Récit d’une aventure œcuménique

Jean-Yves Savoy, devant l'église de Romainmôtier / © DR
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Jean-Yves Savoy, devant l'église de Romainmôtier
© DR

Récit d’une aventure œcuménique

Récit
Des croyantes et des croyants de différentes confessions partagent une vie spirituelle à Romainmôtier depuis près de 50 ans. Jean-Yves Savoy a réuni les rares documents et la tradition orale locale pour récapituler l’histoire de ces fraternités.

En 1998, Paul-Emile Schwitzguébel, alors pasteur de Romainmôtier, interpelle Ginette et Jean-Yves Savoy pour les inviter à se joindre à la prière à l’abbatiale. Il ignore alors que le couple est membre de la Communauté du Chemin-Neuf. Cet appel sera maturé jusqu’en 2003. Quand le couple quitte Echallens pour le vallon du Nozon et se joint à la Fraternité œcuménique naissante. C’est donc également comme acteur de cette aventure que JeanYves Savoy, théologien et conseiller conjugal de formation, joue les historiens et signe Les Fraternités œcuméniques de Romainmôtier, en librairie depuis mi-septembre.

L’abbaye millénaire est le lieu d’expérimentation d’un partage spirituel œcuménique depuis 1973. Quatre sœurs, deux protestantes et deux catholiques, s’installent alors aux abords de l’abbatiale. Lorsque les sœurs de la très catholique communauté des Sacrés-Cœurs sont rappelées en 1998, le conseil et la directrice de Saint-Loup décident de poursuivre l’aventure de Romainmôtier, donnant naissance à En Dieu te fie. Quelques années après, la Fraternité de prière œcuménique composée de personnes partageant la prière pour l’unité des chrétiens, sans vivre en communauté, voit le jour. Elle perdure jusqu’à aujourd’hui.

L’auteur débute toutefois son récit historique en évoquant Amédée Dubois, pasteur de Romainmôtier entre 1946 et 1966, connu pour son fort engagement œcuménique. Par ailleurs, une partie du livre est consacrée à la réalité interconfessionnelle de ce XXe siècle, qui a connu le Concile Vatican II et la création du Conseil œcuménique des Églises. Ce qui se vit à Romainmôtier s’inscrit donc dans un cadre plus large.

«Ce livre devait être un travail de mémoire, c’est-à-dire recenser et regrouper les informations que l’on avait, pour fournir un document récapitulant l’histoire de ces fraternités. Mais j’ai été confronté à un problème d’archives: je n’en ai pas trouvé beaucoup, tant dans les bureaux de paroisse, qu’au siège de l’EERV ou à Saint-Loup. J’ai alors fait appel à des paroissiens, des paroissiennes, et j’ai découvert une richesse… Certains avaient gardé des documents intéressants, liés à différentes fêtes qui ont eu lieu autour de la fraternité. Notamment des textes de discours.» Et l’auteur d’ajouter: «La tradition orale marche bien ici. Amédée Dubois a laissé une empreinte forte sur la paroisse. Les anciens qui sont encore ici et qui l’on connu en parlent encore!»

Ce manque de documents n’a, finalement, rien de très surprenant: «Dès le départ, la fraternité a toujours voulu être discrète. Elle représentait un défi fragile… Deux sœurs diaconesses de SaintLoup avec deux sœurs catholiques des Sacrés-Cœurs: rien ne garantissait que cette aventure-là allait marcher. Le projet se voulait humble et modeste, Paul-Emile Schwitzguébel aimait rappeler: ‹Nous ne sommes que les maillons priants d’une chaîne qui nous précède et qui va nous succéder.› Nous n’avons jamais fait d’œcuménisme ‹militant› mais plutôt un œcuménisme de prière, de présence et d’accueil.»

Le livre évoque la véritable souffrance des sœurs de la première fraternité, privées d’eucharistie commune en raison des conceptions théologiques différentes de leurs deux confessions. «Aujourd’hui, on a adopté le principe de l’hospitalité eucharistique, que ce soit un pasteur qui préside ou un prêtre. Chacun fait selon sa conscience. Les Eglises n’ont pas changé de position formellement, mais pratiquement, là où des chrétiens de confessions différentes travaillent et prient ensemble dans la durée, il y a une souplesse quand même.» Jean-Yves Savoy vit cet accueil sans jugement comme «la parabole d’une unité possible de l’Eglise». Certaines personnes peuvent reconstruire quelque chose de leur foi à partir de cette expérience. «C’est microcosmique, mais c’est déjà un signe important…»