«Le référendum est une approbation de l’homophobie»

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La rue principale de Seydisfjordur, en Islande.
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«Le référendum est une approbation de l’homophobie»

Par Andreas Bättig, ref.ch, das Portal der Reformierten/Protestinfo
17 avril 2019
Le référendum contre la criminalisation de l’homophobie a récolté plus de 70'000 signatures. Le soutien de l’Alliance évangélique suisse est vivement critiqué au sein de l’Église réformée.

Avec l'extension de la norme pénale antiraciste, les autorités suisses veulent aussi faire de la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle une infraction punissable. Cependant, le comité référendaire «Non à cette lois de censure» a déposé les 70’349 signatures récoltées à la Chancellerie fédérale. Outre l'Union démocratique fédérale (UDE) et l'UDC jeune, l'Alliance évangélique suisse (AES) est contre l'élargissement de la norme. «L’AES craint que l'extension de la norme pénale contre le racisme décidée par le Parlement ne restreigne inutilement la liberté d'expression», lit-on dans un rapport publié sur son site.

Déclarations critiques difficilement punissables par la loi

Les juristes mandatés par l’AES auraient examiné les effets d’un tel resserrement. Il s’agissait notamment de vérifier «si, à l'avenir, les pasteurs pourraient faire des évaluations critiques de l'homosexualité ou de la bisexualité sur la base de leur interprétation de la Bible dans leur prédication». Les experts ont conclu qu’«en principe, il faut s'attendre à ce que le pouvoir judiciaire relève le seuil de définition des discours interdits, mais que la simple expression d'une opinion négative sur l'homosexualité ne débouche pas sur une condamnation».

Pourquoi l’AES voit-elle néanmoins une mise en danger de la liberté d'expression? «Il y a une évolution inquiétante. En Angleterre, par exemple, un discours est qualifié de haineux lorsqu’il est perçu comme tel par la victime. Ce n'est donc pas une perception générale qui conduit au jugement. Nous voyons donc ici des risques», explique le Secrétaire général de l’AES, Marc Jost.

Éthique sexuelle biblique

La réaction de l’AES aurait-elle été aussi immédiate si l'extension de la loi avait concerné une autre minorité que les homosexuels? «Oui, si cela devait restreindre la liberté de croyance et d'opinion», répond Marc Jost. L’AES condamne toute forme de discrimination, de violence ou d'appel à la haine et rejette toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle. Elle stipule que même lorsqu'on embauche un employé, l'orientation sexuelle ne doit pas jouer un rôle. «L'emploi n'est pas fondé sur l'orientation sexuelle de la personne, mais sur ses croyances personnelles et son mode de vie, qui devraient être compatibles avec les valeurs d'une Église», ajoute Marc Jost. «On attend généralement des employés qu'ils adhèrent, par leur style de vie, au credo de la communauté et à l'éthique sexuelle biblique qui y est associée.» En d'autres termes, un ministre homosexuel ne pourrait pas vivre sa sexualité de cette façon. «Nous ne disons à personne comment vivre. Mais une Église devrait être autorisée à nommer ses dirigeants en fonction de ses valeurs», explique Marc Jost.

«Très peu chrétien»

L’attitude de l’AES est vivement critiquée. Michel Müller, président de l'Église réformée de Zurich, est en désaccord total avec le référendum. «Maintenant que cette loi est en place, je trouve très peu chrétien de soutenir le référendum qui va à l’encontre de celle-ci, déclare-t-il. Il est malhonnête de la part de l’AES de se servir de la défense de la liberté d'expression comme argument pour légitimer son soutien. Après tout, il s'agit simplement de savoir si on peut se dresser contre les homosexuels. En appuyant ce référendum, on prône clairement l'homophobie. Je suis choqué par l'attitude adoptée ici sous le couvert du christianisme.»

Michel Müller ne comprend pas que l’AES voit aussi la liberté de prédication du ministre de la paroisse mise en danger. «D'une part, la liberté de prédication cesse lorsqu'un groupe est victime de discrimination. Les chrétiens devraient le savoir de par leur propre expérience. D'autre part, le thème de l'homosexualité n'est pas du tout une question centrale de foi, mais une discussion marginale. Le fait que l'on se réfère à la Bible dans cette question est absurde. Dans les Évangiles, l'homosexualité n'est pas un problème. C’est la charité qui est au cœur du texte!»

Pour Michel Müller, la position de l’AES ne serait partagée que par une minorité de personnes au sein de l'Église. Il s'en réjouit. «Surtout à une époque où les homosexuels sont persécutés au Brunei, par exemple, et où l'agitation à leur encontre augmente également en Europe orientale, ils doivent être protégés par la loi. Et cela doit être soutenu par l'Église de toutes ses forces.» - Andreas Bättig, ref.ch, das Portal der Reformierten/Protestinfo

 

L'Alliance évangélique suisse

L’AES est une association d'Églises libres et régionales de tendance évangélique. Selon ses propres chiffres, elle comprend environ 660 églises et 235 organisations chrétiennes ainsi que 250’000 personnes.