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© Alain Grosclaude
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© Alain Grosclaude

Alain Bolle, La justice sociale dans la peau

 
1 min de lecture
Engagé
Après dix-huit ans passés à la tête du CSP Genève, Alain Bolle s’apprête à partir à la retraite. Il a guidé l’institution à travers les crises, tout en contribuant à plusieurs avancées sociales majeures.

La porte du bureau d’Alain Bolle est presque toujours ouverte. Un détail qui dit beaucoup de sa manière de diriger le Centre social protestant de Genève. Le directeur aime rester en lien avec les personnes qui franchissent, chaque jour, le seuil de la réception. «Jamais je n’aurais pensé, à mes débuts, passer autant de temps assis derrière une table à réfléchir à des stratégies», explique-t-il.
Chez lui, le besoin de garder le contact avec le terrain semble un réflexe vital. Fin septembre, il quittera pour tant la barre du CSP.

Une page se tourne pour cette figure de l’aide sociale genevoise, arrivée en 2008 dans une organisation en plein changement. Sous sa houlette, les activités se sont multipliées: accompagnement juridique, aide sociale renforcée, soutien aux réfugiés, insertion professionnelle ou aide aux victimes de la traite d’êtres humains, une prestation pionnière lancée en 2014. En moins de vingt ans, le CSP est passé d’une soixantaine de collaborateurs à près de 150 employés, tandis que son budget annuel a grimpé de 6 millions à plus de 15 millions de francs. «Avec lui, le CSP est passé du XXe au XXIe siècle», résument certains. 

Alain Bolle préfère insister sur le côté collectif de cet engagement: il peut compter sur des équipes compétentes. Le directeur est fier de ses collaborateurs, qui n’hésitent pas à «mouiller leur chemise» pour accueillir les quelque 10 000 personnes qui sollicitent le CSP chaque année.

Rendre visibles les invisibles
Parmi ses moments marquants à la tête du CSP figure l’opération Papyrus. Cet immense processus de régularisation de sans-papiers a permis, dès 2017, à plus de 2300 personnes de sortir de l’ombre, après cinq années de négociations politiques. «Voir ces invisibles devenir visibles reste l’un des grands moments de ma carrière», confie Alain Bolle. Il y a eu aussi cet épisode d’avril 2019 où la neige tombe soudainement sur Genève, juste après la fermeture du dispositif d’hébergement hivernal de la Ville. Avec d’autres associations, le CSP s’est mobilisé en urgence. «Je garde une infinie reconnaissance à l’Église protestante de Genève qui a alors ouvert ses temples pour accueillir les personnes à la rue.» La pandémie est un autre moment fort. Le CSP a participé à la mise en place d’une aide alimentaire d’urgence pour des milliers de personnes. Les longues files d’attente ont frappé l’opinion publique et révélé une pauvreté largement ignorée. 

L’envie de changer le monde
Sa fibre sociale, Alain Bolle la tient sans doute de son milieu familial: fils d’une enseignante et d’un travailleur social devenu plus tard secrétaire général de l’Église protestante de Genève, il grandit dans un environnement sensible aux questions sociales. Le jeudi soir, la famille regarde Temps présent: l’émission lui donne envie de «changer le monde». ll s’engage dans plusieurs domaines: militant antinucléaire dans sa jeunesse, il travaille plus tard comme éducateur dans un foyer pour adolescents, avant de rejoindre le champ des addictions. À la Maison de l’Ancre, Alain Bolle découvre surtout l’importance de la réinsertion socioprofessionnelle et de l’accompagnement des personnes vulnérables.

Des vents contraires
Durant ses années au CSP, Alain Bolle a appris à affronter les vents contraires: il faut sans cesse convaincre les autorités, les partenaires sociaux, politiques ou économiques, rechercher des financements. Il assume pleinement cette forme de lobbying social: «Si nous ne portons pas ces enjeux sur la place publique, ils restent invisibles. Le plaidoyer sociopolitique fait partie du coeur de notre mission: défendre plus de justice sociale.» Une ligne contestée par ceux qui, à Genève, exigent une neutralité politique des associations.

A l’heure de passer le témoin, le directeur a une pensée pour sa famille, dont le soutien a permis cet intense engagement.
Il se réjouit aussi de l’arrivée de son successeur, Mathieu Crettenand, qui apportera «une bouffée d’oxygène».
Le départ de cet amoureux de la voile ressemble surtout à un changement de cap. Nommé ce printemps à la présidence de la Fondation Partage, Alain Bolle entend poursuivre son combat contre la précarité alimentaire et pour le droit au logement, bien décidé à ne pas abandonner le terrain social.

Quelques dates 
1989 - 2000 Educateur à l’Hospice général. 
1994 et 1996 Naissances de Simon, puis de Jonas. 
1995 Mariage avec Annick Guillet. 
2000 - 2008 Dirige la Maison de l’Ancre, foyer résidentiel pour la réinsertion de personnes dépendantes de l’alcool.
Dès 2008 Directeur du CSP Genève. 
2016 - 2022 Président bénévole du Collectif d’associations pour l’action sociale (Capas).

Un esclavage moderne
Un projet lui tient particulièrement à coeur: l’hébergement des hommes victimes de traite d’êtres humains. Un espace adapté va bientôt voir le jour à Genève. «Une première étape importante, même si la structure ne répondra pas à tous les besoins, notamment en matière de suivi post-traumatique», qui devra être apporté de manière ambulatoire. Le CSP accompagne déjà une centaine de victimes. «Et on ne connaît pas la moitié des situations qui existent dans le canton.» Tout un pan de l’économie en profite: restauration, chantiers, dépanneurs… Des travailleurs et travailleuses exploité·es dorment parfois dans des sous-sols, payé·es une misère et corvéables à merci.