Airbnb accusé d’antisémitisme pour avoir boycotté des colonies israéliennes

©Noam Feiner/Lewis Weinger
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La Villa Hérodien, dans la colonie de Tekoa en Cisjordanie
©Noam Feiner/Lewis Weinger

Airbnb accusé d’antisémitisme pour avoir boycotté des colonies israéliennes

Michel Chabin RNS/Protestinter
29 novembre 2018
L’application d’hébergement en ligne Airbnb a retiré 200 offres situées dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Une politique vivement critiquée, car elle serait dirigée contre les juifs.

«Pourquoi Marie et Joseph sont-ils restés dans une écurie? Parce qu’Airbnb a bloqué toutes les offres de locations pour les juifs de Judée.» Ce texte, c’est celui d’un mème, une idée qui prend le plus souvent la forme d’un texte ou d’une image, et qui se répand de façon virale sur internet via les réseaux sociaux. Ici, le texte s’accompagne d’une illustration de Marie, Jospeh et l’enfant Jésus à Bethléem.

Le mème qui réagit à la décision d'Airbnb circule sur les réseaux sociaux. ©DR

Ce mème fait suite à l'annonce faite la semaine dernière par Airbnb, l'application d'hébergement en ligne, selon laquelle elle avait retiré les 200 locations des «colonies israéliennes en Cisjordanie occupée», qui sont «au cœur du conflit entre Israéliens et Palestiniens».

 

Les militants du Mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) ont depuis longtemps exhorté Airbnb et d'autres entreprises à cesser leurs activités en Israël jusqu'à ce que celui-ci abandonne la Cisjordanie, Jérusalem-Est et les hauteurs du Golan, qu'il s'est appropriés pendant la guerre au Moyen-Orient de 1967. La décision d'Airbnb de s'y conformer a suscité une véritable tempête de controverses et d'allégations d'antisémitisme contre l'entreprise.

Une politique jugée antisémite

Eugene Kontorovich, professeur de droit à la George Mason University School of Law, en Virginie, a déclaré que la nouvelle politique d'Airbnb était antisémite et pourrait violer les lois sur la discrimination. «Ils disent qu'ils ont adopté une politique relative aux "territoires contestés", mais elle ne s'applique qu'à Israël, la patrie juive», explique Eugene Kontorovich. «Même dans le nord de Chypre, où tous les chrétiens grecs ont été chassés par la Turquie dans les années 1970 et que la Turquie continue d'occuper, Airbnb inclut des tonnes d’offres de locations.»

Le boycott ne concerne pas les locations de la Jérusalem-Est palestinienne ou du plateau du Golan, selon la déclaration d'Airbnb, même si la communauté internationale les considère également comme des territoires occupés. Selon Eugen Kontorovich, «le fait de cibler un territoire juif sent l'antisémitisme» et renforce le mythe selon lequel les Palestiniens, mais pas les juifs, sont indigènes dans la région. «Le mot "juif" vient du mot Judée. Il n'y a pas plus de patrie juive que cela», précise-t-il. Pour Josh Hasten, porte-parole du Conseil régional de Gush Etzion, un bloc de colonies, le boycott «cible un certain groupe de personnes en fonction de leur religion et de leur situation géographique, qui est le cœur du peuple juif depuis 2000 ans».

Inégalité de traitement

Les Palestiniens et leurs partisans insistent sur le fait que l'interdiction n'a rien à voir avec l'antisémitisme et tout à voir avec la justice. Les Palestiniens ont une autonomie limitée en Cisjordanie, mais Israël continue de contrôler certaines parties du territoire et limite sévèrement le nombre de personnes qui peuvent entrer et sortir par des points de contrôle militaires et une barrière de sécurité qui a été construite pour empêcher les terroristes d'entrer en Israël.

«On peut ne pas être d'accord sur la tactique du boycott des colonies. Mais qualifier la décision d'Airbnb d'antisémite est une dilution complète de notre discours politique et associe Israël à l'occupation», écrit Frima Bubis dans un éditorial du magazine de gauche indépendant +972. «De plus, il y a beaucoup de juifs israéliens et non israéliens qui non seulement soutiennent la décision de l'entreprise, mais qui travaillent quotidiennement avec leurs partenaires non juifs pour tenir le miroir de la société israélienne afin de mettre fin à l'occupation», écrit encore Frima Bubis.

Propriétaires mécontents

A Bethléem, Elias Deis, un Palestinien qui gère le programme touristique d'une organisation activiste chrétienne palestinienne, a déclaré soutenir la décision d'Airbnb et la campagne BDS «parce que seule la pression internationale sur Israël mettra fin à l'occupation et donnera aux Palestiniens tous leurs droits». D’après lui, les colonies juives «sont le principal obstacle à la paix. Ceux qui soutiennent les colonies de peuplement nous mènent à une impasse, où Palestiniens et Israéliens ne pourront pas trouver une solution pacifique».

Mais pour les propriétaires dont les locations sont liées à leur emplacement en Terre sainte, le boycott de l'Airbnb est source d'incertitude. Il y a quatre mois, Lewis Weinger et sa femme, Hindy Weinger, ont décidé de mettre en location sur Airbnb leur maison située dans la colonie de Tekoa en Cisjordanie. La propriété, appelée Villa Hérodien – en clin d’œil au palais d’hiver construit par le roi Hérode il y a environ 2000 ans – surplombe les collines de Cisjordanie. Avec sa vue imprenable sur le désert et sa piscine, la Villa Hérodien est déjà un lieu recherché pour des événements spéciaux. Dès l’inscription de la propriété sur Airbnb, de potentiels locataires ont commencé à s’y intéresser. «Elle a suscité beaucoup d'intérêt, surtout pour l'été prochain. Peut-être que rien n’aboutira et je pense que cela nuira à nos affaires», raconte Lewis Weinger. Mais pour ce propriétaire, la décision d’Airbnb ne concerne pas uniquement les affaires. Selon lui, depuis l'époque biblique jusqu'à l’Holocauste, les juifs ont été exilés de leurs foyers. À l'époque comme aujourd'hui, «il est antisémite d'isoler les juifs», ajoute-t-il. Il n'a pas encore décidé s'il devait se joindre à un autre propriétaire juif, dont le bien a été retiré de la liste des offres, dans le procès qu’il intente contre Airbnb. «Airbnb pourrait renverser sa décision, a déclaré Lewis Weinger. Qui sait?»