Houlda, une prophétesse dans la tourmente

© Laura Fournier
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Houlda était l'épouse d'un petit fonctionnaire gardien de la garde-robe du Temple ou du Palais et habitait dans un quartier résidentiel de Jérusalem.
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Houlda, une prophétesse dans la tourmente

Jean-Daniel Macchi
8 juillet 2019
Mauvais présage
Les prophètes jouissaient d’une grande autorité dans l’Israël ancien. Ils intervenaient tant dans la sphère politique que religieuse. L’Ancien Testament mentionne peu de femmes prophétesses. Pourtant, parmi elles, Houlda va jouer un rôle clé à un des moments les plus dramatiques de l’histoire d’Israël.

Le récit du chapitre 22 du deuxième livre des Rois raconte qu’aux alentours de 622 avant notre ère le puissant roi Josias a entrepris de grands travaux de restauration du Temple de Jérusalem. On y retrouve le «livre de la Loi». Probablement s’agit-il du code législatif attribué à Moïse par le livre du Deutéronome. A sa lecture, le roi est horrifié, il déchire ses vêtements et ordonne d’aller consulter le Seigneur, le Dieu d’Israël.

Les prêtres et les scribes royaux se tournent alors vers Houlda, de toute évidence une prophétesse faisant autorité. L’oracle qu’elle leur adresse est très dur. Il situe cette femme dans la grande lignée des prophètes ayant annoncé que l’infidélité récurrente vis-à-vis de Dieu et de la Loi allait inévitablement amener le royaume à la catastrophe. Selon Houlda, il est trop tard, la relation avec Dieu est profondément brisée, le destin de la ville et du Temple de Jérusalem est désormais scellé. Cependant, Houlda annonce aussi à Josias que, puisqu’il s’est repenti à la lecture de la Loi, il ne verra pas de ses propres yeux les malheurs et sera enterré en paix avec ses pères.

Selon 2 Rois 23, juste après avoir entendu les paroles d’Houlda, le roi Josias met en place la plus vaste réforme religieuse mentionnée dans la Bible. Il lit la Loi au peuple et, pour se conformer à ses règles, il extirpe du Temple toutes les pratiques et tous les objets sacrés consacrés à d’autres divinités. Il fait de même dans tout le pays avant de faire célébrer une immense fête en l’honneur du Seigneur. Malgré cela, quelques années après la mort de Josias à Megiddo et son enterrement, Jérusalem fut détruite et sa population exilée.

Puisque tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant moi ; eh bien, moi aussi j’ai entendu – oracle du Seigneur ; à cause de cela, je vais te réunir à tes pères ; tu leur seras réuni en paix dans la tombe, et tes yeux ne verront rien du malheur que je vais amener sur ce lieu.
2 Rois 22,19-20

Le message pour aujourd’hui

La dureté du message de jugement que le texte attribue à la prophétesse Houlda peut surprendre. Tout en reconnaissant que l’attitude du roi Josias est juste, elle annonce pourtant que la catastrophe est inéluctable. Sa réforme ne changera pas le destin qui s’avance. Attendre d’être au pied du mur pour agir n’est-ce pas finalement très humain? Chacun sait aujourd’hui qu’une très grave crise climatique s’annonce. Faudra-t-il attendre qu’une voix nous annonce qu’il est désormais trop tard, que le climat s’emballe et que ce n’est pas un réchauffement de deux degrés, mais de six ou sept qui va inéluctablement se produire pour que nous prenions des mesures à la hauteur des enjeux?

Postérité

Signe de l’importance de cette femme, la littérature juive (Tosefta) du début de notre ère rappelle que sa tombe se trouvait, comme celle de la famille royale, dans l’enceinte de Jérusalem. La tradition la situe aujourd’hui sur le mont des Oliviers. Un ensemble de portes murées, de la façade sud de l’actuelle esplanade des mosquées porte son nom.

Pour aller plus loin Tal Ilan, Huldah, the Deuteronomic Prophetess of the Book of Kings, lectio difficilior 1/2010 disponible sur internet : www.lectio.unibe.ch.