L'élément déclencheur

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Anne-Marie Fuchsluger, Priska Spörri et Stéphanie Simpson
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L'élément déclencheur

Qu’est-ce qui provoque un don? Trois témoignages illustrent la diversité des manières de s’engager. Et vous, quel donneur êtes-vous?

Des valeurs fondamentales, une action durable

Dons et legs privés représentent 17% des revenus de l’EPER. Mais c’est sans compter l’aide ecclésiale – entre autres les collectes faites dans les Églises –, très engagée autour des réfugiés. «Nous n’avons pas les moyens de savoir si parmi nos donateurs, certains nous soutiennent spécifiquement parce que nos valeurs protestantes leur correspondent. Nos donateurs apprécient que l’EPER soutienne les droits humains et les personnes démunies, y compris ici en Suisse avec les réfugiés. L’Église protestante est incroyablement investie dans l’accueil des personnes réfugiées et migrantes en Suisse. Le programme de parrainage des réfugiés a été initié par elle. On sent que cela fait partie des valeurs fondamentales du protestantisme.

Les dons des paroissiens sont également essentiels à l’activité de notre Service d’aide juridique aux exilé·e·s (SAJE). Sans ce soutien, ce service ne pourrait pas continuer. Les projets d’intégration sont considérés comme un investissement pour une insertion durable des personnes migrantes. Pour des projets de développement à l’étranger ou philanthropiques ici, ce qui compte pour les donateurs, c’est que les effets soient visibles et durables.»

Anne-Marie Fuchsluger, responsable philanthropie – relations donateurs pour l’EPER 

Les images qui tournent en boucle

La Chaîne du bonheur doit une grande partie de son financement aux particuliers. La médiatisation des catastrophes est une aide… et une difficulté.

«Trois conditions doivent être remplies pour que nous lancions une collecte à la suite d’une catastrophe d’origine humaine ou naturelle: le pays concerné sollicite l’aide internationale, trois de nos ONG partenaires sont actives sur place, et les médias informent la population suisse.

Le fait qu’une catastrophe soit largement médiatisée crée une attente du public envers nous, mais nous ne pouvons pas lancer un appel aux dons. En janvier, en Australie, il y avait une attente du public, mais la lutte anti-incendie ne fait pas partie des compétences des ONG partenaires. En 2011, après l’accident de Fukushima, nous avons eu le même cas de figure. Finalement, comme la Croix-Rouge suisse était sur place, nous avons ouvert un compte pour collecter des fonds, sans faire d’appel actif… et avons reçu 18 millions de francs! Inversement, lorsque plusieurs de nos partenaires sont sur place, au Bangladesh par exemple pour aider les Rohingyas, nous recevons peu de dons. Il y a beaucoup de ‹crises oubliées  de ce type, qui ne rencontrent pas d’écho médiatique.»

Priska Spörri, responsable relations publiques et médias pour la Suisse alémanique, Chaîne du bonheur 

Une expérience personnelle

Chez Medair, ONG spécialisée dans l’action d’urgence, 80% des fonds proviennent de subventions institutionnelles, et 20% de fonds privés, dont un fidèle noyau évangélique. 

«J’observe que le choix des dons est très intime, il est parfois déclenché par une expérience personnelle ou un lien avec le pays concerné. Nos donateurs historiques sont des chrétiens, pour qui le don se faisait de manière automatique, avec une confiance aveugle (Medair est une ONG évangélique dans ses valeurs, mais son aide est aconfessionnelle). Aujourd’hui, les chrétiens ont besoin d’un minimum de garanties sur la manière dont les dons sont attribués. La foi permet cependant de passer outre certains phénomènes médiatiques et de continuer à donner pour des causes parfois oubliées.» 

Stéphanie Simpson, responsable relations donateurs, Medair 

LES DÉBATS DE RÉFORMÉS

Comment «bien» donner ? 

Conférence-débat avec Emma Tieffenbach (département de philosophie de l’Université de Genève) et Etienne Eichenberger, (Swiss Philanthropy Foundation et WISE). 

Le 26 mars, à 18h30, aux 4coins, rue de Carouge 44, Genève.