
François Pilet « Offrir une présence attentive est essentiel »
A 4 ans, il voulait devenir pasteur… ou ramoneur. «J’avais un attrait pour le noir, semble-t-il. C’est peut-être parce que j’ai baigné là-dedans depuis tout petit.» Son père, forgeron, a en effet siégé au Conseil de paroisse de Rossinière, dans le Pays-d’Enhaut, de ses 28 à ses 80 ans.
Un engagement d’une vie pour son Église qui a toujours inspiré François Pilet: «Chaque matin, mes parents prenaient un temps de prière tous les deux. Cela les a nourris et a soutenu leur vie. Prier avec quelqu’un, c’est partager quelque chose, mettre ensemble ses soucis et son espérance. Cela donne une certaine force.» De ses parents, il dit qu’ils lui ont appris la moitié de son métier: «Ils m’ont transmis l’essentiel, c’est-à-dire de porter attention à l’autre.» D’autant plus important dans les métiers du soin, estime-t-il. «J’ai toujours essayé d’être dans la bienveillance, l’empathie, le non-jugement, de rechercher l’humain derrière toutes les histoires de vie cabossée. Foi et confiance ont la même origine…»
L’espérance, un cadeau
A 16 ans, il part vivre à Lausanne, chez ses grands-parents, pour poursuivre ses études. Sa foi est déjà profonde. «La confiance et l’espérance reçues à la naissance ont été un cadeau précieux dans ma vie.» Rejoindre un groupe de jeunes liés à la paroisse l’a «beaucoup aidé à grandir». Il a alors une certitude: il «ne fera ni le droit ni la médecine». Son prof de philosophie du gymnase l’aide à s’ouvrir à de nombreuses choses, lui fait découvrir la psychologie. «C’était l’époque de Piaget à Genève. Quand j’ai vu le programme de la faculté – je l’ai trouvé très aride –, j’ai renoncé à m’inscrire. J’ai compris que la médecine générale me permettrait de trouver ce monde relationnel dont j’avais envie depuis toujours.»
Dans son cabinet de Vouvry, dans le Chablais valaisan, François Pilet prend rapidement conscience que les gens «ont beaucoup besoin d’être écoutés». Il suit alors plusieurs formations, notamment dans le domaine de la psychologie au sens large. Sa foi, il la garde pour lui. «A cette époque-là, la spiritualité était taboue en médecine. Cela ne fait pas si longtemps que ça l’est moins. Il reste néanmoins encore beaucoup à développer pour que les jeunes puissent avoir l’esprit ouvert à cette dimension.»
Inspiré au quotidien par sa foi
Sa foi l’inspire au quotidien. «J’aime bien le proverbe: ‹ Ce que tu es parle si fort que je n’entends pas ce que tu dis. › J’ai un peu de peine avec les gens qui font de grandes déclarations de foi. Les choses n’ont pas besoin de se proclamer, le plus parlant pour moi est la preuve par l’acte, par l’exemple donné par notre comportement.» Faute de temps, le jeune retraité – depuis sept ans – a toujours refusé de rejoindre le Conseil de paroisse de Vouvry, où il vit depuis 1982. Présider l’Assemblée de paroisse lui paraissait plus gérable. Il en est à sa 38e année: «Je suis très régulièrement sollicité pour des conflits entre personnes! C’est fou, le nombre de différends qui se développent au sein des Églises!»
Avec Isabelle, sa femme depuis quarante-huit ans, qui est catholique, il est «actif» depuis toujours sur le plan oecuménique. «Durant nos premières années de mariage, nous allions régulièrement à Monthey, où un groupe de foyer mixte était très vivant.
Cela m’intéressait de voir la culture des choses catholique, assez différente. Côtoyer d’autres religions ouvre l’esprit, c’est une richesse. Malgré tout, j’ai toujours été très critique vis-à-vis des religions, de leurs travers, violences, excès et abus de toutes sortes.»
Tout naturellement, François Pilet a prié tous les soirs avec ses trois enfants – il a désormais aussi quatre petitsenfants – et le couple leur a laissé beaucoup de liberté quant à leur choix religieux.
Les envoyer à l’éducation religieuse et accompagner des camps était néanmoins une évidence. La transmission est d’ailleurs une valeur chère au Valaisan d’adoption: au fil de près de quatre décennies dans son cabinet de Vouvry puis à la Maison de la Santé du Haut-Lac – ouverte en 2017 dans son village, sous son impulsion –, il a accueilli des générations de jeunes collègues.
Durant un quart de siècle, il a également contribué à former des étudiants en tant que chargé de cours à l’Université de Lausanne.
Une volonté de partage et d’attention à l’autre qui a abouti, l’an dernier, à la publication de Des regards et des maux, où il nous invite dans l’intimité de ce qu’il nomme «une médecine de la personne».
Bio express
1967 Quitte le Pays-d’Enhaut pour dix ans d’études à Lausanne. Première rencontre avec son prof de philo, Michel Cornu, qui aura une influence déterminante dans la suite de ses choix.
1977 Epouse Isabelle, avec laquelle il émigre en Valais et aura trois enfants.
1982 Ouverture de leur cabinet de deux médecins généralistes à Vouvry.
2004 Un heureux hasard lui permet de retrouver son prof de philo, avec qui sa relation a repris de manière plus intense depuis qu’il l’a invité à faire partie du cercle philosophique qu’il anime encore, à 88 ans!
2011 Décès subit de son petit frère Olivier.
Sa foi, son épine dorsale
François comprend la toute-puissance divine «dans son sens étymologique de faire naître et croître les possibles, au-delà de toute anticipation humaine». Selon son épouse, sa foi constitue «son épine dorsale, elle n’a pas besoin de paroles car elle est intégrée à sa vie. Il la vit […] en prêchant par l’exemple». Tiré de la postface de son livre Des regards et des maux, publié en 2025 aux Editions Favre (page 201).





