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À Montpreveyres, un nouveau gîte pour pèlerins

23 juillet 2026
 
1 min de lecture
Reportage
Le nouveau gîte de Montpreveyres a réouvert le 1er juin avec huit lits au lieu de quatre et, pour la première fois, la possibilité de prendre le repas du soir et le petit-déjeuner avec les bénévoles de l’accueil.

C’est une imposante bâtisse classée monument historique de classe 1, tout comme le château de Chillon et la Cathédrale de Lausanne. Le nouveau gîte a été aménagé dans les combles de cette cure située entre Lausanne et Moudon, plus précisément à la croisée du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, du sentier des Huguenots et du chemin de Jérusalem. « On a même eu des pèlerins de la Via Francigena, en route vers Lausanne », déclare Denise Jaquemet, à l’origine du projet.

Les combles ont été divisés dans le sens de la hauteur. En bas, une vaste cuisine entièrement équipée, au milieu de laquelle trône une table pouvant accueillir une douzaine de personnes. En haut, un coin lecture avec des casiers pour les pèlerins, deux douches et deux W.C., puis le dortoir avec six lits, dont deux lits-gigognes, soit huit places au total. « Des pèlerins m’ont dit que les matelas étaient très confortables, j’ai moi-même dormi ici et j’ai trouvé que c’était vrai », confie Denise Jaquemet.

Cadeau de cinq francs

Les pèlerins sont accueillis, normalement avec une boisson rafraîchissante, dès 16 heures. Ils sont invités à noter sur un carnet leur nom et prénom, le lieu d'où ils viennent et celui où ils ont dormi le jour précédent. Puis, les bénévoles leur montrent la caisse – l’endroit fonctionne sur le principe de la participation libre aux frais. Une fois ces formalités accomplies, ils peuvent monter à l’étage supérieur pour déposer leurs affaires et prendre une douche. Les locaux, visités par une journée d’été très ensoleillée, sont agréablement frais.

Particularité de la procédure d’accueil : les pèlerins reçoivent tous une pièce de cinq francs. La raison de ce cadeau est que l’on peut lire, sur la tranche de la pièce de monnaie – mais peu de gens le savent – la phrase latine Dominus providebit (« L’Éternel pourvoira »). Or, le gîte s’appelle El Jire, ce qui signifie en hébreu… Dieu pourvoira. Il est connu que les pèlerins aiment les symboles ; cette pièce de monnaie en vaut un.

Une centaine de pèlerins

Depuis la réouverture du gîte, une centaine de pèlerins ont dormi dans ce lieu chargé d’histoire. « La première semaine a été particulièrement intense, au point que nous avons dû réutiliser l’ancien gîte. Ensuite, la fréquentation a diminué à cause de la canicule. Théoriquement, la météo n’est pas censée influencer le pèlerinage, mais on peut comprendre que certaines personnes préfèrent repousser leur projet pour éviter de marcher sous un soleil de plomb. En tout cas, j’ai entendu dire que les gîtes français se plaignaient d’avoir nettement moins de pèlerins en raison de la canicule », relève Denise Jaquemet.

Quid du coût des rénovations ? À ce stade, il se monte à 1,2 million. « Dans le projet initial, il n’était pas prévu d’installer un nouveau système de chauffage, précise-t-elle. Cette nécessité s’est imposée avec le temps. Or, le chauffage est l’un des postes de notre budget les plus importants. Il a fallu refaire un circuit de chauffage, avec une nouvelle chaudière et des compteurs séparés pour la cure, la salle du dessous et le gîte. L’État de Vaud a pris en charge une grande partie des frais, mais l’autre revient à l’association El Jire. »

Un appel de Dieu

Tout a commencé par un appel divin, le 15 février 2011. « À l’époque, je ne me plaisais pas dans mon travail et j’ai demandé à Dieu ce que je devais faire de ma vie », se souvient Denise Jaquemet. « Là, j’ai clairement entendu une voix me dire d’ouvrir un gîte sur le chemin de Compostelle. » Sans cet appel, jamais une telle idée ne lui serait venue : « Je ne pensais même pas faire le chemin de Compostelle un jour. Moi, j'ai toujours dit que s’il faut marcher, autant le faire en montagne. »

Ce pèlerinage, elle l’entreprend depuis Lausanne, car elle est persuadée que l’endroit qu’elle cherche se trouve en France ou en Espagne. Peu avant qu’elle ne parte, quelqu’un lui dit d’aller visiter un gîte qui vient de s'ouvrir à 15 km de Fribourg. Là, on la rend attentive au fait qu’il y aurait besoin d’un gîte à Montpreveyres. Elle contacte le pasteur qui occupe la cure, mais la discussion ne donne rien.

Phase de découragement

Sur les chemins étrangers, c’est la déception : rien ne se dessine. Même, elle tombe sur la responsable d’un gîte à Burgos (Espagne) qui la décourage de poursuivre cette idée en lui disant que c’est un travail épuisant. Cependant, avec le « pain du chemin » qu’elle reçoit pour reprendre sa route, elle trouve un billet avec une parole de Thérèse d’Ávila : « Que rien ne te décourage. Que rien ne t'épouvante. La patience obtient tout. Qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit. »

À son retour en Suisse, on lui conseille de faire une retraite pour réfléchir, de se trouver une accompagnatrice spirituelle et de s’entourer d’un groupe de prière. « Et puis, tout d’un coup, j’ai compris qu’il fallait me concentrer sur la Suisse. » Elle se lance donc sur le parcours helvétique du chemin de Compostelle. Là, elle s’arrête de nouveau dans le gîte fribourgeois et comme par hasard, on lui reparle de Montpreveyres…

Vue des toilettes

Intéressée par sa démarche, la diacre qui occupe la cure de Montpreveyres lui propose d’habiter avec elle. Cependant, Denise Jaquemet a l’intuition que ce n’est pas tout à fait le dessein de Dieu. De là où elle loge, elle peut apercevoir, par la fenêtre des toilettes, les combles vides de la cure. C’est le déclic. « J’ai vu qu'il y avait un espace faramineux et je me suis dit que peut-être, on pourrait créer le gîte à cet endroit. » 

En 2025, le rêve devient réalité grâce à l’obtention d’une subvention de 351'000 francs de l’État de Vaud, via son Fonds d'utilité publique, et d’un prêt sans intérêt de 200'000 francs de la Fondation pour les constructions paroissiales protestantes. Aujourd’hui, l’aventure continue et, fidèle à sa foi, Denise Jaquemet est convaincue que Dieu pourvoira. « El Jire est devenu une vocation ! », dit-elle.