Les noirs américains peuvent-ils faire barrage à Donald Trump?

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Manifestation pour la justice à New York. En 1re ligne, le révérend Jesse T. Williams Jr. de la Convent Avenue Baptist Church.
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Les noirs américains peuvent-ils faire barrage à Donald Trump?

Loubna Anaki, Réformés le journal
26 juin 2020
Présidentielle
En 2016, le nombre d’électeurs noirs a été le plus bas jamais enregistré en vingt ans. Entre pandémie et mouvement contre le racisme, cette communauté (12 % de l’électorat) pourrait cette année créer la surprise. A condition d’aller voter.

Sous le soleil de juin, ils étaient des centaines de New-Yorkais à se rassembler cet après-midi devant la Convent Avenue Baptist Church*. Située au cœur de Harlem, l’Eglise avait appelé la communauté et tout le quartier à rejoindre les manifestations contre le racisme et les violences policières.

Visages masqués, pancartes entre les mains, ils observent huit minutes et quarante-six secondes de silence. 8 minutes 46 secondes, c’est le temps durant lequel Derek Chauvin, un policier blanc de Minneapolis, a maintenu son genou sur le cou de Georges Floyd, provoquant sa mort.

«Nous sommes silencieux», confie le révérend Jesse T. Williams Jr, «mais notre voix résonne haut et fort contre l’injustice ». Sur les marches de l’église, le pasteur s’adresse à la foule. «Vous voir aussi nombreux ici aujourd’hui», commence le révérend, «chacun d’entre vous venu d’un chemin de vie différent, mais tous unis ici contre le racisme, est une magnifique démonstration du pouvoir de Dieu».

Lentement, la foule se met en marche vers le sud de Manhattan où d’autres manifestations ont lieu. A 35 ans, Tyrell Allen n’avait jamais manifesté. «Je suis fatigué de voir mes frères et sœurs noirs mourir injustement», crie-t-il, les larmes aux yeux. A ses côtés, sa femme Jessica ajoute: «A ce stade, ‹fatigué› est un euphémisme, nous sommes au bord de l’effondrement».

Une heure après le début de la marche, le groupe compte plus de 3000 personnes, malgré le confinement toujours en vigueur contre le coronavirus. «Peu importe l’épidémie», clame un manifestant, «nous sommes ici parce qu’il le faut. On en a marre!»

Selon le révérend Williams, l’épidémie fait partie des raisons de la colère aujourd’hui. Aux Etats-Unis, la communauté afro-américaine a été la plus touchée par la Covid-19 et la crise économique qui a suivi. «C’est le résultat d’années et d’années de marginalisation et d’oppression», explique Jesse T. Williams Jr., «ajoutez à cela un président qui souffle sur les braises de la haine depuis trois ans».

Ici, beaucoup estiment que c’est le climat entretenu par Donald Trump et ses propos jugés racistes qui ont notamment abouti à la mort de Georges Floyd et d’Ahmaud Arbery, un jeune afro-américain abattu, en février dernier, par deux hommes blancs alors qu’il faisait son jogging. Et la réaction du président face aux manifestations ne fait qu’augmenter leur colère. Le révérend Williams dit avoir espéré qu’en «temps de crise et de deuil national, Donald Trump saurait unifier la nation», mais finalement, «il n’a pas pu s’empêcher de s’adresser à ses supporters dont beaucoup sont racistes». En 2016, la baisse de participation historique des électeurs noirs a coûté la victoire à Hillary Clinton dans des Etats décisifs, alors que traditionnellement, 89% de l’électorat noir vote démocrate (selon le centre de recherche Pew).

Cette année, la communauté afro-américaine s’organise pour appeler les gens à s’inscrire et à voter en masse. «Pour beaucoup, cette fois, c’est une question personnelle plus que politique», confie le révérend Williams. Reste à savoir si le seul objectif de battre Donald Trump suffira à convaincre les déçus du parti démocrate d’aller voter.

Bonus web

Quel rôle la religion joue-t-elle dans la question raciale aux Etats-Unis? Le théologien et révérend Otis Moss III apporte des pistes de réflexion. Lisez son interview sous www.reformes.ch/moss.