Les pieds dans les champs, les yeux tournés vers le ciel

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Pascale Cornuz, aumônier du monde agricole
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Les pieds dans les champs, les yeux tournés vers le ciel

La rédaction vous propose une plongée dans le monde des aumôneries de solidarité des Églises vaudoises. Une série de cinq portraits qui démarre avec Pascale Cornuz, aumônier dans le monde agricole.

Assise sur les marches de l’entrée de l’église de Bremblens, Pascale Cornuz m’attend. C’est là, à l’ombre du parvis, avec le bruit de l’eau de la fontaine comme bande sonore, qu’elle répondra à mes questions. Un lieu bucolique qu’elle a choisi pour une raison purement pratique. Ce matin, en rendez-vous à Lavigny, puis cet après-midi à Lonay.

Agriculteurs en détresse

Pascale Cornuz est aumônier dans le monde agricole. Elle a pris ses fonctions il y a une semaine et déjà elle sillonne le canton à la rencontre d’agriculteurs en détresse, en quête d’une écoute et de solutions.

Pour Pascale, tout reste à faire. Elle pose les jalons de sa nouvelle mission accompagnée du pasteur Pierre-André Schütz, son prédécesseur, qui a ouvert la voie en 2015. Dans trois jours, elle fera la connaissance de celle qui sera son binôme, Maria Vonnez-Franck, assistante pastorale catholique et paysanne diplômée. Les deux femmes incarnent désormais les visages de cette aumônerie œcuménique des Églises réformée et catholique vaudoises.

La soif d’apprendre

Au jeu des questions, Pascale Cornuz répond sans détour. Mais elle prend le temps d’abord d’y réfléchir dans un long silence. En poste depuis à peine sept jours, il est difficile pour cette quinquagénaire de s’étendre sur son expérience. «Je n’appréhende pas. Je ne crains pas les situations auxquelles je pourrais être confrontée, sinon je ne serais pas à ma place. Je me lance sans a priori et avec beaucoup de joie», confie l’aumônier, qui préfère que l’on utilise son titre au masculin, le féminin lui évoquant des délices culinaires.

Un début joyeux, mais pas naïf. Pascale Cornuz a beau être novice, elle arrive armée. Le monde agricole, elle connaît. Agricultrice, viticultrice et paysanne diplômée, elle a été à la tête d’une exploitation pendant vingt-cinq ans, qu’elle remet aujourd’hui à son fils. À cela, il faut ajouter son expérience de consultante en agroécologie et de conseillère en biodiversité. Friande des études, elle cumule des formations en accompagnement de personnes en fin de vie et en accompagnement spirituel, et termine un CAS en Approche centrée sur la solution à la Haute école sociale de Genève. L’an prochain, elle commencera le cursus du séminaire de culture théologique.

Une agricultrice à l’écoute

C’est sûrement son expérience d’agricultrice qui fait la différence. «Ce matin, le téléphone a sonné. Au bout du fil, une dame m’expliquait que son mari ne voulait pas se coucher sur le canapé d’un psy, mais voir une personne du terrain.» Alors Pascale Cornuz part à sa rencontre.

Sur place, l’écoute est la première carte à jouer. «Taper sur l’épaule en chuchotant que ça va aller ne va rien résoudre. Il faut avoir une vue d’ensemble de la situation, identifier le problème et faire émerger, avec la personne, les ressources et solutions qui sont en elle. Tout en restant neutre. On ne peut rien imposer, mais donner un espoir. Nous ne sommes pas des sauveurs. Nous sommes des aiguilleurs», insiste-t-elle.

Parce que travailler au sein de cette aumônerie, c’est développer des lieux de soutien spirituel et humain pour des personnes en difficulté et les orienter vers des ressources précises en fonction des besoins. Mais c’est aussi travailler sur des réalités professionnelles et économiques qui sont souvent source de stress. Pression sur les prix, endettement et augmentation des coûts d’exploitation, manque de reconnaissance. C’est le découragement qui a gagné bon nombre d’agriculteurs, observe Pascale Cornuz. La situation personnelle et familiale y contribue souvent. «Ce n’est pas toujours merveilleux de vivre à trois générations sous le même toit. Quant au passage de flambeau, il ne se fait pas toujours facilement.»

Pascale Cornuz a aussi connu son lot de souffrances. Elle en parle du bout des lèvres, mais ne s’étend pas. Elle avoue tout de même que ce passif peut être un «atout». «Être agriculteur: plus qu’un métier, c’est une vie. Je ne prétends pas comprendre la souffrance de celui qui me fait face. Elle lui appartient. Mais il peut y avoir une proximité de ressenti», note-t-elle, avant de conclure, avec ces mots aux allures de devise: «Je souhaite partager mon humanité avec bienveillance et confiance.»

 

Infos utiles

Pour contacter l’aumônerie: 079 614 66 13, pascale.cornuz@eerv.ch, maria.vonnez@cath-vd.ch ou www.aumoneriessolidarite.eerv.ch