Après la crise, la misère

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Après la crise, la misère

Alors qu’en Suisse la première vague de Covid-19 semble passée, ses répercussions ne font que commencer. Si l’aide d’urgence a bien fonctionné, les œuvres d’entraide mettent désormais les bouchées doubles pour continuer à soutenir les personnes précarisées par la crise.

«Nous avons fait face aux besoins immédiats, mais avec l’augmentation de la pauvreté et du chômage, l’avenir va être encore plus lourd», craint Christine Volet, porte-parole de l’Armée du Salut. Mi-mars, de nombreuses œuvres d’entraide chrétiennes, à l’image de l’Armée du Salut, de Caritas, de l’Entraide protestante suisse (EPER) ou des Centres sociaux protestants (CSP), ont mis en place des aides d’urgence pour soutenir les personnes précarisées par la pandémie de Covid-19. On compte notamment l’ouverture de lieux d’accueil pour sans-abri, bons d’achat pour de la nourriture, aide direct pour une facture urgente, helpline pour des conseils ou encore redirection vers des organismes appropriés.

Face à cette situation, donateurs et bénévoles ont répondu présents à l’appel à la solidarité. «Nous avons fait une recherche de fonds grand public qui a bien fonctionné. Depuis, le lancement de l’aide d’urgence, nous avons déjà reçu environ un million de francs de dons», se réjouit Joëlle Herren Laufer, porte-parole de l’EPER. Même son de cloche du côté de Caritas Suisse. «Notre appel aux dons a généré plus de deux millions de francs de la part de particuliers, de fondations et d’entreprises. C’est un succès!», constate Fabrice Boulé, responsable de la communication pour Caritas en Suisse romande. L’œuvre d’entraide a également bénéficié de deux millions de francs de la part de la Chaîne du Bonheur. Jusqu’à maintenant, Caritas Suisse a alloué, entre autres, une aide transitoire à 4000 personnes et distribué pour 200'000 francs de bons d’achat pour de la nourriture. La Chaîne du Bonheur a également soutenu financièrement les CSP. «Elle nous a versé 600'000 francs qui ont été répartis entre les différents CSP romands. Au niveau vaudois, nous avons mis en place un dispositif commun avec Caritas», explique Bastienne Joerchel, directrice du CSP-Vaud.

Retour à la réalité

Or, si le pic de la pandémie est passé et que les activités dans le pays reprennent progressivement, de nombreuses personnes qui arrivaient juste à joindre les deux bouts avant la crise se retrouvent désormais en difficultés financières. Des images inédites ont notamment montré, à Genève, plus de 2000 personnes faisant la queue pour avoir de la nourriture. «Deux populations sont particulièrement touchées. Les sans-papiers qui pourtant paient leurs assurances et ont du travail ainsi que la classe moyenne inférieure qui ne touche juste pas l’aide sociale», explique Bastienne Joerchel. La campagne de mars 2020 des CSP, qui n’a pas eu lieu à cause de la pandémie, devait justement porter sur les difficultés d’accès aux prestations sociales. «La crise que nous vivons révèle clairement cette problématique», ajoute la directrice.

Pour Fabrice Boulé, les demandes de soutien vont s’intensifier. «Les personnes qui avaient besoin d’aide au mois d’avril en ont encore besoin en mai et en juin. Nous devons faire preuve d’une grande souplesse pour répondre aux besoins réels, de manière rapide et non bureaucratique. Il est probable qu’encore davantage de personnes s’adressent à nous dans les mois à venir», illustre-t-il. «Avec l’augmentation du nombre de personnes précarisées, les demandes ont explosé dans certains projets qui ont dû augmenter leurs taux de travail. À Genève par exemple, les Permanences volantes reçoivent une centaine d’appels désespérés par jour et servent de relais pour les Colis du cœur», s’inquiète Joëlle Herren Laufer qui ajoute que «ces demandes risquent de continuer encore un moment. La crise a révélé l’étendue de la vulnérabilité d’une catégorie de la population en Suisse et montre plus que jamais l’importance du rôle des ONG pour la soutenir». Du côté de l’Armée du Salut, trois fils rouges orienteront ses actions pour ces prochains mois: la solitude, la pauvreté et la peur. «Nous allons renforcer les activités de nos bureaux sociaux et l’aide à la réintégration au travail ainsi qu’organiser, dans la mesure du possible, des rencontres et des repas communautaires pour les personnes qui ont en besoin», précise Christine Volet.

Baisse des dons

Si les œuvres d’entraide ont tout fait pour répondre à l’aide d’urgence, ce n’est pas leurs missions premières. «Il s’agit maintenant de ressortir de ce dispositif pour revenir à nos activités ordinaires qui consistent à apporter un soutien et un accompagnement sur le long terme aux personnes en difficulté», explique Bastienne Joerchel. Les CSP n’ont, néanmoins, jamais cessé leurs prestations de permanences sociales pendant le semi-confinement. «Nous sommes inquiets pour la suite. Beaucoup de fondations et entreprises nous aident en fonction de leurs propres revenus. La solidarité a été monopolisée ces derniers mois. Nous craignons une chute de dons pour ces prochains temps qui pourrait avoir de lourdes répercussions.»