Des églises pour offrir un accueil d’urgence la nuit

CC(By) Michael Spahn / Wikimédias
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Place et temple de la Fusterie à Genève
CC(By) Michael Spahn / Wikimédias

Des églises pour offrir un accueil d’urgence la nuit

Stéphane Herzog
13 août 2019
Un collectif d’associations a lancé un dispositif pérenne d’accueil de nuit pour sans-abris à Genève. Le projet prévoit une halte de nuit et quatre sleep-in. L’Église protestante a ouvert deux temples dotés de 30 lits chacun.

Au cœur de l’été, le temple de la Fusterie et celui de Châtelaine se sont transformés en refuge de nuit pour des personnes sans-abri. Dès le premier soir, 11 hommes et femmes ont rejoint ce premier lieu ouvert en plein centre de la ville pour se protéger de la violence que représente l’acte de dormir dans la rue. « Tendre la main aux plus démunis est une évidence », dit Valérie Chausse, responsable des finances et de l’immobilier au sein de l’Église protestante de Genève (EPG).

Chaque soir dès 21 heures, ces deux églises genevoises proposent 30 lits de camp avec des draps jetables. Gérés chacun par une équipe de cinq personnes, les lieux sont ouverts sans condition d’entrée et permettent aux usagers d’entrer ou de sortir librement. Les personnes accueillies ont accès à deux w.c. « Quand des mineurs ou des familles se présentent, nous appelons l’Unité mobile d’urgences sociales, qui peut proposer une chambre d’hôtel ou adresser les gens aux services sociaux adéquats », explique Marco Salmaso, codirecteur d’un dispositif de nuit présenté à la presse début août.

Douze lieux d’Église ont répondu présents

Soutenu par huit associations, le dispositif en question prévoit la mise à disposition à l’année d’une halte de nuit et de quatre sleep-in. L’EPG a lancé un appel à ses paroisses et régions et une douzaine a répondu présente. D’autres que celles citées sont susceptibles de participer à cet élan humanitaire. Les besoins concernent une population dont la taille varie entre 400 et 1000 personnes chaque nuit. L’Armée du salut propose pour sa part un abri nocturne destiné aux femmes à la rue Verdaine. L’association Première ligne met elle à disposition au Quai 9 un sleep-in dédié à des personnes souffrant de problèmes de toxicomanie.

L’ouverture de la Halte de nuit est prévue pour septembre, dans un lieu qui n’a pas encore été révélé. Cet abri offrira un lieu de répit et d’écoute pour 80 personnes, à l’instar de ce qui avait été proposé au temple des Pâquis en 2018. « Le dispositif sera complet et ne répondra donc pas à tous les besoins, mais nous pourrons identifier et cartographier la demande », prévoit Valérie Spagna, directrice de l’accueil de nuit à l’Armée du salut. Les sleep-in représentent une solution entre la rue et l’accueil d’urgence, lequel offre plus qu’un simple lit. « Mais une véritable issue au sans-abrisme passerait par la création de logements relais », estime cette spécialiste de la précarité.

La Ville de Genève comme seul appui financier

Les associations engagées dans cette opération soulignent depuis plusieurs années la nécessité d’un système d’accueil nocturne à l’année, alors qu’actuellement, les abris de la protection civile (P.C.) gérés par la Ville ferment leurs portes fin mars. Ces organismes l’on fait savoir en avril en manifestant sur la plaine de Plainpalais. « Pour l’heure, seule la Ville de Genève a soutenu le Dispositif de nuit », souligne Alain Bolle, le directeur du Centre social protestant-Genève. Le Conseil municipal a voté en mai une motion prévoyant 1,8 million de francs pour augmenter les places d’accueil. Quant au coût de cette opération, il est estimé à 3,2 millions de francs pour 2020.

« Ne rien faire coûte très cher », rappelle Marco Salmaso, qui explique qu’un tiers environ des personnes reçues dans les sleep-in ont des droits sociaux à faire valoir à Genève. C’est notamment le cas pour des personnes âgées s’étant retrouvées dans la rue et qui pourraient accéder à un EMS. La reconstruction est alors longue et compliquée. « On rencontre aussi parfois des gens qui tiennent un discours rebelle, mais qui au final se montrent preneurs d’aide ». L’ouverture de lieux en surface, et non pas dans des abris P.C., lance également un signal en faveur de la dignité des personnes dans le besoin.