir été accusées d'avoir «profané» le Coran en retirant un autocollant religieux du mur d'un hôpital de Faisalabad, elles avaient été inculpées sous la pression d'une foule réclamant leur exécution. Libérées sous caution après cinq mois de détention, elles vivent depuis dans la peur, à l'image de nombreuses personnes visées par ces lois souvent détournées pour régler des différends personnels, notamment fonciers.

Nécessité de mesures de protection renforcées

Si la nouvelle de cet acquittement suscite donc la joie, de profondes inquiétudes subsistent quant à la manière dont les fausses accusations de blasphème mettent en danger les chrétiens et d'autres minorités religieuses.

«Ce jugement souligne l'urgente nécessité de mesures de protection renforcées, de réformes juridiques et d'une protection efficace des minorités religieuses, afin que la justice ne reste pas une exception qui ne se produit que dans des circonstances rares, mais devienne un droit constant et garanti pour tous les citoyens», a déclaré un partenaire de Portes Ouvertes au Pakistan.

 

Portes Ouvertes, Romanel-s/Lsne, le 20 août 2026