
Catholiques et protestants en dialogue devant l’écran
En tant que chrétien, il est important d’être attentif à ce que le monde vit, à ses questionnements.» Le pasteur français
Jean-Luc Gadreau définit son ministère comme une passerelle entre culture et Église. Coordinateur du Prix du jury oecuménique à Cannes depuis 2024, il a aussi fait partie de son jury en 2012, puis de celui de Berlin, Fribourg, Varsovie… et Locarno en août dernier. «A chaque fois, au travers de l’attribution de ces prix, on cherche à nourrir, à interroger, voire à déplacer, la foi des gens, indique-t-il. Cela oblige les chrétiens à revoir et à approfondir ce qu’ils croient. On fait naître des discussions au sein des paroisses.» Pour l’Église catholique romaine de Genève, «il s’agit de récompenser un travail de réflexion sur la société, nos relations et ce qui impacte nos existences».
Justice et dignité
Le premier jury oecuménique officiel est né au Festival de Locarno en 1973, suivi immédiatement par celui du Festival de
Cannes en 1974. Il est le fruit d’une alliance entre catholiques et protestants, qui distinguaient auparavant chacun de leur côté des oeuvres cinématographiques remarquables au niveau artistique et sur le plan des valeurs évangéliques comme la justice et la dignité humaine.
Depuis, le Prix du jury oecuménique n’a cessé d’étendre sa présence et on le retrouve dans quasiment tous les festivals de la planète, comme en Suisse à Visions du réel (Nyon) ou au Festival international du film de Fribourg (FIFF). «Les discussions entre les jurés de pays et de cultures différents sont toujours passionnantes», commente Jean-Luc Gadreau, qui est aussi responsable éditorial et animateur des émissions protestantes sur France Culture et critique cinéma dans Regards protestants et Réforme. Les thématiques primées évoluent selon l’état du monde et les préoccupations sociétales.
Humanisme
Au fil des années, les jurés ont commencé à récompenser des films à valeurs plus humanistes. Lors du dernier Festival de Locarno, ils ont décerné le prix à Nun Dul Dega Eomne (NDLR: Nulle part où poser mes yeux) du réalisateur sud-coréen Hong Sangsoo. Un film qui parle de l’éloignement des membres d’une même famille, de la difficulté à se voir et à s’accepter véritablement. «Ce film dit que dans un monde toujours plus superficiel, il est important de revenir à l’essentiel, à la relation, au vivre-ensemble, à l’acceptation de l’autre dans ses différences», rapporte le pasteur français. Non sans rappeler qu’au dernier Festival de Cannes, Fjord a reçu, outre la Palme d’or, l’ensemble des prix indépendants, soit le Prix oecuménique, mais aussi celui de la citoyenneté et le prix François-Chalais, du nom du chroniqueur de cinéma français. «Ce film critique la polarisation du monde. On retombe sur la question de l’ouverture à l’autre, le non-jugement.» Aux fidèles maintenant de discuter et de répondre à ce repli sur soi qui gangrène nos sociétés.
Quelques chiffres
Deux organisations chrétiennes internationales, Signis (l’Association catholique mondiale pour la communication) et Interfilm (l’Organisation protestante internationale pour le cinéma), travaillent avec différentes structures nationales pour organiser et nommer les membres des jurys.
• Le Prix oecuménique de Locarno est cofinancé par les Églises réformées et catholique romaine suisses. Il est doté de 10 000 francs. • Le Prix oecuménique du FIFF est cofinancé par Action de Carême et l’EPER. Il est doté de 5000 francs.
• À Vision du réel, le Prix oecuménique est de 5000 francs et cofinancé par les Églises réformées et catholique romaine suisses.
• À Cannes, le Prix oecuménique, organisé conjointement par les protestants et catholiques de France, n'est associé à aucune dotation financière.





