
«Une relation qui se construit petit à petit»
Se faire tresser les cheveux, s’orner les mains de henné, apprendre la calligraphie arabe ou goûter des spécialités du monde entier: à l’occasion de leurs 10 ans, les associations Paires et Action-Parrainages ont sorti le grand jeu le 29 août dernier à Vevey. «L’idée était de permettre de traverser des régions du monde en visitant ces stands de nourriture, mais aussi d’entrer en discussion avec des gens originaires de ces régions», explique Antoinette Steiner-Delacrétaz, cofondatrice d’Action-Parrainages et aumônière dans le domaine de la migration. «Nous voulions reproduire la rencontre vécue au travers des parrainages.»
Mettre réfugiés et locaux en contact
Tout commence en 2016 lorsqu’un afflux de réfugié·es arrive dans une Europe incapable de les accueillir décemment. «La vision de familles sur les routes et les arrivées en grand nombre étaient tellement relayées par les médias que nous nous sommes retrouvés face à une double demande», se souvient Antoinette Steiner-Delacrétaz. «D’abord, de la part des réfugiés eux-mêmes, puis des locaux, qui nous demandaient ce qu’ils pouvaient faire.»
Vient alors l’idée d’une interface pour mettre les différents acteurs en contact et favoriser les rencontres. Plusieurs associations bénévoles ainsi que des forces des Églises cantonales se rassemblent pour former Action-Parrainages, qui met en lien des familles avec des migrants étrangers, y compris des mineurs souvent isolés. Depuis 2017, l’association collabore avec Paires, qui transpose le concept au milieu estudiantin. «En général, nous proposons aux binômes de s’engager sur une courte durée d’abord, environ six mois», explique Antoinette Steiner-Delacrétaz. «A la suite de quoi, on effectue un bilan.» Un procédé qui estompe peut-être la peur d’un engagement à long terme, principal problème dans la recherche de parrains ou marraines.
Deux mille tandems vaudois
Dans le canton de Vaud, on compte aujourd’hui environ 2000 tandems, dont 570 formés d’une personne ou d’une famille d’ici et d’un migrant mineur. Un chiffre impressionnant, mais qui ne comble pas les besoins. «La situation du monde ne s’est pas améliorée et il y a toujours autant de personnes qui doivent fuir leur pays», déplore Antoinette Steiner-Delacrétaz. «Le besoin de liens et de contacts reste le même.» C’est ce qui a poussé le jeune Omid à contacter l’association. «Quand je suis arrivé en Suisse, j’avais seulement 16 ans et j’étais complètement seul. Aujourd’hui encore, je n’ai pas de famille en Suisse. Je viens d’Afghanistan. Il y a beaucoup de différences entre les deux pays: la culture, la langue, la nourriture, les habitudes… la manière de vivre.» Trois ans plus tard, Omid parle français et a trouvé un travail. Néanmoins, son parrainage par une famille vaudoise garde une place importante dans sa vie. «Pour moi, le plus important reste le côté humain. On partage nos expériences, on découvre nos cultures et on passe simplement du temps ensemble. Ce n’est pas seulement une aide, c’est vraiment une relation qui se construit petit à petit.»
Depuis juin 2026, et pendant une année entière, des concerts, ateliers, spectacles et expositions auront lieu à travers le canton. Pour partager la joie et la fierté du travail accompli, et regarder ensemble vers l’avenir.





