Denis Mukwege, un espoir pour tous les citoyens de RDC

CC (by-nc-nd) European Parliament
i
Denis Mukwege
CC (by-nc-nd) European Parliament

Denis Mukwege, un espoir pour tous les citoyens de RDC

Fredrick Nzwili
1 novembre 2018
Prix Nobel de la paix 2018, le gynécologue Denis Mukwege est considéré comme une «bénédiction» dans son Église pentecôtiste. Depuis plus de vingt ans, ils soignent les victimes de viols de guerre.

Dès son plus jeune âge, Denis Mukwege a accompagné son père, pasteur dans une Église pentecôtiste, lors de ses tournées dans les villages de la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), priant pour les paroissiens malades. Ce sont ces expériences qui ont inspiré Denis Mukwege à devenir médecin et plus tard à fonder l'Hôpital de Panzi, un établissement géré par une Église à Bukavu, une communauté dans l'est du Congo. Le gynécologue est dès lors devenu célèbre, reconnu comme le médecin qui soigne les femmes souffrant d’atroces blessures suite à des viols.

Le 5 octobre dernier, Denis Mukwege et Nadia Murad, une jeune militante irakienne pour les droits de l'homme, ont reçu le Prix Nobel de la paix 2018 pour leurs efforts visant à mettre fin à l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre et de conflits armés dans leurs pays respectifs.

Ce gynécologue de 63 ans, chrétien pentecôtiste, soigne depuis plus de vingt ans des milliers de femmes et des filles qui ont été gravement mutilées. Dans l'est du Congo, des hommes armés se servent du viol comme arme de guerre, alors que la région subit un conflit prolongé autour du contrôle des richesses minérales. Le sol est riche en tantale, un métal rare, de même qu’en tungstène et en or.

Détruire les communautés

«Je pense qu'ils veulent détruire les communautés. Ils violent les personnes devant leur famille et les villageois», racontait Denis Mukwege dans un entretien réalisé à l'Hôpital de Panzi, à l'apogée des violences de 2009. «Je me sens mal quand je vois des enfants du même âge que les miens, qui ont été violés et détruits. Ils n'ont plus de rectum, plus d'organes sexuels, et ces actes sont perpétrés par des hommes qui ne cherchent qu'à détruire. Cela m'affecte vraiment personnellement.»

À l'hôpital, les survivantes des agressions sexuelles trouvent de l'aide. Le médecin pratique des reconstructions chirurgicales et leur donne une nouvelle raison de vivre. Quand les femmes quittent l'hôpital, elles ont pu se ressourcer émotionnellement et mentalement. Elles bénéficient également d’une aide financière et d’un soutien éducatif pour tenter de reconstruire leur vie.

Depuis sa création, l'hôpital a traité plus de 85'000 femmes et filles souffrant de blessures gynécologiques complexes. Plus de 50'000 d'entre elles sont des survivantes de violence sexuelle. Le médecin a dédié son prix aux femmes du monde entier, blessées par les conflits et souffrant de violences au quotidien.

Ouvrir les yeux sur les atrocités

«Cet honneur est une source d’inspiration parce qu'il montre que le monde ouvre les yeux sur la tragédie du viol et de l'agression sexuelle. Les femmes et enfants ont depuis trop longtemps souffert et ne sont désormais plus ignorés», a relevé Denis Mukwege dans un communiqué publié peu après avoir appris l’attribution du prix. Il était en pleine opération quand l'annonce a été faite. «Ce Prix Nobel représente la reconnaissance de la souffrance et la nécessité d’une juste réparation pour les femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans le monde entier.»

D'après le médecin, le prix Nobel n'aura un sens réel que s'il contribue à mobiliser les gens pour changer la situation des victimes des conflits armés. Depuis des années, il milite pour la reclassification des agressions sexuelles, des viols collectifs et des mutilations sexuelles commis par des soldats. Il a mené ce plaidoyer auprès des Nations Unies, du Conseil de sécurité de l'ONU et d'autres organisations internationales.

Inspiré par sa foi

Depuis le début, son travail s'inspire de sa foi. En 1999, il a fondé l'Hôpital de Panzi avec le soutien de la Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique centrale (CEPAC). La CEPAC a été créée en 1921 par des pentecôtistes suédois, l'un des plus grands groupes de cette congrégation chrétienne en RDC. L'Église gère l'hôpital. Bien que l'hôpital se concentre principalement sur l'offre de traitements médicaux et psychologiques aux survivantes de violences sexuelles, il mène également d'autres projets. Une formation pour le personnel médical sur la réparation des fistules, un programme VIH et sida ainsi qu’un programme de nutrition, entre autres.

En RDC, la CEPAC compte environ 800'000 membres répartis dans plus de 700 congrégations concentrées dans l’est du pays. L'Église dirige plus de 1'000 écoles et environ 160 centres médicaux. Elle est à l'origine de plusieurs projets humanitaires et de développement dans cette région déchirée par la guerre.

«Nous, les Églises, considérons le docteur Mukwege comme une véritable bénédiction et un don de Dieu à la CEPAC et la RDC», affirmait le pasteur Mateso Muke, porte-parole de la huitième Communauté des Églises pentecôtistes en Afrique centrale, dans un entretien téléphonique mi-octobre. «C'est un engagement rare que d'aider des citoyens ordinaires gravement touchés par la violence, en particulier des femmes. Denis Mukwege est un véritable patriote.» «Le Prix a donné une bonne image de la CEPAC et de son travail. À travers Denis Mukwege, la RDC et l'Afrique ont trouvé un vrai défenseur de la paix», ajoute Mateso Muke. D'autres Églises de l'est de la RDC ont applaudi la nouvelle, affirmant qu’il renforcerait la guerre contre les violences sexuelles perpétrées dans la région.

«Nous sommes très heureux», s’est exclamé Josué Bulambo Lembelembe, évêque de l'Église du Christ au Congo. «C'est aussi une très grande reconnaissance pour le travail de l'Église.» L'archevêque catholique romain de Kisangani, Marcel Utembi Tapa, a confirmé que le prix était un encouragement général pour s'opposer à toute forme de violence envers les femmes. «Le viol comme arme de guerre est une atteinte grave à la vie et au respect de chaque être humain», conclut Marcel Utembi.