« Le moteur, c’est toujours l’empathie pour l’autre »

© Gilles-Emmanuel Fiaux
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Charles Pictet, passionné de patrimoine a contribué à la restauration de la flotte lémanique.
© Gilles-Emmanuel Fiaux

« Le moteur, c’est toujours l’empathie pour l’autre »

Entretien
En 2015, Charles et Anne-Marie Pictet financent la chaire de théologie pratique de l’Université de Genève. Mais ce n’est là qu’un des nombreux projets soutenus par ces philanthropes ouverts et passionnés. Rencontre.

« Qu’est-ce que la philanthropie pour vous?

Charles Pictet Je dirais qu’il y a plusieurs manières de donner. Les causes qu’on se contente de soutenir sans s’impliquer: soutenir l’association La Main tendue, donner pour l’Australie… D’autres où l’on s’implique un peu plus, qui exigent des montants plus grands: soutenir le projet d’un ami, c’est une manière de témoigner que l’on croit que ce qu’il fait est efficace. Et d’autres enfin qui demandent une implication directe, du temps, des fonds: c’est le cas par exemple de la refonte du Musée de la Croix-Rouge, à Genève, projet dans lequel je me suis impliqué personnellement, financièrement, et qui a demandé près de huit à dix ans au total! C’est ça que je nomme philanthropie.

Comment choisissez-vous tel projet plutôt qu’un autre?

Anne-Marie Pictet Il y a des valeurs et des liens. Pour la chaire de théologie, Charles avait reçu un héritage et voulait rendre hommage à sa maman, une femme de foi, très vivante. L’université avait ce besoin de soutien pour la théologie pratique. De mon côté, j’avais suivi plusieurs formations et stages dans le domaine de l’accompagnement spirituel, j’ai beaucoup appris au contact des autres. Pour moi, la théologie vient du terrain, aussi soutenir cette chaire faisait sens pour nous. Le fait qu’elle soit occupée par une femme remarquable, Elisabeth Parmentier, m’a évidemment fait plaisir.

C.P. Certains projets sont aussi de purs coups de cœur. Je suis passionné de bateaux à vapeur, j’ai contribué à la restauration de toute la flotte patrimoniale du Léman. Je ne sais pas si l’on peut voir cela comme de la philanthropie, c’est plutôt du mécénat, j’ai agi par passion.

Comment assurez-vous le suivi de certains dons?

C.P. Pour ce qui est des chaires universitaires, nous n’avons aucun droit de regard sur le choix de la personne, mais nous pouvons cependant nous assurer que les objectifs recherchés soient remplis.

A-M. P. Nous soutenons un autre projet académique à l’Université de Genève, un cours sur les spiritualités. L’idée est de comprendre les spécificités de la spiritualité chrétienne puis d’explorer bouddhisme, judaïsme, islam… : ce cours nous intéresse et on le suit! Je suis retournée à l’uni, ce qui me plaît beaucoup. Je pense que cet enseignement répond à un besoin de beaucoup de gens aujourd’hui. On y parle de la spiritualité «pure», sans habillage religieux. J’ai une belle-sœur chinoise, une belle-fille tunisienne: j’aimerais que d’autres traditions soient mieux connues, et de cette manière, j’y contribue.

Comment vous est venue l’envie de donner? Vous a-t-elle été transmise?

C.P. Le moteur, c’est toujours l’empathie pour l’autre. Mais c’est vers 60 ans que s’ouvre une phase de vie où l’on a vraiment le temps de s’en occuper.

A-M. P. Il y a eu des engagements pratiques avant: la paroisse, être éclaireur, moniteur de tennis, conseiller municipal… On commence par donner son temps avant de donner son argent. Je crois que ça a à voir avec nos valeurs protestantes: libre arbitre, responsabilité de partager, reconnaissance. C’est ce que nous ont montré nos ancêtres. On ne l’a peut-être pas assez transmis à nos enfants, mais je crois beaucoup à l’exemple.

Y a-t-il des erreurs ou des leçons que vous avez apprises de cette activité?

A-M. P. Une fois qu’un don est fait, il est fait, il ne faut plus revenir dessus.

C.P. Ne jamais attendre de reconnaissance.