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Etre porté par quelqu’un à qui je confie mon avenir

 
1 min de lecture
Espérance
L’espérance est à la fois une attente tournée vers l’avenir et une relation fondamentale de confiance en Dieu. Elle se distingue de l’espoir sans s’y opposer: l’une porte, l’autre aide à rester fidèle à ses valeurs malgré les difficultés. Dans la perspective de la Réforme, l’espérance véritable repose sur la grâce de Dieu et non sur les mérites humains.

«Les dictionnaires identifient l’espérance comme un sentiment. Un sentiment qui consiste à souhaiter que ce qu’on désire se réalise», résume Pierre Bühler, professeur émérite de systématique. On peut donc donner un sens très large au terme: «En espagnol, ‹ attendre › et ‹ espérer › sont le même verbe ‹ esperar ›. Quand un hispanophone attend le bus, il dira ‹ espero el bus ›. Cela m’a toujours beaucoup amusé», explique-t-il. «L’espérance est donc, dans sa dimension humaine, très vaste, cela montre que l’humain est toujours dans une posture d’attente par rapport à un avenir», constate-t-il. «Mais dans un sens plus fondamental, je me dis qu’il en va de l’espérance un peu comme il en va de la foi: on peut très bien dire ‹ j’espère que demain ça ira mieux ›, ou ‹ j’espère que mon compte bancaire sera mieux garni ›, on peut avoir toutes sortes d’objets d’espérance, mais ce qui importe vraiment, c’est la relation fondamentale: ‹ j’espère en quelqu’un! › C’est plus théologique.»

Résistance et soutien
Le français distingue «espérance» et «espoir». «Le premier touche probablement plus à cette attitude fondamentale de confiance alors que l’espoir est plus orienté vers ces choses dont on aimerait qu’elles se réalisent. Mais je ne voudrais pas les opposer complètement, parce qu’il y a aussi dans l’espoir quelque chose de l’ordre d’une force de résistance, là où l’espérance est plutôt une force qui nous porte, nous soutient», pointe le spécialiste en herméneutique théologique qui est aussi un militant, un défenseur des droits humains. «Quand on s’engage pour une cause, que on défend des idées, on bute forcément sur des difficultés. Le monde ne se laisse pas changer comme ça, sans problème», constate-t-il. «On pourrait basculer dans l’impression d’un monde désespérant, mais si l’on accepte que notre avenir est confié à quelqu’un, l’espérance nous porte. «Dans Romains 4, 18, quand Paul parle d’Abraham, il écrit qu’il croit en la promesse, ‹ espérant contre toute espérance ›. Même là où il n’y a plus tellement d’espérance, Abraham continue d’espérer. Je trouve cette expression ‹ espérer contre toute espérance › assez fondamentale du point de vue de la conception chrétienne. Cela fait partie de l’espérance chrétienne que ce ‹ contre ›, ce ‹ malgré tout › de l’espérance.» Le théologien résume: «On peut dire qu’espérer, c’est résister. Cela fait écho à la dimension de la militance: continuer de tenir à ses valeurs même si les obstacles sont énormes.»

Les oeuvres comme fruits de l’espérance
Pierre Bühler trouve également enrichissant l’apport de la Réforme au sujet de l’espérance. «Durant le Moyen Age, les théologiens disaient que l’espérance est une attente certaine fondée sur la grâce de Dieu et les mérites des hommes, et donc si l’on n’espère qu’en la grâce de Dieu sans les mérites, ce n’est plus de l’espérance, mais de la présomption.» Les Réformateurs s’opposent à cette conception, et en particulier Luther va renverser les choses. «Pour Luther, si l’on fonde son espérance sur ses mérites, c’est alors qu’on est dans la présomption. Dans le commentaire d’un psaume, il dira que l’espérance n’est espérance véritable que si elle est une pure espérance en un Dieu pur», relate le théologien, expliquant l’importance de la grâce dans la théologie du Réformateur. «Ensuite les oeuvres viendront comme des fruits de l’espérance dans l’amour.»

Pour aller plus loin 
• Paul, 1 Corinthiens 13, 13. 
• L’hymne médiéval «Ave crux, spes unica» («Salut à toi, croix, espérance unique»). 
• La chanson «Un jour, un jour» de Jean Ferrat (paroles de Louis Aragon). 
• La chanson «L’espérance folle» de Guy Béart. 
• La chanson «L’espoir meurt en dernier» du rappeur Georgio-Héra. 
• Jean Ziegler, Où est l’espoir?, Paris, Seuil, 2024. 
• Salomé Saqué, Résister, Paris, Payot & Rivages, 2026. 
• Martin Luther, Etudes sur les Psaumes (oeuvres XVIII), Genève, Labor et Fides, 2001, p. 114-142 (à partir de Ps 5, 12, un grand excursus sur l’espérance).