
Des jeunes des différentes religions se confient sur leur façon de s’adresser à Dieu
«Ce n’est pas facile de parler de ma relation à Dieu en dehors de ma communauté car c’est vraiment très intime», explique Alexandre, un jeune de tradition juive, présent jeudi 30 avril à la soirée de dialogues entre les trois religions monothéistes. Pour l’organisateur de ces événements, l’aumônier à l'EPFL Alexandre Mayor, «quand on rencontre quelqu’un à travers sa religion, on découvre une partie de l’autre à laquelle on n’a habituellement pas accès. Se parler entre personnes de traditions variées, ou sans lien à une tradition particulière, contribue à mieux faire connaissance et à sortir de ses éventuels préjugés.»
Une vingtaine de jeunes se sont donc retrouvés dans les locaux de l’aumônerie, à l'Amphipôle sur le site de l'Université de Lausanne (UNIL), pour se pencher sur la pratique de la prière dans le judaïsme, le christianisme et l'islam. «C’est la troisième fois que je participe, relève Lauriane de tradition chrétienne mais qui se décrit comme agnostique. Je connais mal l'islam. Or, la dernière fois, j'ai discuté avec une fille musulmane et cela m'a justement permis de découvrir un peu plus cette religion.»
Portée par quelques étudiantes et étudiants ainsi que l’aumônier, la soirée a commencé par des questions générales: «la prière, c’est obligatoire ou facultatif?», «c’est écouter ou c’est parler?», «je prie pour me retrouver ou pour trouver Dieu?». Autant d’interrogations qui ne demandaient pas à être tranchées, mais qui amenaient plutôt à la réflexion. «Je me rends compte que, pour moi, la prière c’est beaucoup parler, mais je devrais davantage écouter», sourit une participante.
De l’intention aux gestes
Les trois monothéismes ont une tradition écrite propre de la prière, mais de nombreux points communs se retrouvent tant dans l’intention que dans la pratique. La prière structure la journée et elle est associée à des gestes physiques. «Je me rends compte qu’il y a une grande préparation physique dans l’islam et le judaïsme, notamment avec les prosternations, en tant que chrétien, ça m’a donné envie de tester la prière à genoux», note un étudiant.
S’il existe bel et bien des prières pour remercier Dieu lors des repas dans les trois monothéismes, dans le judaïsme une particularité est liée à la consommation de pain. «Quand il y a du pain à un repas, on récite une prière spécifique qui va couvrir l’ensemble des aliments. S’il n’y a pas de pain, on bénit chaque sorte d’aliments», explique Benjamin qui ajoute que la complexité de la réalisation du pain, depuis la culture des céréales jusqu’à la cuisson, illustre la collaboration entre l’homme et Dieu.
Entrer en contact avec le divin
Dans tous les cas, prier vise le contact avec le divin. «Dans l’islam, il y a cinq prières quotidiennes. Quand je prie, je me recentre sur moi-même et je trouve une paix intérieure. Je fais aussi parfois de petites évocations pour remercier le Seigneur, par exemple quand je vois quelque chose de beau comme les Alpes», raconte Nisrine une étudiante musulmane à l’EPFL. «Pour moi, c’est un moment de partage, surtout à la synagogue, rebondit Sacha. Je ne prie presque jamais seul, car je ne parle pas l’hébreu et traditionnellement les prières sont en hébreu.» Pour Ibsan, un étudiant protestant, au contraire, la prière est un moment personnel: «je suis en relation direct avec le Créateur et je peux tout lui exprimer.»
A l’issue des discussions, un étudiant constate que grâce aux différents échanges, «on comprend mieux que la prière a la même base pour les trois religions. C’est comme pour les langues, il y avait un tronc commun et ensuite il s’est séparé.» Les soirées de dialogue entre les trois monothéismes ont lieu deux fois par année, depuis deux ans environ. «Cela me réjouit que certaines personnes se soient rencontrées grâce à ces événements. Elles ont sans doute pu découvrir, autant que partager. Cela évite l’entre-soi», relève Alexandre Mayor. «A titre personnel, bien qu’ayant quelques connaissances grâce à mes études de théologie, je découvre toujours de nouveaux aspects inspirants dans ces échanges. C’est très nourrissant de se rencontrer dans la différence. Cela fait réfléchir encore plus sur ses propres ancrages ».
L’aumônerie, en bref
L'aumônerie est présente sur le campus universitaire depuis 1982. Ancrée dans la tradition chrétienne, elle est ouverte à toutes et tous indépendamment des religions et croyances. C’est un lieu d'accueil, d'écoute et de spiritualité qui offre un espace pour le dialogue et le ressourcement. L’aumônerie propose plusieurs rendez-vous hebdomadaires, notamment des repas, des discussions, des offices et des sorties. Elle est gérée par une équipe d'aumônières et aumôniers protestants et catholiques.



