
Sous une branche d’olivier
Ce mardi, les élèves de la classe de Madame Pétronille travaillent la structuration du temps. Le nouveau thème est celui des générations: situer son année de naissance, celles de ses parents, grands-parents, et peut-être même d’autres membres de la famille.
Après une rapide enquête auprès de leurs parents, chaque élève pose, sur une grande frise au fond de la classe, une petite étiquette le représentant ainsi que ses ascendants. La plupart sont impressionnés par le rendu de cette grande frise et certains remarquent que Madame Pétronille ne se situe pas très loin de la génération de leurs grands-parents…
La maîtresse propose ensuite à chaque élève d’écrire le portrait d’un membre de sa famille, de relater son histoire, ses passions, d’où il vient… Michaël ne sait pas qui choisir: son père, Jérôme? Grand-mère Lise? Son oncle Jonathan… Et puis, d’ailleurs, qui y avait-il avant? Comment s’appelaient les parents de grand-mère Lise? Il demande conseil à sa maman Julie: elle n’a pas grand-chose à lui apprendre, car elle n’a que peu de souvenirs de ses grands-parents. Elle propose à son fils d’aller chez grand-mère Lise afin d’en savoir un peu plus et peut-être de feuilleter de vieux albums photos.
Une fin d’après-midi, Lise les accueille avec joie. Michaël lui parle de son devoir. La grand-mère est un peu mal à l’aise d’évoquer ses parents et les membres plus anciens de la famille… Elle propose de préparer le goûter ensemble puis elle ira chercher quelques albums photos.
Michaël les feuillette avec curiosité: il y a celui de sa mère, celui de son oncle Jonathan. C’est un peu toujours la même chose: sortie de la maternité, premiers biberons, premiers pas, première entrée à l’école… Michaël aimerait en savoir plus. Il demande alors si sa grand-mère a encore le sien. Lise sort un album plus vieux de son placard. Il semble commencer durant les années soixante du siècle dernier… «Mamie, il a quelques photos en noir et blanc, trop bien. Cela fait super longtemps qu’elles ont été prises… – Oh oui, mon petit, tout cela ne me rajeunit pas…»
Comme pour l’album de sa mère, il y a beaucoup de photos de premières fois, mais bizarrement pas des parents de Lise.
Excepté celle d’un monsieur qui joue du cor des Alpes… En manipulant l’album, Lise fait tomber une vieille enveloppe, jaunie par le temps, qui était entre deux pages… Elle ne peut retenir une larme. «Mamie, que t’arrive-t-il? Qu’est-ce que c’est que cette enveloppe? – Rien de très important, ce n’est rien… répond d’une voix triste la grand-mère.
Julie ramasse l’enveloppe, quelques photos en tombent. Sur l’une d’elles, quatre enfants mal habillés, maigres, portant pour seuls bagages de vieux sacs de toile… Lise ne peut retenir ses larmes. Julie tente de consoler sa mère et lui demande qui ils sont et pourquoi cette photo la met dans un tel état.
Grand-mère Lise se reprend puis explique. «Ce sont des membres de notre famille, la plus petite, à droite, c’était ma mère, Eleni, sa soeur, Katina, et leurs frères aînés, Savvas et Georgios… Ils se sont retrouvés orphelins dans les années vingt et ont dû fuir leur pays après la Première Guerre mondiale. Ils se sont débrouillés comme ils ont pu pour survivre.
Ils ont vécu un temps en Grèce puis ont migré en Italie. Ma mère est arrivée en Suisse dans les années cinquante et a épousé André, ton grandpère, un Suisse. – Mais, maman, tu ne m’en as jamais parlé. Tu m’as toujours dit que ta mère s’appelait Hélène, qu’elle était née en Suisse. – En effet, je ne t’ai pas tout dit de nos origines. La vie a été dure pour ma mère, Eleni. Elle a vécu la guerre et bien des choses difficiles. Pour s’intégrer en Suisse, elle a tenté d’oublier afin de se reconstruire.»





