La malice du Leprechaun

Joël Burri, rédacteur en chef / © DR
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Joël Burri, rédacteur en chef
© DR

La malice du Leprechaun

Edito
Que ce soit au travail ou dans sa vie privée, chacun de nous fait l’objet d’attentes élevées. Ne faudrait-il pas oser faire le deuil de la perfection ?

Une légende irlandaise dit que le Leprechaun, une sorte de lutin, cache sa fortune, un chaudron rempli de pièces d’or, au pied d’un arc-en-ciel. Si vous vous êtes déjà mis en tête de vérifier la véracité de ce récit, peut-être avez-vous constaté que les arcs-en-ciel s’éloignent au fur et à mesure que l’on se déplace dans leur direction.

Il en va de même pour la perfection ! Chaque progrès que nous faisons pour nous en approcher nous donne à entrevoir un idéal encore plus éloigné. Ce pourrait être un formidable moteur pour aller de l’avant, mais le problème, c’est que dans la culture qui est la nôtre, nous tolérons de moins en moins les imperfections, les nôtres bien sûr, mais aussi celles des autres.

Pensez à la place qu’ont prise les cosmétiques pour masquer nos imperfections physiques, au succès des livres de développement personnel, pour combler nos manquements intérieurs et à la prolifération, dans le domaine professionnel, des procédures standardisées dans la production, le contrôle qualité, la rentabilité ou la traçabilité.

Au nom de la quête de la perfection, notre culture s’impose de plus en plus de contrôle. Pourtant, dans un monde parfait, tout le monde serait libre, c’est une évidence. Fichtre, l’arc-en-ciel s’est encore éloigné.

L’humanité, dans sa quête de perfection, est-elle condamnée à une éternelle insatisfaction ? La spiritualité ouvre une échappatoire en renonçant à la volonté un peu narcissique d’y arriver par soi-même: «la perfection chrétienne, ce n’est pas viser un modèle idéal; c’est bien plutôt s’ouvrir à une démarche de foi», explique ainsi le théologien Bernard Rordorf.